Une commission se forme pour régulariser la souscription destinée à
élever un monument à l'abbé de l'Épée.--M. Dupin aîné en accepte la
présidence; M. Villemain consent à en faire partie.--Elle se
compose, en outre, de MM. de Schonen, de Gérando,
Chapuys-Montlaville, Cavé, l'abbé Olivier, Monglave, Nestor
d'Andert, et de trois sourds-muets, Ferdinand Berthier, Forestier
et Lenoir.--Regrets de M. de Chateaubriand et du premier président
Séguier.--Première séance à l'hôtel de la présidence de la
Chambre.--Remercîments des trois membres sourds-muets.--Projet de
M. Victor Lenoir, architecte du gouvernement.--Voies et moyens:
représentations à bénéfice, souscription de la famille royale.--Où
s'élèvera le monument?--On repousse la cour de l'Institution; on
préfère la chapelle Saint-Nicolas, à Saint-Roch.--Organisation de
la souscription.--Recherches à faire au Palais de Justice, à
l'Hôtel de Ville, aux Archives nationales, sur le lieu de
l'inhumation.--MM. Montlaville, Monglave et Berthier, délégués pour
aller constater l'identité des restes découverts ou à découvrir.
Il restait à former une commission chargée de surveiller et de diriger
cette œuvre éminemment philanthropique.
Le 11 juin 1838, mon compatriote et ami, M. Chapuys-Montlaville, alors
député de Saône-et-Loire, aujourd'hui préfet de la Haute-Garonne, nous
présenta, Lenoir, mon collègue à l'Institution nationale de Paris,
Forestier et moi, à M. Dupin aîné, alors président de la Chambre des
députés. Nous prîmes la liberté de lui offrir, au nom de nos frères, la
présidence[77] de cette commission, et de lui soumettre une liste de
membres dont nous avions l'intention de la composer. M. Dupin, avec
cette rapidité d'émotion que chacun lui connaît, saisit la plume et
écrivit: «J'accepte bien volontiers; c'est un honneur, un plaisir et un
devoir.»
Le 13, M. Chapuys-Montlaville me chargea d'une lettre pour M. Villemain.
La voici, avec la réponse de l'illustre académicien:
«A MONSIEUR VILLEMAIN.
«Les restes de l'abbé de l'Épée ont été découverts dans l'un des
caveaux de l'église Saint-Roch. Les sourds-muets brûlent d'élever
un monument à la mémoire de leur père. Une commission a été
proposée par eux. M. Dupin en a accepté la présidence. Ils
désirent, Monsieur, que vous en fassiez partie, et je suis heureux
qu'ils aient bien voulu me choisir pour être l'interprète de leur
vœu et de leurs sentiments. C'est M. Berthier, président de la
Société des sourds-muets, qui vous remettra cette lettre.
«Veuillez agréer, Monsieur, l'hommage de mes sentiments les plus
dévoués.»