[Illustration: FIG. 104.--ÉGLISE DE VIGNORY, HAUTE-MARNE (FRANCE). (Vue
perspective intérieure.)]
voûtée; d’abord par un arc triomphal accompagné de deux autres plus
petits, puis par des voûtes latérales en berceau, renforcées par des
arcs-doubleaux, et enfin
[Illustration: FIG. 105.--ÉGLISE DE SAINT-GENOU, INDRE (FRANCE). (Vue
perspective de la nef.)]
par un berceau entourant le chœur semi-circulaire, voûté en quart de
sphère, de même que les trois chapelles cantonnant le pourtour de
l’abside. Il est bon de noter que le plan du chœur de l’église de
Vignory est semblable à celui de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem
(fig. 119 et 120).
«Dès la fin du Xᵉ siècle, on voit quelquefois les bas côtés conduits
tout autour du chœur et du sanctuaire, et communiquer avec lui par des
arcades portées sur des colonnes; ces bas côtés durent, dès cette
époque, donner asile à quelques chapelles. Au XIᵉ siècle, l’allongement
du chœur et ces dispositions devinrent d’un usage général dans les
grandes églises. Les bas côtés font le tour du sanctuaire... à l’église
_de Vignory_ et dans les grandes églises de Saint-Savin, de
Saint-Hilaire de Poitiers[55], etc.»
L’église de Saint-Genou (Indre) a conservé à l’intérieur l’aspect d’une
basilique antique, dont elle rappelle en plan les dispositions
caractéristiques (fig. 105).
La nef de l’ancienne église du monastère de l’ordre de Saint-Benoît est
formée de deux rangs de colonnes, dont les fûts sont composés d’assises
régulières, reliées par des arcs étroits. Entre ces arcs et les fenêtres
hautes, à plein cintre, éclairant le vaisseau, une rangée d’arcatures
est composée de colonnettes trapues supportant de petits arcs très
solidement appareillés.
Il y a évidemment, à Saint-Genou comme à Vignory, une réminiscence très
marquée des dispositions adoptées par les architectes romains pour les
galeries hautes des basiliques. A Saint-Genou, l’arcature aveugle n’est
plus qu’un ornement traditionnel décorant la partie occupée par le
comble en appentis du bas côté.
[Illustration: FIG. 106. ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-LA-FORÊT, MANCHE
(FRANCE). (Plan.)]
La sculpture des grands et des petits chapiteaux supportant les arcs et
les arcatures est curieuse, parce qu’elle montre, sous une traduction
plastique très grossière, ou plutôt très naïve, les influences antiques
et byzantines. Elles sont très nettement accusées par les détails de
l’ornementation, rappelant à l’état rudimentaire les volutes ioniques,
les feuilles d’acanthe corinthiennes, les ornements plats découpés des
Arabes, en même temps que des têtes affrontées, expression d’un art plus
ancien dont l’origine orientale n’est pas douteuse.
Un grand nombre d’églises construites vers la première moitié du XIᵉ
siècle conservèrent longtemps, surtout dans les pays du nord de
l’Europe, aussi bien en Allemagne qu’en France, les traditions
basilicales, tout en adoptant les lois de la construction nouvelle;
cependant ces premiers ouvrages témoignent encore de la grande timidité
des constructeurs, principalement en ce qui touche au voûtement des
grandes nefs. La voûte d’arête, celle en quart de sphère et même les
petites coupoles leur étaient déjà familières et l’emploi fréquent; mais
on voit qu’ils hésitèrent longtemps, en raison des accidents nombreux
qui avaient marqué les premiers essais, et qu’ils cherchèrent longtemps
la formule du système de construction qu’ils devaient si bien appliquer
dès le siècle suivant.
Aussi les architectes du XIᵉ siècle adoptèrent-ils divers modes de
construction pour les églises. Les unes avaient leurs nefs et leurs bas
côtés couverts en bois, comme à Vignory (fig. 103 et 104); les autres
conservaient seulement une charpente apparente sur la nef centrale et
couvraient les bas côtés par des voûtes d’arête et les absides et
absidioles par des voûtes en berceau et en quart de sphère.
Au centre des édifices bâtis vers cette époque s’élevait généralement
une _tour-lanterne_[56], portée sur les arcs triomphaux de la nef, de
l’abside et sur les arcs latéraux du transsept; si elle n’indique plus
extérieurement, comme dans les premiers temps du christianisme,
l’emplacement de l’autel majeur, elle éclaire largement le centre de
l’église, en répandant la lumière sur le chœur et le sanctuaire.
Nous avons indiqué les origines des tours-lanternes; elles sont fort
anciennes, car nous en voyons un des premiers exemples à Saint-Georges
d’Ezra, dans la Syrie centrale[57], construit à la date certaine de 516
de notre ère; puis à diverses églises byzantines, notamment à l’église
de Théotocos, bâtie à Constantinople au IXᵉ siècle[58], à l’église
palatine d’Aix-la-Chapelle et à celle de Germiny-des-Prés[59].
[Illustration: FIG. 107.--ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-LA-FORÊT, MANCHE
(FRANCE). (Coupe transversale de la nef.)]
Afin de diminuer la propagation des incendies, la nef était
généralement, dans le haut des combles, séparée du reste de l’édifice
par un pignon s’élevant au-dessus de l’arc triomphal à l’entrée du
transsept et formant une des faces de la tour centrale; c’est une
imitation lointaine de l’architecture syrienne que nous avons vue dans
la première partie. L’église de Roueiha, dans la Syrie centrale (fig. 47
et 48), a été construite au VIᵉ siècle; elle présente cette ingénieuse
disposition qui, non seulement sépare la nef du transsept et du chœur,
mais divise, à l’aide des pignons élevés sur les arcs-doubleaux de la
nef, le vaisseau en plusieurs compartiments, afin d’atténuer les effets
de l’incendie des charpentes. (Voir Saint-Sernin de Toulouse.)
L’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt fut élevée vers 1020 par
l’arrière-petit-fils de Rollon, Richard II, duc de Normandie. Elle
rappelle les dispositions des basiliques antiques, et surtout celles de
la Syrie centrale, par le plan des nefs et des transsepts, et celles des
églises byzantines par le prolongement de l’abside et des absidioles
adjacentes[60]. Par sa coupe transversale (fig. 107), elle ressemble aux
églises syriennes, et particulièrement à celles de Roueiha et de
Tourmanin[61]. La seule différence consiste dans l’importance plus
grande qui a été donnée au transsept par l’adjonction de travées
débordant le vaisseau antérieur; chacune de ces travées est terminée par
une absidiole voûtée en quart de sphère.
L’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt présente un exemple des édifices
bâtis au commencement du XIᵉ siècle par des constructeurs hésitants.
Le chœur, l’abside et les absidioles adjacentes sont voûtés en berceau
et en quart de sphère; les bas côtés, couverts par des voûtes d’arête,
sont très savamment construits comme les autres ouvrages voûtés; mais la
nef seule est couverte en charpente. Chaque travée est marquée par une
colonne engagée montant d’un trait du sol à la corniche supérieure, pour
recevoir une des maîtresses-fermes de la charpente apparente.
[Illustration: FIG. 108.--ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-LA-FORÊT, MANCHE
(FRANCE). (Coupe longitudinale, fragment.)]
La nef est formée par deux rangs d’arcades superposées, retombant sur un
faisceau de colonnes engagées et de pilastres composant chaque pilier.
La galerie basse est voûtée d’arête et la galerie haute est couverte
par une charpente en appentis. Au-dessus de ces arcades, une rangée
d’arcatures décore la partie supérieure de la nef et forme avec le mur
extérieur un passage étroit établissant une circulation autour de
l’édifice, coupes (fig. 107 et 108).