--Cette statuette est, en effet, bien laide... C’est le grossier travail
d’un pauvre tailleur d’images. Dans votre charmante église, où il y a de
si jolies choses, cela détonne un peu...
Le critique d’art avala une gorgée de vin, fit claquer sa langue, puis:
--Mais je suis venu, dit-il, pour vous parler de vos pauvres... Vous en
avez beaucoup?
--Je suis bien servi. Et le pire, c’est que je ne peux pas grand’chose
pour eux... M. Cousinet, qui a racheté le château de Sableuse, me fait
la tête depuis les élections, sous prétexte que je n’ai pas pistonné sa
candidature. Non mais!... Or, si l’unique richard du patelin me laisse
tomber, c’est le déficit dans mon budget, la mouise inévitable, et les
pauvres, tout comme le curé, doivent se mettre la ceinture. Pour moi, ça
n’a pas d’importance... Je peux maigrir encore. Mais je pense à mes
vieux, à mes malades, à mes gosses surtout, et j’en ai des tas sur les
bras! Je sais bien que le bon Dieu a dit qu’il ne fallait pas s’en
faire: «Ne vous mettez pas en peine, a-t-il dit, de ce que vous
mangerez, ou de ce que vous boirez, et n’ayez pas l’esprit inquiet.»
Mais cela n’empêche pas que, parfois, pour que tout ce monde-là mange à
peu près à sa faim, il faut que le curé se débrouille!