XXXII

Mort du président de la commission, M. le marquis de

Sémonville.--M. le baron de Fresquienne élu à sa place.--Demande

d'autorisation au Ministre de l'instruction publique pour élever la

statue sur l'axe de la grille de clôture du jardin de l'École

normale.--Réponse favorable.--M. Michaut s'engage à ce que les

frais de la statue ne dépassent pas dix mille francs, et demande à

en commencer le modèle en argile plastique.--M. l'architecte Petit

invité à dresser un devis estimatif des dépenses du piédestal et

des grilles.--Autorisation du conseil municipal, émettant toutefois

le vœu qu'on choisisse un emplacement plus convenable.--Projet

d'une médaille en bronze, destinée à chaque souscripteur.

La quatrième séance eut lieu le 3 août, à l'École normale primaire, dans

le salon de M. Lebrun, l'un des membres de la commission. En l'absence

du vice-président, M. l'abbé Caron annonça, avec douleur, à ses

collègues que la commission venait de perdre M. le marquis de

Sémonville, qui en avait accepté la présidence. Il fut immédiatement

procédé à l'élection, au scrutin secret, d'un nouveau président et d'un

nouveau vice-président. M. le baron de Fresquienne et M. l'abbé Caron

furent promus à ces fonctions.

On soumit à l'assemblée un projet de lettre à adresser au Ministre de

l'instruction publique, ayant pour but d'en obtenir l'érection de la

statue sur l'axe de la grille de clôture du jardin de l'École normale,

au milieu d'un espace dont elle se dégagerait, et qui formerait un

hémicycle de 5 mètres sur le terrain du jardin pratique de cette école.

Un plan, dressé par M. Petit, architecte de la ville, fut déposé sur le

bureau, afin de mettre la commission de surveillance à même d'apprécier

l'étendue du terrain demandée au Ministre.

Lecture fut donnée d'une lettre de M. Michaut, qui, sur l'invitation qui

lui en avait été adressée, s'engageait à ce que les frais de la statue

ne dépassassent pas la somme de dix mille francs, et qui demandait, en

même temps, à être autorisé à en commencer le modèle en argile

plastique, aux conditions par lui proposées. Il fut fait droit tout de

suite à cette demande, et l'on décida, de plus, que l'architecte Petit

dresserait un devis estimatif des dépenses qu'occasionneraient le

piédestal du monument et les grilles qui l'entoureraient.

Ces travaux devaient consister en maçonnerie, marbrerie, serrurerie,

peinture, charpente, terrasse et pavage:

En maçonnerie, pour établir l'hémicycle, fonder le piédestal, en former

le noyau en pierre de taille, élever la plate-forme sur laquelle il

serait placé et l'entourer d'un stylobate;

En marbrerie, pour revêtir le piédestal de marbre blanc veiné;

En serrurerie, pour entourer l'hémicycle d'une grille en fer, reposant

sur le stylobate, et d'une autre grille, dite d'appui, reposant sur le

bord de la plate-forme;

En peinture, pour peindre la grille en couleur bronze;

En charpente, pour enfermer les travaux pendant leur durée et jusqu'à ce

que la statue fût érigée;

En terrasse, enfin, et en pavage, pour les fouilles à pratiquer, afin

d'établir les fondations du monument et d'en paver les approches.

Tous ces travaux étaient estimés approximativement, d'après détails

circonstanciés, à la somme de onze mille six cent soixante francs,

répartis comme suit:

Maçonnerie. 3,500 fr.

Marbrerie. 4,550

Serrurerie. 3,000

---------

Transport. 11,050 fr.

Report. 11,050 fr.

Peinture. 160

Charpente. 150

Terrasse et pavage. 300

---------

Total. 11,660 fr.

==========

A la cinquième séance, le 9 décembre, M. le secrétaire donna lecture de

l'autorisation accordée par M. Villemain, Ministre de l'instruction

publique, grand maître de l'Université. Elle était ainsi conçue:

_A M. le baron de Fresquienne, président de la commission pour

l'érection de la statue de l'abbé de l'Épée, à Versailles._

A Paris, le 10 septembre 1839.

«Monsieur le baron, j'ai reçu les renseignements officiels qui m'étaient

nécessaires pour prononcer définitivement sur la demande formée par la

commission que vous présidez, à l'effet d'obtenir la concession d'une

petite portion du terrain affecté au jardin botanique de l'École normale

primaire de Versailles, dans le but d'agrandir la place où doit s'élever

la statue de l'abbé de l'Épée.

«D'après ces renseignements, j'ai décidé que la dite portion de terrain,

ayant une surface de 39 m. 27 c., serait concédée à la société des

souscripteurs pour le monument, aux conditions suivantes: 1º que la

grille, formant l'entourage de l'hémicycle qui existera derrière la

statue, soit suffisamment élevée pour garantir la clôture du jardin de

l'école; 2º qu'une grille plus basse soit placée devant la statue, afin

d'empêcher le public d'entrer dans l'intérieur de l'hémicycle; 3º enfin,

qu'une porte de sortie soit réservée dans l'une et l'autre grille, afin

de conserver à l'École normale l'issue qu'elle a, en cet endroit, sur la

rue Saint-Pierre. Je vous prie, Monsieur le baron, de faire part de ma

décision à la commission que vous présidez.

«Recevez, Monsieur le baron, etc.»

* * * * *

Il fut arrêté que M. le président adresserait, au nom de la commission,

une lettre de remercîment à M. le Ministre de l'instruction publique.

Puis, M. le secrétaire donna lecture de la décision prise par le conseil

municipal de Versailles, dans sa séance du 14 novembre, et dont voici

les conclusions:

«Le conseil, vu la demande qui lui a été adressée par les souscripteurs

à la statue de l'abbé de l'Épée, et après avoir entendu le rapport de sa

commission, décide:

«1º Le conseil autorise l'érection d'une statue de l'abbé de l'Épée sur

une des places de la ville de Versailles;

«2º Ce monument sera élevé sur l'emplacement désigné par la commission

des souscripteurs, ou sur le terrain situé sur l'avenue de la Mairie, en

face l'Hôtel de Ville, si, par suite, il est jugé plus convenable par le

conseil, après avoir entendu la commission des souscripteurs;

«3º Le conseil se réserve d'apprécier le mérite de la statue, avant son

érection, d'après le modèle en plâtre qui devra être fait dans les mêmes

proportions que celles que doit avoir cette statue, et de fixer la

saillie que le monument aura sur la voie publique.

«L'ensemble des conclusions de la commission a été mis aux voix et

adopté avec la modification suivante, qui vient d'être exprimée pour le

deuxième paragraphe:

«Le conseil est d'avis que la statue soit érigée sur l'emplacement

proposé par la commission des souscripteurs, émettant le vœu que les

résultats de la souscription permettent à la commission de proposer la

place Saint-Louis, qui lui paraît préférable sous tous les rapports, ou

tout autre endroit, jugé convenable par le conseil, sur la proposition

de la commission.»

Cette lecture entendue, la commission discuta les conclusions du

conseil municipal. Elle vota des remercîments à M. le maire, pour

l'autorisation[94] que ce magistrat s'était empressé de lui faire

obtenir.

M. le président ouvrit la discussion sur la quotité des dépenses

prévues.

L'avis de M. Lebrun fut qu'une médaille serait le moyen le plus propre à

stimuler les souscriptions et à en augmenter le nombre et la quotité.

Puis, il déposa sur le bureau le croquis de la médaille projetée.

M. le secrétaire donna lecture d'une lettre de M. Michaut, s'engageant à

faire gratuitement la médaille, qu'il regardait comme un accessoire du

monument.

On pensa qu'une médaille, œuvre de M. Michaut, dont la réputation, au

point de vue de la gravure surtout, est européenne, exciterait les

citoyens à souscrire, afin de se procurer une représentation fidèle du

monument, un souvenir de leur générosité, et de jouir ainsi

individuellement de leur propre sacrifice pécuniaire.

La commission arrêta, en conséquence, 1º que le projet d'une médaille à

distribuer aux souscripteurs était décidé en principe; 2º que cette

médaille serait du dessin du croquis présenté et du module de trente

lignes; 3º qu'elle serait en bronze, mais délivrée néanmoins en métal

plus précieux aux souscripteurs qui en feraient la demande, en en payant

préalablement le prix. On arrêta, en outre, que le nom du souscripteur

serait gravé sur sa médaille, et que le bureau conviendrait avec M.

Michaut des conditions de cette gravure supplémentaire.

La commission nomma, enfin, _un comité chargé de rédiger et d'envoyer

les prospectus, de dresser les listes de souscripteurs et d'accélérer

les travaux_, concurremment avec le président et le secrétaire.

L'Abbé de l'Épée: sa vie, son apostolat, ses travaux, sa lutte et ses succès · 第 48 / 141 题