Les Romains avaient élevé tant d’édifices, et ils les avaient construits
dans toute l’Europe occidentale avec tant de science et d’art, que les
traditions romaines ne s’étaient pas perdues, même pendant la période
barbare.
La voûte romaine, d’arête ou en berceau, était connue des constructeurs
bien longtemps après la chute de Rome; ils employaient fréquemment ces
deux formes de voûte, et leur usage était constant, surtout pour la
construction des édifices souterrains ou _cryptes_ qui, vers le VIIIᵉ
siècle, remplacèrent les _confessions_ des basiliques.
Il est intéressant de remarquer à ce sujet qu’il existait une grande
différence entre ces deux ouvrages. La _confession_ était une cellule
construite moitié au-dessus du sol et moitié au-dessous; elle servait
d’estrade à l’autel et en même temps de tombeau renfermant un corps
saint qui, selon les lois liturgiques du temps, devait être
obligatoirement placé sous l’autel. Cet édicule était de très petite
dimension, car il était, le plus souvent, facilement couvert par une
seule dalle de pierre ou de marbre. La _crypte_ était complètement ou
partiellement souterraine, soit par le creusement total de son
emplacement, soit par la disposition des lieux et du sol dont certaines
parties pouvaient être dégagées, ce qui permettait alors d’éclairer
l’intérieur de la crypte qui formait un ensemble de compartiments
compris entre les substructions de l’église haute s’étendant sous le
sanctuaire supérieur et souvent même dans les parties adjacentes. Ces
compartiments étaient couverts par des voûtes formées soit de berceaux
pleins, soit de berceaux entre-croisés, soit par des arcs-doubleaux dont
les intervalles étaient remplis par des voûtes d’arête; tous ces arcs ou
voûtes retombant sur des colonnes ou des piles trouvant un solide
contrebutement dans les soubassements des points d’appui supérieurs.
[Illustration: FIG. 128.--ARÈNES D’ARLES.
(Couvertures en pierre.)]
Mais ces édifices ne sont pas _romans_ par cela seul qu’ils ont été
voûtés; ils ont été construits selon le mode romain et ils ressemblent
aux monuments antiques que les architectes du VIIIᵉ siècle ont copiés
grossièrement ou tout au moins très naïvement.
Les ouvrages romains ne manquent pas d’ailleurs et les contrées
méridionales de l’Europe en présentent de nombreux exemples, celles
surtout qui n’eurent pas à subir les ravages des invasions barbares
venues successivement de l’Est et du Nord.
Les monuments antiques du Iᵉʳ et du IIᵉ siècle de notre ère pouvaient
servir d’exemples excellents, qui durent avoir une réelle influence sur
les constructeurs romans suivant tout naturellement les traditions
romaines.
On voit aux arènes d’Arles, qui remontent au Iᵉʳ siècle, des couvertures
construites très simplement; elles sont formées d’arcs-doubleaux sur
lesquels sont posées des dalles de pierres (fig. 128). Ce moyen était
[Illustration: FIG. 129 ET 130.--NYMPHÉE DE NÎMES.
(Coupes de la voûte en berceau.)]
connu des Syriens qui l’employèrent fort judicieusement en raison des
matériaux qu’ils avaient à leur disposition; nous avons vu ce mode de
construction dans la Syrie centrale, à l’église de Tafkha, bâtie du IVᵉ
au Vᵉ siècle sur le modèle des basiliques antiques[70].
Suivant Quicherat, l’amphithéâtre de Nîmes offre un exemple bien
conservé d’arcs-doubleaux de l’époque romaine. Le corridor qui forme la
dernière précinction du second étage est couvert d’une voûte en berceau
soutenue par des doubleaux qui retombent sur des consoles.
On peut voir également à Nîmes, au Nymphée, ou Bain de Diane, ouvrage
romain du IIᵉ siècle, une voûte en berceau d’une assez grande largeur
dont les éléments se composent d’arcs-doubleaux très ingénieusement
combinés et dont l’appareil est particulièrement soigné. Les arcs
forment, pour ainsi dire, des cintres permanents en pierre entre
lesquels sont ajustées des dalles taillées en claveaux et reposant dans
des feuillures ménagées sur les faces latérales des arcs-doubleaux (fig.
130 et 131).
[Illustration: FIG. 131.