M. Aubernon, préfet de Seine-et-Oise, avant de donner son
approbation complète au projet de monument qu'on prépare à l'abbé
de l'Épée, désire être mieux édifié sur diverses circonstances qui
s'y rattachent.--Réponses de la commission aux différentes
questions qui lui ont été soumises par M. le préfet.--Première
pensée d'une entrevue de quelques membres du conseil municipal de
Versailles avec quelques membres de la commission du monument,
ayant pour but d'essayer de lever en commun ces
obstacles.--Délibération favorable du conseil municipal en réponse
aux objections soulevées par M. le préfet.--Rédaction d'un
prospectus à répandre pour activer les souscriptions.
M. le préfet de Seine-et-Oise, dans une lettre du 14 janvier 1840,
adressée à M. le maire de Versailles, lui faisait observer que, comme il
n'était pas complétement édifié sur l'affaire du monument à élever à
l'abbé de l'Épée, il ne pensait pas pouvoir, dans l'état actuel des
choses, y donner son approbation. Il désirait, avant tout, être éclairé:
1º Sur la forme et le mérite de la statue projetée, question qui ne
pouvait être résolue que par la présentation d'un modèle en plâtre, de
la grandeur même de la statue;
2º Sur l'emplacement, choisi par les souscripteurs, qui ne lui
paraissait pas être agréé par le conseil municipal, opinion que
partageait M. le préfet, l'hémicycle qui devait être pris sur le jardin
de l'École normale lui semblant trop restreint, et la place Saint-Louis
offrant, à son avis, un emplacement plus convenable;
3º Sur le montant de la dépense, sur la garantie que cette dépense
serait intégralement couverte au moyen des souscriptions, et sur les
ressources que la ville de Versailles se proposait d'y affecter afin de
compléter la somme exigée pour les frais, dans le cas où les
souscriptions ne seraient pas suffisantes;
4º Enfin, sur le fait même de la concession du terrain, qui aurait dû
être faite à la ville, et non aux souscripteurs.
* * * * *
Le 17 janvier, M. le maire de Versailles écrivit à la commission des
souscripteurs, en lui adressant copie de la lettre de M. le préfet de
Seine-et-Oise.
* * * * *
En conséquence, dans la sixième séance du 27 janvier 1840, M. le
président exposa à la commission que M. le préfet de Seine-et-Oise
n'avait pas paru complétement satisfait des explications fournies par la
commission, ni de la délibération du conseil municipal, et qu'il croyait
nécessaire d'obtenir de nouveaux renseignements avant d'homologuer une
délibération sur laquelle il regrettait de ne pas se trouver nanti de
documents suffisants. Il était donc d'avis, d'après la lecture des
délibération et décision ci-dessus mentionnées, de rassembler le comité
de rédaction, à l'effet de préparer une réponse.
M. Lebrun développa son travail, qui fut entièrement approuvé dans son
ensemble et dans ses détails, dans son esprit et dans sa forme. La
commission décida, à l'unanimité, que ce mémoire serait adressé, en
double exemplaire, à M. le maire de Versailles.
M. le secrétaire donna, ensuite, lecture du prospectus[95], avec les
additions qui y avaient été faites par le comité de rédaction, et il fit
connaître les listes qui avaient été dressées, de l'avis de ce comité.
* * * * *
Le 5 février, la commission répondit aux quatre questions qui lui
avaient été soumises par M. le préfet, et finit par proposer, dans le
cas où ses réponses ne paraîtraient pas suffisantes et ne porteraient
pas la conviction dans tous les esprits, un moyen qui rendrait plus
prompte et plus facile la conclusion d'une affaire qui avait déjà
souffert tant de retard. «Si le conseil municipal, observait-elle,
voulait bien désigner quelques-uns de ses membres à l'effet de
s'entendre avec la commission des souscripteurs sur les points en
désaccord, sans aucun doute de telles communications auraient bientôt
levé tous les obstacles.»
Comme la commission du conseil municipal qui devait présenter
incessamment un rapport au conseil sur les observations faites par M. le
préfet de Seine-et-Oise relativement à l'érection de la statue de l'abbé
de l'Épée, désirait entendre encore les membres du comité des
souscripteurs, M. le maire écrivit, le 11 février 1840, à M. de
Fresquienne, pour le prier de vouloir bien inviter les membres du comité
à se réunir à la commission, qui devait être convoquée le 14, à la
Mairie.
* * * * *
Dans la septième séance, qui eut lieu le 3 mai, il fut donné lecture
d'un rapport étendu, contenant l'exposé de ce qui avait été fait depuis
le 27 janvier. M. le secrétaire porta ensuite à la connaissance de la
commission le nombre des prospectus délivrés, d'après les états qu'il
avait tenus.
M. le trésorier exposa l'état de la caisse au 16 avril 1840. La
commission déclara approuver cet aperçu de la situation.
M. le président communiqua la délibération suivante du conseil
municipal, qui répondait aux différentes questions proposées par M. le
préfet:
«Le conseil,
«Vu les motifs exprimés dans le rapport qui précède, estime qu'il y a
lieu de répondre à M. le préfet:
«1º Que le conseil municipal a reçu de la commission des souscripteurs,
par l'organe de M. le baron de Fresquienne, son président, la promesse
écrite de la production préalable d'un modèle en plâtre, de grandeur
d'exécution;
«2º Que l'emplacement choisi sur la place des Tribunaux ne lui paraît
pas heureux, et qu'une statue de deux mètres, douze centimètres, suivant
la mesure annoncée, ne lui semble pouvoir convenir à aucun autre
emplacement de la ville;
«3º Que la ville de Versailles n'a pas eu d'engagement pécuniaire à
prendre, et qu'aucun sacrifice n'a été réclamé d'elle pour cet objet;
«4º Que la concession du terrain de l'École normale n'a pu être faite,
ni aux souscripteurs, ni à la ville, et que l'Université, qui en jouit,
aurait seulement transféré la jouissance à la ville, devenue
propriétaire du monument.
«Les propositions de la commission sont successivement mises aux voix et
adoptées.»