Signé EUDE, rapporteur.»

Un jugement conforme[57] est rendu en dernier ressort le 24 juillet

1792.

Quel parti prendra l'ex-comte de Solar? Le voilà seul jeté au milieu de

ce tourbillon égoïste qu'on appelle le monde, sans appui, sans famille,

sans ressource. Mieux eût valu cent fois qu'une pitié compatissante ne

fût point venue à son secours, qu'on l'eût abandonné sur la route de

Péronne. Masse encore brute et sans culture, n'ayant d'autre sentiment

que celui du bien-être et de la douleur, il ignore et cette lumière

céleste que la Providence a mise en nous et ces rapports fraternels de

l'homme avec l'homme, que son âme neuve et candide colore des plus

brillants reflets. Son réveil, après tant de secousses, dut être

effrayant! Il lui fallait cependant se décider. La France

révolutionnaire s'ébranlait pour courir à la frontière, pour voler à la

victoire. Solar ne balance pas, il oublie son infirmité, il s'engage

dans un régiment de dragons. Trois mois après, entouré d'ennemis, hors

d'état d'entendre le signal de la retraite, il vend cher sa vie et

montre, par son indomptable valeur, qu'il est digne du nom dont quelques

personnes persistent à croire qu'il a été injustement, brutalement

dépouillé, et que c'est le sang d'un brave officier qui coule dans ses

veines. Suivant une autre version, le malheureux se serait enrôlé dans

un régiment de cuirassiers, et mal préparé par l'aisance de ses

premières années et par les misères de son adolescence à la rude vie des

camps, il aurait, peu de temps après, rendu le dernier soupir dans un

hôpital. C'est par erreur qu'on a prétendu que son camarade Didier

n'avait quitté les drapeaux qu'après avoir assisté à la mort de son

frère d'armes et d'infortune. Le fait est qu'il n'en fut pas témoin. Non

moins brave que son ami, il servait alors dans l'artillerie à Lyon.

L'Abbé de l'Épée: sa vie, son apostolat, ses travaux, sa lutte et ses succès · 第 24 / 141 题