Dérigny: «Mon général, j'ai su, par le cocher et la femme de chambre de
Mme Dabrovine, qu'elle était la meilleure des maîtresses, qu'elle et
ses enfants étaient adorés par leurs paysans et leurs voisins; mais Mme
Dabrovine est presque pauvre; son mari a dépensé beaucoup d'argent pour
sa campagne de Crimée; elle a tout payé, et elle est restée avec treize
cents roubles de revenus; c'est elle-même qui a élevé sa fille et ses
fils; mais les garçons grandissent, ils ont besoin d'en savoir plus que
ce que peut leur enseigner une femme, quelque instruite qu'elle soit. Et
alors...»
Le général: «Alors quoi? Voulez-vous être leur gouverneur. Je ne demande
pas mieux.»
Dérigny, riant: «Moi, mon général? Mais je ne sais rien de ce que doit
savoir un jeune homme de grande famille!... Non, ce n'est pas ce que je
veux dire. Je voudrais que vous eussiez la pensée de les garder tous
chez vous, de payer un gouverneur et toute leur dépense: vous auriez la
famille qui vous manque, et eux trouveraient le père et le protecteur
qu'ils n'ont plus.»
Le général: «Bien pensé, bien dit! Trouvez-moi un gouverneur, et le plus
tôt possible.»