Mort du président de la commission, M. le marquis de
Sémonville.--M. le baron de Fresquienne élu à sa place.--Demande
d'autorisation au Ministre de l'instruction publique pour élever la
statue sur l'axe de la grille de clôture du jardin de l'École
normale.--Réponse favorable.--M. Michaut s'engage à ce que les
frais de la statue ne dépassent pas dix mille francs, et demande à
en commencer le modèle en argile plastique.--M. l'architecte Petit
invité à dresser un devis estimatif des dépenses du piédestal et
des grilles.--Autorisation du conseil municipal, émettant toutefois
le vœu qu'on choisisse un emplacement plus convenable.--Projet
d'une médaille en bronze, destinée à chaque souscripteur.
La quatrième séance eut lieu le 3 août, à l'École normale primaire, dans
le salon de M. Lebrun, l'un des membres de la commission. En l'absence
du vice-président, M. l'abbé Caron annonça, avec douleur, à ses
collègues que la commission venait de perdre M. le marquis de
Sémonville, qui en avait accepté la présidence. Il fut immédiatement
procédé à l'élection, au scrutin secret, d'un nouveau président et d'un
nouveau vice-président. M. le baron de Fresquienne et M. l'abbé Caron
furent promus à ces fonctions.
On soumit à l'assemblée un projet de lettre à adresser au Ministre de
l'instruction publique, ayant pour but d'en obtenir l'érection de la
statue sur l'axe de la grille de clôture du jardin de l'École normale,
au milieu d'un espace dont elle se dégagerait, et qui formerait un
hémicycle de 5 mètres sur le terrain du jardin pratique de cette école.
Un plan, dressé par M. Petit, architecte de la ville, fut déposé sur le
bureau, afin de mettre la commission de surveillance à même d'apprécier
l'étendue du terrain demandée au Ministre.
Lecture fut donnée d'une lettre de M. Michaut, qui, sur l'invitation qui
lui en avait été adressée, s'engageait à ce que les frais de la statue
ne dépassassent pas la somme de dix mille francs, et qui demandait, en
même temps, à être autorisé à en commencer le modèle en argile
plastique, aux conditions par lui proposées. Il fut fait droit tout de
suite à cette demande, et l'on décida, de plus, que l'architecte Petit
dresserait un devis estimatif des dépenses qu'occasionneraient le
piédestal du monument et les grilles qui l'entoureraient.
Ces travaux devaient consister en maçonnerie, marbrerie, serrurerie,
peinture, charpente, terrasse et pavage:
En maçonnerie, pour établir l'hémicycle, fonder le piédestal, en former
le noyau en pierre de taille, élever la plate-forme sur laquelle il
serait placé et l'entourer d'un stylobate;
En marbrerie, pour revêtir le piédestal de marbre blanc veiné;
En serrurerie, pour entourer l'hémicycle d'une grille en fer, reposant
sur le stylobate, et d'une autre grille, dite d'appui, reposant sur le
bord de la plate-forme;
En peinture, pour peindre la grille en couleur bronze;
En charpente, pour enfermer les travaux pendant leur durée et jusqu'à ce
que la statue fût érigée;
En terrasse, enfin, et en pavage, pour les fouilles à pratiquer, afin
d'établir les fondations du monument et d'en paver les approches.
Tous ces travaux étaient estimés approximativement, d'après détails
circonstanciés, à la somme de onze mille six cent soixante francs,
répartis comme suit:
Maçonnerie. 3,500 fr.
Marbrerie. 4,550
Serrurerie. 3,000
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Transport. 11,050 fr.
Report. 11,050 fr.
Peinture. 160
Charpente. 150
Terrasse et pavage. 300
---------
Total. 11,660 fr.
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A la cinquième séance, le 9 décembre, M. le secrétaire donna lecture de
l'autorisation accordée par M. Villemain, Ministre de l'instruction
publique, grand maître de l'Université. Elle était ainsi conçue:
_A M. le baron de Fresquienne, président de la commission pour
l'érection de la statue de l'abbé de l'Épée, à Versailles._
A Paris, le 10 septembre 1839.
«Monsieur le baron, j'ai reçu les renseignements officiels qui m'étaient
nécessaires pour prononcer définitivement sur la demande formée par la
commission que vous présidez, à l'effet d'obtenir la concession d'une
petite portion du terrain affecté au jardin botanique de l'École normale
primaire de Versailles, dans le but d'agrandir la place où doit s'élever
la statue de l'abbé de l'Épée.
«D'après ces renseignements, j'ai décidé que la dite portion de terrain,
ayant une surface de 39 m. 27 c., serait concédée à la société des
souscripteurs pour le monument, aux conditions suivantes: 1º que la
grille, formant l'entourage de l'hémicycle qui existera derrière la
statue, soit suffisamment élevée pour garantir la clôture du jardin de
l'école; 2º qu'une grille plus basse soit placée devant la statue, afin
d'empêcher le public d'entrer dans l'intérieur de l'hémicycle; 3º enfin,
qu'une porte de sortie soit réservée dans l'une et l'autre grille, afin
de conserver à l'École normale l'issue qu'elle a, en cet endroit, sur la
rue Saint-Pierre. Je vous prie, Monsieur le baron, de faire part de ma
décision à la commission que vous présidez.
«Recevez, Monsieur le baron, etc.»
* * * * *
Il fut arrêté que M. le président adresserait, au nom de la commission,
une lettre de remercîment à M. le Ministre de l'instruction publique.
Puis, M. le secrétaire donna lecture de la décision prise par le conseil
municipal de Versailles, dans sa séance du 14 novembre, et dont voici
les conclusions:
«Le conseil, vu la demande qui lui a été adressée par les souscripteurs
à la statue de l'abbé de l'Épée, et après avoir entendu le rapport de sa
commission, décide:
«1º Le conseil autorise l'érection d'une statue de l'abbé de l'Épée sur
une des places de la ville de Versailles;
«2º Ce monument sera élevé sur l'emplacement désigné par la commission
des souscripteurs, ou sur le terrain situé sur l'avenue de la Mairie, en
face l'Hôtel de Ville, si, par suite, il est jugé plus convenable par le
conseil, après avoir entendu la commission des souscripteurs;
«3º Le conseil se réserve d'apprécier le mérite de la statue, avant son
érection, d'après le modèle en plâtre qui devra être fait dans les mêmes
proportions que celles que doit avoir cette statue, et de fixer la
saillie que le monument aura sur la voie publique.
«L'ensemble des conclusions de la commission a été mis aux voix et
adopté avec la modification suivante, qui vient d'être exprimée pour le
deuxième paragraphe:
«Le conseil est d'avis que la statue soit érigée sur l'emplacement
proposé par la commission des souscripteurs, émettant le vœu que les
résultats de la souscription permettent à la commission de proposer la
place Saint-Louis, qui lui paraît préférable sous tous les rapports, ou
tout autre endroit, jugé convenable par le conseil, sur la proposition
de la commission.»
Cette lecture entendue, la commission discuta les conclusions du
conseil municipal. Elle vota des remercîments à M. le maire, pour
l'autorisation[94] que ce magistrat s'était empressé de lui faire
obtenir.
M. le président ouvrit la discussion sur la quotité des dépenses
prévues.
L'avis de M. Lebrun fut qu'une médaille serait le moyen le plus propre à
stimuler les souscriptions et à en augmenter le nombre et la quotité.
Puis, il déposa sur le bureau le croquis de la médaille projetée.
M. le secrétaire donna lecture d'une lettre de M. Michaut, s'engageant à
faire gratuitement la médaille, qu'il regardait comme un accessoire du
monument.
On pensa qu'une médaille, œuvre de M. Michaut, dont la réputation, au
point de vue de la gravure surtout, est européenne, exciterait les
citoyens à souscrire, afin de se procurer une représentation fidèle du
monument, un souvenir de leur générosité, et de jouir ainsi
individuellement de leur propre sacrifice pécuniaire.
La commission arrêta, en conséquence, 1º que le projet d'une médaille à
distribuer aux souscripteurs était décidé en principe; 2º que cette
médaille serait du dessin du croquis présenté et du module de trente
lignes; 3º qu'elle serait en bronze, mais délivrée néanmoins en métal
plus précieux aux souscripteurs qui en feraient la demande, en en payant
préalablement le prix. On arrêta, en outre, que le nom du souscripteur
serait gravé sur sa médaille, et que le bureau conviendrait avec M.
Michaut des conditions de cette gravure supplémentaire.
La commission nomma, enfin, _un comité chargé de rédiger et d'envoyer
les prospectus, de dresser les listes de souscripteurs et d'accélérer
les travaux_, concurremment avec le président et le secrétaire.