2 juillet.

Monsieur le Général,

Le général Revest m'a communiqué verbalement que vous demandiez un

armistice pour traiter de la reddition de la ville de Paris.

En conséquence, M. le général, je dois vous déclarer que je ne suis

nullement autorisé d'accepter un armistice. Je n'ose même point

annoncer cette demande à S. A. le maréchal prince Blucher; mais

cependant, si les députés du gouvernement déclarent à mon

aide-de-camp, le comte Westphalen, qu'ils veulent rendre la ville

_et que l'armée Française veut se rendre aussi_, j'accepterai une

suspension d'armes.

J'en ferai part alors à S. A. le prince Blucher, pour traiter sur

les autres articles.

(Signé) ZIETHEN.

Lorsque Brennus, abusant de la victoire, voulut insulter aux vaincus,

les Romains coururent aux armes. Moins sensibles et moins fiers, nous

entendîmes, sans frémissement, l'insulte faite à nos quatre-vingt mille

braves et nous acceptâmes, sans rougir, l'opprobre qu'elle déversait sur

eux et sur nous!

Pour toute vengeance, MM. de Tromeling et Macirone furent renvoyés, le

premier au prince Blucher, le second au lord Wellington.

Le duc d'Otrante, à l'insçu de la commission, remit à M. Macirone une

note confidentielle, ainsi conçue:

L'armée est mécontente, parce qu'elle est malheureuse; rassurez-la:

elle deviendra fidèle et dévouée.

Les chambres sont indociles par la même raison: rassurez tout le

monde et tout le monde sera pour vous.

Qu'on éloigne l'armée; les chambres y consentiront en promettant

d'ajouter à la charte les garanties spécifiées par le Roi. Pour se

bien entendre, il est nécessaire de s'expliquer; n'entrez donc pas

à Paris avant trois jours; dans cet intervalle tout sera d'accord.

_On gagnera les chambres; elles se croiront indépendantes, et

sanctionneront tout_. Ce n'est point la force qu'il faut employer

auprès d'elles, c'est la persuasion.

J'ignore si M. de Tromeling fut également chargé de quelque note

semblable, ou si le lord Wellington interposa son autorité; mais le

prince Blucher, devenu tout-à-coup plus docile, consentit à traiter de

la reddition de Paris.

Le général Ziethen annonça de sa part, le 5 juillet, au prince

d'Eckmuhl, que les députés du gouvernement pouvaient se présenter;

qu'ils seraient conduits à Saint-Cloud, où se trouveraient les députés

des généraux Anglais et Prussiens.

Le baron Bignon, le comte de Bondy, et le général Guilleminot, munis des

pouvoirs du prince d'Eckmuhl (Blucher ayant déclaré qu'il ne voulait

avoir affaire qu'au chef de l'armée française), se rendirent aux

avant-postes prussiens, et furent transférés à Saint-Cloud, _où, sans

égard pour le droit des gens, ils furent privés de tous moyens de

communiquer avec le gouvernement, et retenus en charte privée, pendant

la durée totale des négociations_.

M. Bignon, principal négociateur, et ses deux collègues, défendirent les

droits politiques, les intérêts privés, l'inviolabilité des personnes et

des propriétés nationales et particulières, avec un zèle et une fermeté

inappréciables; ils étaient bien loin de prévoir que la convention

suivante, qu'ils regardèrent comme sacrée, ouvrirait plus tard un accès

si funeste aux interprétations de la vengeance et de la mauvaise foi.

Les Cent Jours (2/2) Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815. · 第 20 / 49 题