Monsieur le Général,
Le général Revest m'a communiqué verbalement que vous demandiez un
armistice pour traiter de la reddition de la ville de Paris.
En conséquence, M. le général, je dois vous déclarer que je ne suis
nullement autorisé d'accepter un armistice. Je n'ose même point
annoncer cette demande à S. A. le maréchal prince Blucher; mais
cependant, si les députés du gouvernement déclarent à mon
aide-de-camp, le comte Westphalen, qu'ils veulent rendre la ville
_et que l'armée Française veut se rendre aussi_, j'accepterai une
suspension d'armes.
J'en ferai part alors à S. A. le prince Blucher, pour traiter sur
les autres articles.
(Signé) ZIETHEN.
Lorsque Brennus, abusant de la victoire, voulut insulter aux vaincus,
les Romains coururent aux armes. Moins sensibles et moins fiers, nous
entendîmes, sans frémissement, l'insulte faite à nos quatre-vingt mille
braves et nous acceptâmes, sans rougir, l'opprobre qu'elle déversait sur
eux et sur nous!
Pour toute vengeance, MM. de Tromeling et Macirone furent renvoyés, le
premier au prince Blucher, le second au lord Wellington.
Le duc d'Otrante, à l'insçu de la commission, remit à M. Macirone une
note confidentielle, ainsi conçue:
L'armée est mécontente, parce qu'elle est malheureuse; rassurez-la:
elle deviendra fidèle et dévouée.
Les chambres sont indociles par la même raison: rassurez tout le
monde et tout le monde sera pour vous.
Qu'on éloigne l'armée; les chambres y consentiront en promettant
d'ajouter à la charte les garanties spécifiées par le Roi. Pour se
bien entendre, il est nécessaire de s'expliquer; n'entrez donc pas
à Paris avant trois jours; dans cet intervalle tout sera d'accord.
_On gagnera les chambres; elles se croiront indépendantes, et
sanctionneront tout_. Ce n'est point la force qu'il faut employer
auprès d'elles, c'est la persuasion.
J'ignore si M. de Tromeling fut également chargé de quelque note
semblable, ou si le lord Wellington interposa son autorité; mais le
prince Blucher, devenu tout-à-coup plus docile, consentit à traiter de
la reddition de Paris.
Le général Ziethen annonça de sa part, le 5 juillet, au prince
d'Eckmuhl, que les députés du gouvernement pouvaient se présenter;
qu'ils seraient conduits à Saint-Cloud, où se trouveraient les députés
des généraux Anglais et Prussiens.
Le baron Bignon, le comte de Bondy, et le général Guilleminot, munis des
pouvoirs du prince d'Eckmuhl (Blucher ayant déclaré qu'il ne voulait
avoir affaire qu'au chef de l'armée française), se rendirent aux
avant-postes prussiens, et furent transférés à Saint-Cloud, _où, sans
égard pour le droit des gens, ils furent privés de tous moyens de
communiquer avec le gouvernement, et retenus en charte privée, pendant
la durée totale des négociations_.
M. Bignon, principal négociateur, et ses deux collègues, défendirent les
droits politiques, les intérêts privés, l'inviolabilité des personnes et
des propriétés nationales et particulières, avec un zèle et une fermeté
inappréciables; ils étaient bien loin de prévoir que la convention
suivante, qu'ils regardèrent comme sacrée, ouvrirait plus tard un accès
si funeste aux interprétations de la vengeance et de la mauvaise foi.