ÉGLISE D’OTTMARSHEIM (ALSACE).--ÉGLISE DE RIEUX-MÉRINVILLE
(FRANCE).--ÉGLISE DE CAMBRIDGE (ANGLETERRE).
La chapelle du palais de Charlemagne, construite à Aix, à l’exemple de
Saint-Vital de Ravenne, qui avait été lui-même élevé sur le modèle du
_Temple d’or_ que Constantin fit construire à Antioche en l’honneur de
la Vierge, eut une grande influence sur les progrès de l’art dans les
pays voisins. Cette forme nouvelle, importée d’Orient et adoptée par le
plus puissant souverain de son temps, ne pouvait manquer d’être imitée
surtout par les architectes francs, qui reçurent plus directement les
rayons de l’art carolingien.
[Illustration: FIG. 122.--ÉGLISE D’OTTMARSHEIM (ALSACE). (Plan.)]
L’église octogone d’Ottmarsheim, dans la haute Alsace, fut bâtie, selon
les chroniqueurs romans, par le frère de Vernher, évêque de Strasbourg,
fondateur d’une abbaye de l’ordre de Saint-Benoît: Rodolphe de Souabe,
anti-empereur en 1077 et célèbre par le rôle qu’il joua à cette époque
dans la querelle des _Investitures_.
L’imitation de l’église carolingienne d’Aix-la-Chapelle est presque
complète. La nef centrale d’Ottmarsheim est un octogone couronné par une
coupole ovoïde
[Illustration: FIG. 123.--ÉGLISE D’OTTMARSHEIM (ALSACE).
(Coupe longitudinale.)]
dont les dispositions, réduites dans leurs dimensions, sont identiques à
celle d’Aix-la-Chapelle. Cette coupole s’élève également sur des piles
reliées par des arcades superposées; les unes, inférieures,
correspondant aux bas côtés du pourtour; les autres à la galerie
supérieure surmontant ce bas côté. Mais la différence s’établit par la
forme du mur extérieur; il n’est plus à seize pans comme il l’est à Aix;
il reste octogone, et les voûtes superposées du bas côté forment des
compartiments alternativement carrés ou triangulaires.
A Aix-la-Chapelle, l’architecture romane s’annonçait; elle s’affirme à
Ottmarsheim par l’emploi systématique des arcs-doubleaux dans les
voûtes; cependant l’influence de l’art byzantin est encore très
caractérisée par l’absence de contreforts et par les détails de la
construction.
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Le monument de Rieux-Mérinville, près de Carcassonne, dont la
construction remonte à la fin du XIᵉ siècle, est évidemment une des
nombreuses imitations de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
[Illustration: FIG. 124.--ÉGLISE DE RIEUX-MÉRINVILLE (FRANCE). (Plan.)]
Les églises circulaires ou celles qui se rapprochent de cette forme, par
le nombre plus ou moins grand des côtés inscrits dans le cercle, sont
fort rares en France et même dans le reste de l’Europe.
Le plan de l’église de Rieux-Mérinville est un polygone de quatorze
côtés, enveloppant un heptagone qui forme le centre de l’édifice;
au-dessus des sept arcades, supportées par des colonnes ou des faisceaux
de colonnettes, s’élève une coupole sur le plan du polygone intérieur,
dont les pans se perdent en moulant vers le sommet ovoïde.
Le mur extérieur se compose de quatorze pans, dont chaque angle est
renforcé à l’intérieur et à l’extérieur par des colonnes engagées qui
maintiennent la poussée des arêtiers de la voûte intérieure. Cette
voûte, couvrant le bas côté enveloppant toute la nef centrale, est en
quart de cercle, et elle est très judicieusement construite en
demi-berceau contrebutant la coupole centrale,
[Illustration: FIG. 125.--ÉGLISE DE RIEUX-MÉRINVILLE (FRANCE).
(Coupe.)]
dont chaque pan est maintenu par deux de ces demi-berceaux. Chaque pan
du mur d’enveloppe est décoré à l’intérieur d’une arcade plein cintre
retombant sur des colonnettes correspondant dans l’angle intérieur aux
colonnes engagées renforçant chacun des angles extérieurs; au-dessus de
ces arcades, de petites fenêtres largement ébrasées à l’extérieur
éclairent, insuffisamment d’ailleurs, l’intérieur de l’église. La porte
principale est à l’ouest, et une petite porte, beaucoup plus richement
décorée, s’ouvre au sud.
Le parti architectonique de ce curieux monument indique très nettement
l’influence byzantine, de même que les détails et surtout la sculpture
conservent des traces accusées des traditions latines mêlées aux
premières manifestations de l’art roman nouveau. Les chapiteaux, très
finement sculptés, imitent les feuilles d’acanthe corinthiennes
confondues avec l’ingénieuse ornementation du XIIᵉ siècle, très marquée
par la fine ciselure des tailloirs, aussi bien que par la somptuosité
toute méridionale de sa sculpture décorative.
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[Illustration: FIG. 126.