Mode d'administration successif des Institutions nationales des
sourds-muets de Paris et de Bordeaux.--Projets divers ayant pour
but de généraliser en France cet enseignement
spécial.--Sollicitations infructueuses jusqu'à ce jour.--Pétition
adressée en 1851 par la Société centrale d'éducation et
d'assistance pour les sourds-muets en France à l'Assemblée
nationale législative.--Éloges de l'abbé de l'Épée, par MM. Bébian,
ancien censeur des études de l'Institution nationale de Paris, et
d'Aléa, ancien directeur du collège royal des sourds-muets de
Madrid.--L'auteur des TEMPLIERS, M. Raynouard, de l'Académie
française, voulait, à sa mort, fonder un prix pour le meilleur
poème à la gloire de l'abbé de l'Épée.--Nomenclature complète des
œuvres du célèbre instituteur.
Les écoles de sourds-muets de Paris et de Bordeaux, placées d'abord sous
la surveillance des autorités départementales, furent, plus tard,
administrées par un conseil, composé d'abord de trois membres, puis de
cinq, et enfin de sept. Deux arrêtés, en date du 18 fructidor an VII et
du 18 vendémiaire an IX, rendus par Lucien Bonaparte, alors ministre de
l'intérieur, avaient réglé l'organisation de l'école de Paris; un
autre, en date du 8 brumaire an X, émanant de l'illustre Chaptal, avait
modifié les deux statuts précédents. En 1822, tous les arrêtés
antérieurs furent révisés et fondus en un règlement général, revêtu, le
28 juin, de l'approbation ministérielle; enfin, une ordonnance royale,
du 21 février 1841, concernant les établissements généraux de
bienfaisance et d'utilité publique, créa un conseil supérieur, composé
de vingt-quatre membres, chargé de les surveiller, et, en exécution de
l'art. 6 de ladite ordonnance, un arrêté ministériel, du 16 mars de la
même année, organisa, près de chacun de ces établissements, une
commission consultative, composée de cinq membres, y compris le
directeur.
A diverses époques, le Gouvernement s'est occupé de mesures législatives
pour procurer l'éducation à tous les sourds-muets.
La Convention nationale voulait rattacher l'enseignement de ces
infortunés au système général d'instruction publique de la France.
Plus tard, Chaptal, par une lettre en date du 22 germinal an IX,
consultait le conseil d'administration de l'École de Paris sur un projet
semblable. Il insistait principalement pour que les établissements de
sourds-muets fussent assis sur de solides bases.
En 1836, un autre ministre, M. le comte de Gasparin, ayant invité le
conseil d'administration de l'Institution nationale de Paris à élaborer
un projet de loi sur l'organisation définitive des écoles consacrées à
ces malheureux, ne trouva pas celui qui lui fut remis de nature à être
présenté à l'examen des Chambres.
Six ans après, la même question fut débattue au sein du congrès
scientifique de France, tenu à Strasbourg, où étaient accourus quatre
instituteurs français de sourds-muets, MM. Piroux, directeur de l'école
de Nancy; Edouard Morel, directeur actuel de celle de Bordeaux; Jacoutot
et Selligsberger, dont chacun dirige un établissement de ce genre à
Strasbourg. Les vues d'enseignement général, exposées dans cette
enceinte d'une manière péremptoire par les deux premiers, furent
favorablement accueillies par l'assemblée, qui en adopta les
conclusions.
Deux pétitions ont été simultanément adressées sur le même sujet, au
Corps législatif, par M. Eugène Garay de Monglave, ancien membre de la
commission consultative de l'Institution des sourds-muets de Paris, et
par l'auteur de ce mémoire. Depuis, l'une et l'autre ont été renouvelées
jusqu'à trois ou quatre fois; mais elles n'ont obtenu aucun résultat
immédiat, aucun résultat complet, malgré les votes favorables dont
elles n'ont cessé d'être l'objet de la part des diverses législatures.
En juillet 1851, une pétition[71] à l'Assemblée nationale a été proposée
et adoptée unanimement au sein de la _Société centrale d'éducation et
d'assistance pour les Sourds-Muets en France_, présidée par M. Dufaure,
ancien ministre. Elle tend à l'extension de l'enseignement de ces
infortunés et des jeunes aveugles, et à une augmentation de fonds
nécessaires pour atteindre ce but.
Mais la dissolution de cette Assemblée, ayant été amenée par l'événement
du 2 décembre de la même année, a nécessité la rédaction d'un nouveau
mémoire[72] au Prince Louis-Napoléon Bonaparte, Président de la
République.
La Société royale académique des sciences de Paris proposa, en 1817, au
concours, l'éloge de l'abbé de l'Épée. Le prix fut décerné, en 1819, à
M. Bébian, ancien censeur des études de l'Institution des sourds-muets
de Paris, et l'accessit à M. Bazot, membre de l'Athénée des arts, etc.
Nous avons de M. d'Aléa, ancien directeur du collége royal des
sourds-muets de Madrid, _l'Éloge de l'abbé de l'Épée, ou Essai sur les
avantages du système des signes méthodiques, appliqué à l'instruction
générale élémentaire_, traduit de l'espagnol sous les yeux de l'auteur.
M. d'Aléa était déjà connu dans sa patrie par une traduction espagnole
de _Paul et Virginie_. On assure qu'il a travaillé à un _Dictionnaire de
signes d'action analogiques_.
On nous a rapporté que, quelque temps avant sa mort, le célèbre auteur
des _Templiers_, M. Raynouard, avait manifesté l'intention de proposer
pour sujet d'un prix de poésie l'éloge de notre _père spirituel_. Nous
aurions voulu qu'il eût été donné suite à cette proposition, qui aurait
certainement honoré la mémoire du savant académicien dont nous déplorons
la perte.
Voici la nomenclature complète des ouvrages de l'abbé de l'Épée:
1º _Relation de la maladie et de la guérison miraculeuse opérée sur
Marie-Anne Pigalle_, 1757, in-12;
2º _Institution des sourds et muets, ou Recueil des exercices soutenus
par les sourds et muets, pendant les années 1771, 1772, 1773 et 1774,
avec les lettres qui ont accompagné les programmes de chacun de ces
exercices_, Paris, 1774, in-12 de 112 pages (dans sa quatrième lettre,
il développe les moyens dont il s'est servi pour conduire ses élèves à
la connaissance de la divinité et des dogmes religieux; il y annonce que
ce quatrième exercice public sera le dernier);
3º _Institution des sourds et muets par la voie des signes méthodiques_,
Paris, 1776, in-12; _nouvelle édition corrigée sous ce titre: La
véritable manière d'instruire les sourds et muets, confirmée par une
longue expérience_, Paris, 1784, in-12; cet ouvrage a été traduit en
allemand;
4º _Dictionnaire général des signes employés dans la langue des
sourds-muets_, auquel la mort l'empêcha de mettre la dernière main.