NYMPHÉE DE NÎMES.

(Perspective des arcs-doubleaux.)]

On sait, du reste, que les architectes construisaient au VIIIᵉ et au IXᵉ

siècle, non seulement des cryptes, mais encore des monuments voûtés, de

petites dimensions, il est vrai, et ne présentant pas les difficultés

qui résultent de la largeur et de la hauteur des nefs.

Suivant Quicherat, l’évêque Toldus, prince mérovingien qui occupa le

siège de Vienne--_Vienna Allobrogum_--fit bâtir, en 708, dans

l’intérieur de la ville un petit édicule voûté pour y placer les

reliques de saint Maurice et de ses compagnons. Le palais de

Chasseneuil--manse royale du temps des Carolingiens--avait au IXᵉ

siècle, sur les côtés d’une grande basilique, une petite église voûtée

en briques qui excitait l’admiration des contemporains. Selon le même

auteur, si digne de foi à tous égards, le palais de Chasseneuil aurait

été construit par des architectes de l’Aquitaine.

Il est permis de croire que ces architectes aquitains ne faisaient que

pratiquer les traditions propagées par les colonies syriennes qui

existaient déjà sous les Mérovingiens[71], dans le centre de la Gaule

celtique, voisine de l’Aquitaine.

Vers le même temps, c’est-à-dire dans les premières années du IXᵉ

siècle, Théodulphe, évêque d’Orléans, faisait élever près de sa ville

épiscopale, à Germiny-des-Prés, une église voûtée dont les dispositions

générales, autant que les détails, indiquent l’origine byzantine[72].

Les grandes églises latines, couvertes par des charpentes lambrissées,

avaient souvent quelques-unes de leurs parties voûtées. On cite d’abord

la somptueuse basilique de Reims, construite, pendant le règne de Louis

le Débonnaire, par un architecte nommé Rumald, avec les pierres

provenant des murailles de la ville; d’après les chroniques du temps

connues par Quicherat, cette basilique eut jusqu’à la fin du Xᵉ siècle

une tribune portant sur une voûte adossée à la façade; puis la

cathédrale d’Auxerre, rebâtie au Xᵉ siècle et couverte en bois, avait

deux chapelles voûtées donnant à l’église la forme d’une croix latine.

Il est possible que de grandes églises construites antérieurement à l’an

1000 aient eu des bas côtés voûtés à l’exemple de l’ancien Saint-Pierre

de Rome, église romaine à cinq nefs inégales dont les bas côtés

extérieurs étaient couverts par des voûtes en arc de cloître.

Il est même permis de croire que la plupart des absides des basiliques

antiques étaient construites en matériaux appareillés. Ces absides, ou

hémicycles, étaient voûtées en quart de sphère ou en demi-coupole dont

la construction facile ne présente aucune des difficultés qui surgirent

lorsque les architectes du IXᵉ siècle, voulant couvrir les grandes nefs

des églises, employèrent le berceau romain et même la coupole byzantine.

La coupole, du reste, a joué un rôle considérable dans l’histoire de

l’architecture et nous l’avons vu déjà dans la première partie. Au VIᵉ

siècle après Jésus-Christ, les chrétiens d’Orient adoptèrent ce mode de

construction qui révolutionna l’architecture à cette époque, par

l’emploi systématique de la coupole, de même que les chrétiens

d’Occident, plus tard, causèrent à leur tour une révolution dans l’art

de bâtir par l’application sur les églises de voûtes prolongées,

maintenues par des contreforts ou des arcs-boutants.

Selon Quicherat, le résultat fut différent dans les deux régions parce

que le point de départ ne fut pas le même. Il suffit de dire, pour

caractériser cette différence, que les Orientaux ou, comme on les

appelle dans l’histoire de l’art, les Byzantins, renoncèrent tout

d’abord au plan consacré de la basilique; qu’ils transformèrent l’église

en un assemblage de salles polygones ou carrées, fournissant à la fois,

par des jambages épais et par des clôtures non moins puissantes,

l’assiette nécessaire aux coupoles; qu’à cela près, ils restèrent

fidèles pendant plus de quatre siècles aux modes d’ajustement et aux

proportions de l’architecture antique.

Nous avons démontré, dans la première partie, l’analogie, la similitude

même, qui existe entre les monuments byzantins du VIᵉ siècle et les

grands édifices romains des premiers siècles de l’ère chrétienne[73].

Nous avons vu également que, bien avant l’an 1000, on bâtissait des

églises rondes ou polygones[74], entre autres la chapelle palatine

d’Aix, édifice à coupole élevé par Charlemagne et copié sur l’église

byzantine de Ravenne.

On cite encore des coupoles élevées après coup sur le transsept des

basiliques couvertes en charpente, ce qui est assez rare cependant, car

elles avaient plutôt à la même place une tour-lanterne, selon l’usage

gallican.

En résumé, on peut dire que si les Latins essayèrent, durant la période

barbare, de construire des coupoles et que si les Gallo-Francs, du VIIIᵉ

au IXᵉ siècle, ont construit dans les conditions les plus simples des

voûtes ou des coupoles, ils ne firent, les uns et les autres, que suivre

les traditions romaines et byzantines, mais qu’ils n’avaient pas encore

trouvé la formule romane que nous voyons naître tout à la fin du Xᵉ

siècle, s’affirmer dès les premières années du XIᵉ siècle, et grandir

avec une étonnante rapidité dans le courant du même siècle.

L'Architecture romane · 第 81 / 128 题