MM. de la chambre des pairs et MM. de la chambre des représentans,

Depuis trois mois les circonstances et la confiance du peuple m'ont

revêtu d'un pouvoir illimité. Aujourd'hui s'accomplit le désir le

plus pressant de mon coeur: je viens commencer la monarchie

constitutionnelle.

Les hommes sont trop impuissans pour assurer l'avenir; les

institutions seules fixent les destinées des nations. La monarchie

est nécessaire en France pour garantir la liberté, l'indépendance

et les droits du peuple.

Nos constitutions sont éparses: une de nos plus importantes

occupations sera de les réunir dans un seul cadre, et de les

coordonner dans une seule pensée. Ce travail recommandera l'époque

actuelle aux générations futures.

J'ambitionne de voir la France jouir de toute la liberté possible;

je dis _possible_, parce que l'anarchie ramène toujours au

gouvernement absolu.

Une coalition formidable de rois en veut à notre indépendance; ses

armées arrivent sur nos frontières.

La frégate _la Melpomène_ a été attaquée et prise dans la

Méditerranée après un combat sanglant, contre un vaisseau Anglais

de 74. Le sang a coulé pendant la paix![33].

Nos ennemis comptent sur nos divisions intestines. Ils excitent et

fomentent la guerre civile. Des rassemblemens ont lieu; on

communique avec Gand, comme en 1792 avec Coblentz. Des mesures

législatives sont indispensables: c'est à votre patriotisme, à vos

lumières et à votre attachement à ma personne, que je me confie

sans réserve.

La liberté de la presse est inhérente à la constitution actuelle;

on n'y peut rien changer sans altérer tout notre système politique;

mais il faut des lois répressives, surtout dans l'état actuel de la

nation. Je recommande à vos méditations cet objet important.

Les ministres vous feront connaître la situation de nos affaires.

Les finances seraient dans un état satisfaisant, sans le surcroît

de dépenses que les circonstances actuelles ont exigé.

Cependant on pourrait faire face à tout, si les recettes comprises

dans le budget étaient toutes réalisables dans l'année; et c'est

sur les moyens d'arriver à ce résultat, que mon ministre des

finances fixera votre attention.

Il est possible que le premier devoir du prince m'appelle bientôt à

la tête des enfans de la nation pour combattre pour la patrie.

L'armée et moi nous ferons notre devoir.

Vous, pairs et représentans, donnez à la nation l'exemple de la

confiance, de l'énergie et du patriotisme, et, comme le sénat du

grand peuple de l'antiquité, soyez décidés à mourir plutôt que de

survivre au déshonneur et à la dégradation de la France. La cause

sainte de la patrie triomphera!

Ce discours, plein de mesure et de raison, fit une profonde impression

sur l'assemblée. Des cris de _vive l'Empereur!_ beaucoup plus nombreux

que ceux qui avaient éclaté à son arrivée, se firent entendre et se

prolongèrent long-tems après son départ.

Le lendemain, la chambre des représentans s'occupa de la rédaction de

son adresse.

Un indiscret admirateur de Napoléon[34], après avoir fait observer que

la flatterie avait décerné le surnom de _Désiré_ à un prince que la

nation n'avait point appelé ni attendu, demanda qu'on décernât à

Napoléon, qui était venu sauver la France de l'esclavage royal, le titre

de _Sauveur_. Cette demande ridicule, étouffée par des rires ironiques,

donna naissance à une multitude de sarcasmes et de réflexions

offensantes, qui furent reportés à Napoléon, et qui, sans le blesser

personnellement (car il estimait trop sa gloire pour la croire ravalée

par de semblables clameurs), l'affectèrent dans l'intérêt de la France.

Napoléon, comme tous les grands hommes, aimait la louange: le blâme

public, lorsqu'il le croyait injuste, ne lui faisait aucune impression.

Cette insouciance n'était point l'effet de l'orgueil du diadême, elle

était le résultat du mépris que lui inspirait la plupart des jugemens

des hommes. «Il s'était accoutumé à ne voir la récompense des peines et

des travaux de la vie, que dans l'opinion de la postérité.»

L'assemblée rejeta la proposition adulatrice de M. Lepelletier, et elle

fit bien; mais elle eut tort de ne point colorer sa décision, de manière

à adoucir ce qu'elle avait de dur, d'injuste et de désagréable pour

l'Empereur qui ne l'avait point provoquée.

Cette rudesse ne l'étonna point: l'expérience lui avait déjà prouvé que

la chambre ne laissait échapper aucune occasion de le molester.

Cette chambre, cependant, n'était composée que de partisans du 20 mars;

mais tous les députés, s'ils étaient partisans de cette révolution, ne

l'étaient point de Napoléon: les uns, par suite d'inimitiés

personnelles; les autres, par le souvenir et la crainte du retour de son

despotisme.

Les ennemis de Napoléon, déguisant leur haine sous les dehors de l'amour

de la liberté, s'étaient insinués dans l'esprit des patriotes; et,

l'acte additionnel à la main, les avaient entraînés dans leurs rangs,

sous le prétexte apparent de combattre et de réfréner l'incurable

tyrannie de l'Empereur.

D'un autre côté, les amis de Napoléon, tout en refusant de participer à

cette coalition, ne cherchaient point à la dissoudre, parce qu'ils

redoutaient intérieurement les envahissemens du pouvoir impérial, et

qu'ils n'étaient point fâchés de laisser à d'autres le soin de s'y

opposer.

Ainsi, l'assemblée toute entière, quoique mue par des motifs différens,

s'était réunie pour s'ériger en état d'opposition hostile contre le chef

de l'état, sans s'apercevoir que cette opposition irréfléchie, injuste

et intempestive, allait jeter, dans toutes les âmes, l'inquiétude, la

défiance et l'irrésolution, et détruire cette harmonie nationale, cette

union d'intérêts, de volontés et de sentimens, seule force de Napoléon,

seul salut de la France.

Quoi qu'il en soit, la chambre des députés, après avoir passé deux jours

à discuter les bases et les termes de son adresse, fut admise, ainsi que

la chambre des pairs, à se présenter au pied du trône.

La chambre des pairs porta la première la parole, et dit:

Sire, votre empressement à soumettre aux formes et aux règles

constitutionnelles le pouvoir absolu que les circonstances et la

confiance du peuple vous avaient imposé, les nouvelles garanties

données aux droits de la nation, le dévouement qui vous conduit au

milieu des périls que va braver l'armée, pénètrent tous les coeurs

d'une profonde reconnaissance. Les pairs de France viennent offrir

à Votre Majesté l'hommage de ce sentiment.

Vous avez manifesté, Sire, des principes qui sont ceux de la

nation: ils doivent être les nôtres. Oui, tout pouvoir vient du

peuple, est institué pour le peuple; la monarchie constitutionnelle

est nécessaire au peuple Français, comme garantie de sa liberté et

de son indépendance.

Sire, tandis que vous serez à la frontière à la tête des enfans de

la patrie, la chambre des pairs concourra avec zèle à toutes les

mesures législatives que les circonstances exigeront, pour forcer

l'étranger à reconnaître l'indépendance nationale et faire

triompher dans l'intérieur les principes consacrés par la volonté

du peuple.

L'intérêt de la France est inséparable du vôtre. Si la fortune

trompait vos efforts, des revers, Sire, n'affaibliraient pas notre

persévérance, et redoubleraient notre attachement pour vous.

Si les succès répondent à la justice de notre cause et aux

espérances que nous sommes accoutumés à concevoir de votre génie et

de la bravoure de nos armées, la France n'en veut d'autre fruit que

la paix. Nos institutions garantissent à l'Europe que jamais le

gouvernement Français ne peut être entraîné par les séductions de

la victoire.

L'Empereur répondit:

La lutte dans laquelle nous sommes engagés est sérieuse.

L'entraînement de la prospérité n'est pas le danger qui nous menace

aujourd'hui. C'est sous les _Fourches Caudines_ que les étrangers

veulent nous faire passer!

La justice de notre cause, l'esprit public de la nation, et le

courage de l'armée, sont de puissans motifs pour espérer des

succès; mais si nous avions des revers, c'est alors surtout que

j'aimerais à voir déployer toute l'énergie de ce grand peuple;

c'est alors que je trouverais dans la chambre des pairs des preuves

d'attachement à la patrie et à moi.

C'est dans les tems difficiles que les grandes nations, comme les

grands hommes, déploient toute l'énergie de leur caractère, et

deviennent un objet d'admiration pour la postérité.

Monsieur le président et Messieurs les députés de la chambre des

pairs, je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez au nom de

la chambre.

Le comte Lanjuinais, à la tête de la députation de la chambre des

représentans, prononça ensuite le discours suivant:

Sire, la chambre des représentans a recueilli avec une profonde

émotion les paroles émanées du trône dans la séance solennelle où

V. M. déposant le pouvoir extraordinaire qu'elle exerçait, a

proclamé le commencement de la monarchie constitutionnelle.

Les principales bases de cette monarchie protectrice de la liberté,

de l'égalité, du bonheur du peuple, ont été reconnues par V. M.,

qui, se portant d'elle-même au-devant de tous les scrupules, comme

au devant de tous les voeux, a déclaré que le soin de réunir nos

constitutions éparses, et de les coordonner, était une des plus

importantes occupations réservées à la législature. Fidèle à sa

mission, la chambre des représentans remplira la tâche qui lui est

dévolue dans ce noble travail: elle demande que, pour satisfaire à

la volonté publique, ainsi qu'aux voeux de V. M., la délibération

nationale rectifie le plus tôt possible ce que l'urgence de notre

situation a pu produire de défectueux, ou laisser d'imparfait dans

l'ensemble de nos constitutions.

Mais en même tems, Sire, la chambre des représentans ne se montrera

pas moins empressée de proclamer ses sentimens et ses principes sur

la lutte terrible qui menace d'ensanglanter l'Europe. À la suite

d'événemens désastreux, la France envahie ne parut un moment

écoutée sur l'établissement de sa constitution que pour se voir

presqu'aussitôt soumise à une charte royale émanée du pouvoir

absolu, à une ordonnance de réformation toujours révocable de sa

nature, et qui, n'ayant pas l'assentiment exprimé du peuple, n'a

jamais pu être considérée comme obligatoire par la nation.

Reprenant aujourd'hui l'exercice de ses droits, se ralliant autour

du héros que sa confiance investit de nouveau du gouvernement de

l'état, la France s'étonne et s'afflige de voir des souverains en

armes lui demander raison d'un changement intérieur qui est le

résultat de la volonté nationale, et qui ne porte atteinte ni aux

relations existantes avec les autres gouvernemens ni à leur

sécurité. La France ne peut admettre les distinctions à l'aide

desquelles les puissances coalisées cherchent à voiler leur

agression. Attaquer le monarque de son choix, c'est attaquer

l'indépendance de la nation. Elle est armée toute entière pour

défendre cette indépendance et pour repousser sans exception toute

famille et tout prince qu'on oserait vouloir lui imposer. Aucun

projet ambitieux n'entre dans la pensée du peuple Français; la

volonté même du prince victorieux serait impuissante pour entraîner

la nation hors des limites de sa propre défense. Mais aussi pour

garantir son territoire, pour maintenir sa liberté, son honneur, sa

dignité, elle est prête à tous les sacrifices. Que n'est-il permis,

Sire, d'espérer encore que cet appareil de guerre, formé peut-être

par les irritations de l'orgueil et par des illusions que chaque

jour doit affaiblir, s'éloignera devant le besoin d'une paix

nécessaire à tous les peuples de l'Europe, et qui rendrait à Votre

Majesté sa compagne, aux Français l'héritier du trône? Mais déjà le

sang a coulé, le signal des combats, préparés contre l'indépendance

et la liberté française, a été donné au nom d'un peuple qui porte

au plus haut degré l'enthousiasme de l'indépendance et de la

liberté. Sans doute, au nombre des communications que nous promet

Votre Majesté, les chambres trouveront la preuve des efforts

qu'elle a faits pour maintenir la paix du monde. Si tous ces

efforts doivent rester inutiles, que les malheurs de la guerre

retombent sur ceux qui l'auront provoquée!

La chambre des représentans n'attend que les documens qui lui sont

annoncés, pour concourir de tout son pouvoir aux mesures qu'exigera

le succès d'une guerre aussi légitime. Il lui tarde, pour énoncer

son voeu, de connaître les besoins et les ressources de l'état; et

tandis que Votre Majesté, opposant à la plus injuste agression la

valeur des armées nationales et la force de son génie, ne

cherchera, dans la victoire, qu'un moyen d'arriver à une paix

durable, la chambre des représentans croira marcher vers le même

but, en travaillant sans relâche au pacte, dont le perfectionnement

doit cimenter encore l'union du peuple et du trône, et fortifier

aux yeux de l'Europe, par l'amélioration de nos institutions, la

garantie de nos engagemens.

L'Empereur répondit:

Je retrouve avec satisfaction mes propres sentimens dans ceux que

vous m'exprimez. Dans ces graves circonstances, ma pensée est

absorbée par la guerre imminente, au succès de laquelle sont

attachés l'indépendance et l'honneur de la France.

Je partirai cette nuit pour me rendre à la tête de mes armées, les

mouvemens des différens corps ennemis y rendent ma présence

indispensable. Pendant mon absence, je verrais avec plaisir qu'une

commission nommée par chaque chambre méditât sur nos constitutions.

La constitution est notre point de ralliement; elle doit être notre

étoile polaire dans ces momens d'orage. Toute discussion publique

qui tendrait à diminuer, directement ou indirectement, la confiance

qu'on doit avoir dans ses dispositions, serait un malheur pour

l'état; nous nous trouverions au milieu des écueils, sans boussole

et sans direction. La crise où nous sommes engagés est forte.

N'imitons pas l'exemple du Bas-Empire, qui, pressé de tous côtés

par les barbares, se rendit la risée de la postérité en s'occupant

de discussions abstraites, au moment où le bélier brisait les

portes de la ville.

Indépendamment des mesures législatives qu'exigent les

circonstances de l'intérieur, vous jugerez peut-être utile de vous

occuper des lois organiques destinées à faire marcher la

constitution. Elles peuvent être l'objet de vos travaux publics

sans avoir aucun inconvénient.

Monsieur le président et Messieurs les députés de la chambre des

représentans, les sentimens exprimés dans votre adresse me

démontrent assez l'attachement de la chambre à ma personne, et tout

le patriotisme dont elle est animée. Dans toutes les affaires, ma

marche sera toujours droite et ferme. Aidez-moi à sauver la patrie.

Premier représentant du peuple, j'ai contracté l'obligation que je

renouvelle, d'employer dans des tems plus tranquilles toutes les

prérogatives de la couronne et le peu d'expérience que j'ai acquis,

à vous seconder dans l'amélioration de nos institutions.

La voix, naturellement accentuée, de Napoléon, fit ressortir les mâles

pensées dont étincelaient ces deux discours; et quand il fut arrivé à ce

passage, _toute discussion publique qui tendrait à diminuer la

confiance, etc. etc._ et à celui-ci, _n'imitons pas le Bas-Empire_, il

enveloppa cette exhortation salutaire, d'un regard scrutateur qui fit

baisser les yeux aux provocateurs de la discorde. La saine partie des

représentons approuva la réponse de l'Empereur; les autres la

regardèrent comme une leçon injurieuse à la dignité de la chambre. Il

est des hommes qui se croient permis de pousser les remontrances jusqu'à

l'outrage, et qui ne peuvent entendre, sans s'offenser, les avis même

les plus sages et les plus mesurés.

L'Empereur partit, ainsi qu'il l'avait annoncé, dans la nuit du 12 mai.

La question de savoir s'il devait donner ou recevoir le signal des

hostilités, s'était souvent offerte à ses méditations.

En attaquant l'ennemi, il avait l'avantage de combattre avant l'arrivée

des Russes, et de transporter la guerre hors du territoire français;

s'il était victorieux, il pouvait faire soulever la Belgique, et

détacher de la coalition une partie de l'ancienne confédération du Rhin,

et peut-être l'Autriche.

En se laissant attaquer, il restait le maître de choisir son champ de

bataille, de multiplier à l'infini ses moyens de résistance, et de

porter, à son plus haut degré d'exaltation, la force et le dévouement de

son armée. Une armée de Français combattant sous les yeux de leurs

mères, de leurs épouses, de leurs enfans, pour la conservation de leur

bien-être et la défense de l'honneur et de l'indépendance de la patrie,

eût été invincible. C'était ce dernier parti que Napoléon préférait; il

s'accordait avec l'espoir qu'il nourrissait involontairement de se

rapprocher des étrangers, et avec la crainte d'indisposer la chambre, en

commençant la guerre sans avoir épuisé préalablement tous les moyens

d'obtenir la paix.

Mais Napoléon sentit que, pour rendre une guerre nationale, il faut que

tous les citoyens soient unis avec leur chef, de coeur et de volontés; et

convaincu que le mauvais esprit de la chambre ferait chaque jour de

nouveaux progrès et porterait la division et le trouble dans l'état, il

résolut de commencer la guerre, espérant que la fortune favoriserait ses

armes, et que la victoire le réconcilierait avec les députés, ou lui

donnerait les moyens de les faire rentrer dans l'ordre.

L'Empereur chargea du gouvernement, pendant son absence, un conseil

composé des quatorze personnes suivantes, savoir: le prince JOSEPH,

président; le prince LUCIEN. _Les ministres_: le prince CAMBACÉRÈS; le

prince d'ECKMUHL; le duc de VICENCE; le duc de GAÈTE; le duc de DECRÈS;

le duc d'OTRANTE; le comte MOLLIEN; le comte CARNOT. _Les ministres

d'état_: le comte DÉFERMON; le comte REGNAUD (de Saint-Jean-d'Angely);

le comte BOULAY (de la Meurthe); le comte MERLIN. Il leur dit: «Je pars

cette nuit: faites votre devoir; l'armée française et moi nous allons

faire le nôtre. Je vous recommande de l'union, du zèle et de l'énergie.»

Il parut étrange, dans une monarchie représentative où la responsabilité

pèse sur les ministres, de voir associer, au gouvernement, des ministres

d'état non responsables.

On le fit observer à l'Empereur; il répondit qu'il avait adjoint des

ministres d'état au conseil, pour qu'ils fussent, près de la chambre des

députés, les interprètes du gouvernement; qu'il désirait que les

ministres à portefeuille, tant que leur éducation constitutionnelle ne

serait point terminée, ne parussent, à cette chambre, que le moins

possible; qu'ils n'étaient point familiers avec la tribune; qu'ils

pourraient y émettre, sans le vouloir, des opinions et des principes que

le gouvernement ne pourrait avouer; qu'il serait inconvenant et

difficile de démentir les paroles d'un ministre, tandis que celles d'un

ministre d'état pouvaient être désavouées, sans compromettre le

gouvernement et sans blesser sa dignité.

Ces motifs étaient-ils les seuls? Je ne le crois pas. Il se défiait de

la perfidie du duc d'Otrante, du laisser-aller de tel et tel ministre,

et il était bien aise de trouver une raison ou un prétexte pour

introduire, dans le conseil du gouvernement, les quatre ministres d'état

dont le dévouement et l'inébranlable fidélité lui paraissaient un

surcroît de garantie. Lorsqu'il manifesta la volonté de commencer la

guerre, le duc de Vicence sollicita la faveur de le suivre à l'armée.

«Si je ne vous laissais point à Paris, lui répondit-il, sur qui

pourrais-je compter?» Que de choses dans ce peu de mots!

Les ministres de l'intérieur et des affaires étrangères se présentèrent,

le lendemain de son départ, à la chambre des pairs. M. Carnot lui soumit

un exposé de la situation de l'Empereur et de l'empire.

«Sa Majesté, dit-il, éclairée par les événemens passés, et revenu, le

coeur plein du désir et de l'espoir de conserver la paix au dehors, et de

pouvoir gouverner paternellement.

[...]

«Si l'Empereur était moins sûr de la force de son caractère et de la

pureté de ses résolutions, il pourrait se regarder comme placé entre

deux écueils, les partisans de la dynastie dépossédée, et ceux du

_système républicain_. Mais les premiers, n'ayant pas su conserver ce

qu'ils tenaient, sauront bien moins encore le ressaisir; les autres,

désabusés par une longue expérience et liés par gratitude au prince qui

les a délivrés, en sont devenus les plus zélés défenseurs; leur

franchise aussi connue que le fut leur exaltation philantropique,

environne ce trône, occupé par l'auguste fondateur d'une dynastie

nouvelle, qui se fait gloire d'être sortie de nos rangs populaires.

Après cette déclaration, à laquelle les opinions républicaines de M.

Carnot donnaient une grande importance; ce ministre se livra à l'examen

successif des diverses branches d'administration publique.

Il révéla l'état dans lequel se trouvaient réduits par les malheurs du

tems et la mauvaise gestion du gouvernement royal, les finances des

communes, les hospices, les cultes, les travaux publics, les mines, les

manufactures, le commerce, l'instruction publique, et fit connaître le

système d'amélioration que l'Empereur avait conçu et déjà mis en oeuvre,

pour rendre aux communes et aux hospices leurs anciennes ressources, aux

travaux publics leur activité, au commerce son essor, à l'université son

éclat, aux manufactures leur prospérité, au clergé l'aisance et la

considération que lui avaient fait perdre les persécutions dirigées par

lui à l'instigation des émigrés, contre les prétendus spoliateurs de

leurs biens.

Arrivé au département de la guerre, il annonça que l'Empereur avait

rétabli, sur ses anciennes bases, l'armée dont le dernier gouvernement

avait à dessein dispersé les élémens; que, depuis le 20 mars, nos forces

s'étaient élevées, par suite des enrôlemens volontaires et du rappel des

anciens militaires, de cent mille hommes à trois cent soixante-quinze

mille; que la garde impériale, le plus bel ornement de la France pendant

la paix, et son plus ferme rempart pendant la guerre, serait bientôt

portée à quarante mille hommes; que l'artillerie, malgré les douze mille

six cents bouches à feu livrées à l'ennemi par la fatale convention du

23 avril 1814, s'était relevée de ses ruines, et comptait maintenant

cent batteries et vingt mille chevaux; que nos arsenaux désorganisés

avaient repris leurs travaux de construction, et rétabli le matériel de

l'armée; que nos manufactures d'armes, naguères abandonnées et désertes,

avaient, depuis deux mois, fabriqué ou réparé quatre cents mille fusils;

que cent soixante-dix places ou forteresses, tant sur les frontières que

dans l'intérieur, avaient été approvisionnées, réparées et mises en état

de résister à l'ennemi; que la garde nationale, réorganisée

complétement, avait déjà fourni, pour la défense des frontières, deux

cent quarante bataillons ou cent cinquante mille hommes, et que la

formation successive des autres bataillons d'élite produirait plus de

deux cents mille hommes; que les volontaires dans les villes fermées et

les élèves des lycées et des écoles spéciales avaient été organisés en

compagnies d'artillerie, et formaient une masse de plus de vingt-cinq

mille excellens canonniers; en sorte que huit cent cinquante mille

Français défendraient l'indépendance, la liberté, l'honneur de la

patrie, pendant que les gardes nationales sédentaires se prépareraient,

dans l'intérieur, à offrir de nouvelles ressources pour le triomphe de

la cause nationale.

Enfin, après avoir jeté un coup d'oeil rapide sur les dispositions

hostiles de nos ennemis, sur les troubles intérieurs qu'ils avaient

suscités, et les moyens de répression qu'avait adoptés l'Empereur, M.

Carnot termina son rapport par exprimer le voeu que les deux chambres

pussent bientôt donner à la France, de concert avec l'Empereur, les lois

organiques dont elle avait besoin, pour que _la licence ne prît point la

place de la liberté, et l'anarchie la place de l'ordre_.

Cet exposé, où M. Carnot laissa percer les craintes qu'inspirait à

l'Empereur et à la nation, les progrès de l'esprit d'insubordination et

de démagogie manifesté par certains membres de la chambre, fut

immédiatement suivi d'un rapport du duc de Vicence, sur les dispositions

menaçantes des puissances étrangères, et sur les efforts infructueux

qu'avait fait l'Empereur pour les ramener à des sentimens modérés et

pacifiques. Il attribua principalement leurs résolutions hostiles aux

suggestions du cabinet de Londres. Il fit connaître ensuite les

préparatifs militaires des quatre grandes puissances, les ligues

renouvelées ou formées récemment contre nous, et conclut ainsi: «Croire

à la possibilité du maintien de la paix, serait donc aujourd'hui un

dangereux aveuglement; la guerre nous entoure de toutes parts, et ce

n'est plus que sur le champ de bataille, que la France peut reconquérir

la paix. Les Anglais, les Prussiens, les Autrichiens sont en ligne; les

Russes sont en pleine marche. C'est un devoir d'accélérer l'heure du

combat, quand une hésitation trop prolongée peut compromettre les

intérêts de l'état.»

Ces deux rapports furent présentés à la chambre des députés par des

ministres d'état, au même moment où les ministres en donnaient

connaissance à celle des pairs. Au lieu de pénétrer les représentans de

la nécessité de se rallier franchement à l'Empereur, et, comme le dit

l'un d'eux, de ne point rétablir de lutte avec le gouvernement, dans un

moment où le sang français allait couler, ils ne lui suggérèrent que de

stériles discussions sur l'inconvenance des rapports des ministres

d'état avec la chambre, et sur l'urgence de nommer une commission pour

s'occuper de réformer l'acte additionnel. Un désir immodéré de discourir

et de faire des lois, s'était emparé du plus grand nombre des députés;

mais ce n'est point avec de vaines paroles et des projets de

constitution, qu'on sauve un état. Quand la patrie était en danger, les

Romains, au lieu de délibérer, suspendaient l'empire des lois et se

donnaient un dictateur.

Le lendemain 17, les deux chambres reçurent la communication d'un

nouveau rapport fait à l'Empereur, par le ministre de la police, sur la

situation morale de la France.

«Sire», disait ce ministre, «je dois vous dire la vérité toute

entière. Nos ennemis ont de l'audace, des instrumens au-dehors, des

appuis au-dedans; ils n'attendent que le moment favorable pour

réaliser le plan conçu depuis vingt ans, et depuis vingt ans

déjoué, d'unir le camp de Jalès à la Vendée, et d'entraîner une

partie de la multitude dans cette confédération qui s'étend de la

Manche à la Méditerranée.»

«Dans ce système, les campagnes de la rive gauche de la Loire, dont

la population est plus facile à égarer, sont le principal foyer de

l'insurrection, qui doit, à l'aide des bandes errantes de la

Bretagne, se propager jusqu'en Normandie, où le voisinage des îles

et les dispositions de la côte, rendent les communications plus

faciles. Elle s'appuie d'un autre côté sur les Cevennes pour

s'étendre jusqu'aux rives du Rhône, par les révoltes qu'on peut

exciter dans quelques parties du Languedoc et de la Provence.

Bordeaux est depuis l'origine, le centre de direction de ces

mouvemens».

«Ce système n'a pas été abandonné. Il y a plus, le parti s'est

grossi, à chaque phase de notre révolution, de tous les mécontens

que les événemens produisaient, de tous les factieux encouragés par

la certitude de l'amnistie, de tous les ambitieux qui désiraient

acquérir quelque importance politique dans les changemens qu'on

présageait.

[...]

«C'est ce parti qui trouble maintenant la tranquillité intérieure.

C'est lui qui agite Marseille, Toulouse et Bordeaux. Marseille, où

l'esprit de sédition anime jusqu'aux dernières classes de la

population, où les lois ont été méconnues; Toulouse, qui semble

encore sous l'influence de l'organisation révolutionnaire qui lui

en fut donnée il y a quelques mois. Bordeaux, où reposent et

fermentent avec intensité tous les germes de révolte.

[...]

«C'est ce parti qui, par de fausses alarmes, de fausses espérances,

des distributions d'argent, et l'emploi des menaces, est parvenu à

soulever de paisibles cultivateurs dans tous le territoire enclavé

entre la Loire, la Vendée, l'Océan et le Rhône. On y a débarqué des

armes, des munitions de guerre. L'hydre de la rébellion renaît, se

reproduit partout où il exerça jadis ses ravages, et n'est point

abattu par nos succès de Saint-Gilles et d'Aisenay. De l'autre côté

de la Loire, des bandes désolent le département de Morbihan,

quelques parties d'Ille-et-Vilaine, des côtes du nord, et de la

Sarthe. Elles ont en un moment envahi les villes d'Aurai, de

Rhedon, de Ploërmel, les campagnes de Mayenne jusqu'aux portes de

Laval; elles arrêtent les marins et les militaires rappelés; elles

désarment les propriétaires, se grossissent des paysans qu'elles

font marcher de force, pillent les caisses publiques, anéantissent

les instrumens de l'administration, menacent les fonctionnaires,

s'emparent des diligences, saisissent les courriers, et ont

intercepté un instant les communications du Mans à Angers, d'Angers

à Nantes, de Nantes à Rennes, de Rennes à Vannes.»

«Sur les bords de la Manche, Dieppe, le Hâvre ont été agités par

des mouvemens séditieux. Dans toute la 15e division, les bataillons

de la milice nationale n'ont été formés qu'avec la plus grande

difficulté. Les militaires et les marins ont refusé de répondre aux

appels, et n'ont obéi qu'aux moyens de contraintes. Caen a été

troublé deux fois par des réactions royalistes, et dans quelques

arrondissemens de l'Orne, des bandes se forment comme en Bretagne

et dans la Mayenne».

«Enfin, tous les écrits qui peuvent décourager les hommes faibles,

enhardir les factieux, ébranler la confiance, diviser la nation,

jeter de la déconsidération sur le gouvernement; tous les pamphlets

qui sortent des presses de la Belgique, ou des imprimeries

clandestines de France; tout ce que les journaux étrangers publient

contre nous; tout ce que les écrivains des partis composent, se

distribue, se colporte se répand impunément par défaut de lois

répressives, et l'abus de la liberté de la presse».

«Inébranlable dans le système de modération qu'elle avait adopté,

Votre Majesté crut devoir attendre la convocation des chambres,

pour n'opposer que des précautions légales aux manoeuvres que la

législation ordinaire ne punit pas toujours, et qu'elle ne pouvait

ni prévoir ni prévenir.»

Le duc d'Otrante, entrant alors en matière, discutait les lois qui, nées

dans des circonstances analogues, auraient pu être appliquées aux

circonstances présentes; et ces lois lui paraissant impolitiques,

dangereuses, insuffisantes, il en concluait qu'il était indispensable

que les chambres s'occupassent sur-le-champ, des lois nouvelles

nécessaires pour réprimer la licence de la presse, et circonscrire la

liberté individuelle jusqu'au retour de l'ordre et de la paix

intérieure.

Ce rapport ne fit point autant d'impression qu'on aurait dû s'y

attendre. Les députés, exactement informés de ce qui se passait dans

leurs départemens, reconnurent que les faits avaient été falsifiés; ils

se persuadèrent que le tableau lugubre que M. Fouché leur présentait de

la situation de la France, lui avait été commandé par l'Empereur pour

les effrayer et les rendre plus dociles à ses volontés.

Les bureaux particuliers de la chambre retentirent des démentis plus ou

moins formels donnés par chaque représentant aux assertions

ministérielles. L'un des membres de la députation du Calvados ne voulut

même point se contenter de ces démentis à l'amiable, et déclara

hautement à la tribune que les agens du ministère avaient abusé leur

chef, en lui dépeignant une rixe individuelle, sans conséquence et

sur-le-champ appaisée, comme une insurrection générale de royalistes. On

aurait pu s'éviter la peine d'apprendre à M. Fouché, que son rapport

amplifiait la vérité, et transformait des accidens particuliers en

événemens publics; il le savait. Déjà voué à la cause des Bourbons, il

avait, à dessein, dénaturé les faits, dans l'intention de rendre de

l'espoir et de la consistance aux royalistes, et d'intimider, de

refroidir, de diviser les partisans de Napoléon[35].

La chambre, au lieu de s'occuper des lois et des mesures de salut

public, dont l'initiative lui avait été déférée, abandonna au ministère

le soin de les lui proposer. Elle préféra reprendre ses discussions sur

son sujet favori, l'acte additionnel; et je la laisse se consumer en

dissertations abstraites, pour retourner à Napoléon.

L'Empereur, parti le 12 à trois heures du matin, avait visité en passant

les fortifications de Soissons et de Laon, et était arrivé le 13 à

Avesnes. Ses regards inquiets se reportaient sans cesse vers Paris.

Placé, pour ainsi dire, entre deux feux, il semblait moins redouter les

ennemis qu'il avait devant lui, que ceux qu'il laissait en arrière.

La totalité de ses forces s'élevait au 14 juin à trois cents mille

hommes, dont seulement cent cinquante mille hommes d'infanterie et

trente-cinq mille de cavalerie étaient en état d'entrer en campagne.

Il avait formé de ces cent quatre-vingt-cinq mille hommes, quatre armées

et quatre corps d'observation.

La première, portant le nom de _grande armée_, était destinée à agir

immédiatement sous ses ordres; elle était subdivisée en cinq corps

principaux, commandés, le 1er par le comte d'ERLON; le 2e par le comte

REILLE; le 3e par le comte VANDAMME; le 4e par le comte GÉRARD; le 5e

(dit le 6e) par le comte LOBEAU[36]: et en un corps de cavalerie

commandé par le maréchal GROUCHY.

Cette armée, non compris la garde impériale, forte de 4500 chevaux et

14000 fantassins, était à-peu-près de cent mille hommes, dont seize

mille de cavalerie.

La deuxième, sous le titre d'_armée des Alpes_, était commandée par le

maréchal duc d'ALBUFÉRA: elle devait occuper les débouchés de l'Italie

et la lisière du pays de Gex. Sa force pouvait être de douze mille

hommes.

La troisième, sous le titre d'_armée du Rhin_, avait à sa tête le

général comte RAPP, et était chargée de protéger les frontières de

l'Alsace. On l'évaluait à dix-huit mille hommes.

La quatrième, dite _armée de l'Ouest_, agissait dans la Vendée, et

devait, après sa pacification, venir se confondre dans la _grande

armée_: elle était de dix-sept mille hommes; le général LAMARQUE en

avait le commandement en chef.

Le 1er corps d'observation, placé à Béford, était commandé par le

général LECOURBE. Il devait défendre les issues de la Suisse et la

Franche-Comté, et se lier, suivant les circonstances, par sa gauche à

l'armée des Alpes, ou par sa droite à l'armée du Rhin.

Les trois autres corps ayant pour chefs le maréchal BRUNE à Marseille,

le général CLAUSEL à Bordeaux, et le général DECAEN à Toulouse, devaient

maintenir la tranquillité dans le pays, et s'opposer, en cas de besoin,

aux invasions que pourraient tenter les Espagnols d'un côté, les

Piémontais et les Anglais de l'autre.

Ces quatre corps d'observation formaient ensemble vingt mille hommes.

Ils devaient être appuyés, et renforcés par dix mille soldats, et

cinquante mille gardes nationaux soldés.

Les deux armées du Rhin et des Alpes, devaient l'être également, par

cinquante mille hommes de ligne et cent mille chasseurs et grenadiers de

la garde nationale.

Enfin, l'armée que commandait l'Empereur en personne, devait être

augmentée de cent mille gardes nationaux qui auraient été placés en

seconde ligne, et de soixante mille hommes de troupes réglées qui, ainsi

que celles dont il est parlé plus haut, s'organisaient journellement

dans les dépôts.

Toutes ces ressources, lorsqu'elles auraient été disponibles (et elles

pouvaient l'être avant la fin de la campagne), auraient porté la force

de l'armée active à plus de trois cents mille combattans, et celle de

l'armée de réserve, c'est-à-dire, des gardes nationales en deuxième

ligne ou dans les places fortes, à quatre cents mille hommes. Elles

auraient été alimentées: la première, par les levées des conscriptions

de 1814 et de 1815; l'autre, par la mobilisation de nouveaux bataillons

d'élite.

L'armée entière était superbe et pleine d'ardeur; mais l'Empereur,

esclave (plus qu'on ne peut le croire) de ses souvenirs et de ses

habitudes, fit la faute de la replacer sous le commandement de ses

anciens chefs. La plupart (malgré leurs adresses au Roi) n'avaient point

cessé de faire des voeux pour le triomphe de la cause impériale; mais,

néanmoins, ils ne paraissaient point disposés à la servir avec l'ardeur

et le dévouement qu'exigeaient les circonstances. Ce n'était plus ces

hommes qui, pleins de jeunesse et d'ambition, prodiguaient généreusement

leurs vies pour acquérir des grades et de la renommée; c'étaient des

hommes fatigués de la guerre, et qui, parvenus au suprême degré

d'élévation, et enrichis par les dépouilles des ennemis ou les largesses

de Napoléon, n'avaient plus d'autres désirs que de jouir paisiblement de

leur fortune à l'ombre de leurs lauriers.

Les colonels et les généraux entrés après eux dans la carrière,

murmurèrent de se trouver placés sous leur tutelle. Les soldats

eux-mêmes furent mécontens; mais ce mécontentement n'altéra point leur

confiance dans la victoire: Napoléon était à leur tête[37].

Le 14, l'Empereur fit mettre à l'ordre du jour la proclamation suivante:

Avesnes, le 14 juin 1815.

Les Cent Jours (2/2) Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815. · 第 10 / 49 题