WELLINGTON.

Le 1er juillet, ils eurent, dans la matinée, une conférence dont ils

rendirent compte au gouvernement, par la dépêche suivante, adressée à M.

le baron Bignon, secrétaire d'état, adjoint au ministre des affaires

étrangères.

Louvre, 1 juillet 1815, avant midi.

Monsieur le Baron,

Les dépêches, n° 1, 2 et 3, que nous avons eu l'honneur de vous

adresser, sont restées sans réponse[78]. Nous sommes absolument

privés de connaître ce qui se passe à Paris et dans le reste de la

France. À quelque cause que ce manque de communication puisse être

attribué, il rend notre situation pénible et nuit à l'activité de

nos démarches. Il peut les rendre inutiles; nous vous prions d'y

remédier le plus promptement possible.

Jusqu'à présent, nous sommes autorisés à penser qu'aussitôt que

vous nous aurez fait connaître que Napoléon Bonaparte aura été

éloigné, il pourra être signé une suspension d'armes de trois jours

pour régler un armistice, pendant lequel on pourra traiter de la

paix.

Chargés par les instructions qui nous ont été données, d'entendre

ce qui pourra nous être dit et de vous en donner connaissance, nous

devons vous informer que le duc de Wellington nous a répété, à

plusieurs reprises, que, dès que nous aurons un chef de

gouvernement, la paix sera promptement conclue.

En parlant, dit-il, seulement comme un individu, mais croyant

cependant que son opinion pourra être prise en considération, il

fait plus que des objections contre le gouvernement de Napoléon II,

et il pense que sous un tel règne, l'Europe ne pourrait jouir

d'aucune sécurité, et la France d'aucun calme.

On dit qu'on ne prétend point s'opposer au choix d'aucun autre chef

de gouvernement. L'on répète, à chaque occasion, que les puissances

de l'Europe ne prétendent point intervenir dans ce choix; mais on

ajoute que, si le prince choisi était dans le cas, par la nature

même de sa situation, d'alarmer la tranquillité de l'Europe, en

mettant en problème celle de la France, il serait nécessaire aux

puissances alliées d'avoir des garanties; et nous sommes fondés à

croire que ces garanties seraient des cessions de territoire.

Un seul (Louis XVIII) leur semble réunir toutes les conditions, qui

empêcheraient l'Europe de demander des garanties pour sa sécurité.

Déjà, disent-ils, il réside à Cambray; le Quesnoy lui a ouvert ses

portes. Ces places et d'autres villes sont en sa puissance, soit

qu'elles se soient données, ou qu'elles lui aient été remises par

les alliés.

Le duc de Wellington reconnaît et énumère une partie considérable

des fautes de Louis XVIII, pendant son gouvernement de quelques

mois. Il place au premier rang, d'avoir donné entrée dans son

conseil aux princes de sa famille, d'avoir eu un ministère sans

unité et non responsable, d'avoir créé une maison militaire choisie

autrement que dans les soldats de l'armée, de ne s'être pas entouré

de personnes qui eussent un véritable intérêt au maintien de la

Charte.

Il lui semble qu'en faisant connaître les griefs _sans faire de

conditions_, il pourrait être pris des engagemens publics qui

rassureraient pour l'avenir, en donnant à la France les garanties

qu'elle peut désirer.

Si l'on discute des conditions, d'autres que les autorités

actuelles pourront délibérer, reprit le duc.

Si l'on perd du tems, des généraux d'autres armées pourront se

mêler des négociations, elles se compliqueraient d'autres intérêts.

Nous joignons deux proclamations de Louis XVIII, etc.

(Signé) ANDRÉOSSY, comte BOISSY-D'ANGLAS, FLAUGERGUES, VALENCE,

LABESNADIÈRE.

La dépêche de M. Bignon, annonçant le départ de Napoléon, leur étant

parvenue à l'issue de ce premier entretien, ils s'empressèrent de la

communiquer à lord Wellington et de réclamer une suspension d'armes,

pour conclure l'armistice auquel la présence de Napoléon avait été

jusqu'alors le seul obstacle.

Lord Wellington leur répondit qu'il était nécessaire qu'il en conférât

avec le prince Blucher, et qu'il leur rendrait réponse dans la journée.

Le soir, ils eurent une nouvelle conférence avec ce général, qui donna

lieu à la dépêche ci-après.

Louvre, 1er juillet, à huit heures et demie du soir.

Lord Wellington nous a donné connaissance d'une lettre de Manheim,

écrite au nom des Empereurs de Russie et d'Autriche par MM. de

Nesselrode et de Metternich. Cette lettre presse vivement la

poursuite des opérations, et déclare que, s'il était adopté quelque

armistice par les généraux qui dans ce moment sont près de Paris,

leurs majestés ne le regarderaient point comme devant arrêter leur

marche, et qu'elles ordonneraient à leurs troupes de s'approcher de

Paris.

M. le comte d'Artois venait d'arriver au quartier général du duc de

Wellington qui nous a reçus seuls dans son salon. Nous n'avons pas

apperçu le prince: il était dans un appartement séparé.

Nous avons insisté pour l'exécution de la promesse qui nous avait

été faite. Le duc de Wellington nous a répondu qu'il nous avait

toujours annoncé ne pouvoir prendre d'engagemens définitifs, avant

qu'il se fût entendu avec le maréchal prince Blucher; qu'il allait

le joindre pour le porter à s'unir avec lui, pour convenir d'un

armistice.

Il a ajouté qu'il ne nous dissimulait pas que le feld-maréchal

avait un extrême éloignement pour tout ce qui arrêtera ses

opérations, qui s'étendaient déjà sur la rive gauche de la Seine;

et qu'il ne pourrait cesser d'appuyer ses mouvemens, s'il ne

pouvait l'amener à partager son opinion.

Il nous a communiqué une proposition d'armistice faite par le

prince d'Eckmuhl, qu'il venait de recevoir.

Il nous a assuré qu'aussitôt qu'il aurait vu le prince Blucher, il

reviendrait nous joindre à Louvre, et nous enverrait prier de nous

rendre à Gonesse.

«En causant des conditions possibles d'armistice, il a insinué

qu'il demanderait que l'armée sortît de Paris, ce que nous avons

décliné, en opposant qu'il était au contraire convenable que ce fût

l'armée des alliés qui prît des positions éloignées, pour qu'il fût

possible de délibérer en liberté sur les grands intérêts de la

patrie, dont ils paraissaient reconnaître l'influence sur ceux de

l'Europe.

«La conférence s'est ainsi terminée; nous avons quelque raison de

croire que lord Wellington fera connaître à M. le comte d'Artois

qu'il doit se placer à une distance beaucoup plus considérable de

Paris.»

Les Cent Jours (2/2) Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815. · 第 17 / 49 题