CHAPITRE II

BAPTISTÈRES OU CHAPELLES RURALES ET FUNÉRAIRES.--BAPTISTÈRE DE BIELLA

(ITALIE).--CHAPELLES RURALES DE SAINTE-CROIX, A MUNSTER (GRISONS), DE LA

TRINITÉ (ILE SAINT-HONORAT DE LÉRINS) ET DE QUERQUEVILLE (PRÈS DE

CHERBOURG).--BAPTISTÈRE OU CHAPELLE FUNÉRAIRE DE SAINTE-CROIX DE

MONTMAJOUR (FRANCE).

Il existe encore en divers pays de petits édifices anciens fort

intéressants: baptistères ou chapelles.

Ces dernières sont sans doute des exemples des petites églises rurales

bâties en grand nombre dans les premiers siècles de notre ère et que les

textes du temps de Charlemagne désignent sous le nom de _Capella_[48];

ou bien des oratoires élevés ordinairement dans le _charnier_ des villes

ou des grands établissements religieux.

[Illustration: FIG. 92.--BAPTISTÈRE DE BIELLA (ITALIE). (Plan.)]

Si l’on s’en rapportait seulement à la forme de ces petits édifices, on

pourrait dire que ce sont des baptistères. On sait que, dans les

premiers temps du christianisme, les baptistères étaient séparés des

églises[49]; ils avaient diverses formes: ils étaient carrés, octogones

ou ils présentaient en plan un trèfle ou un quatre-feuilles; la cuve

baptismale était au centre et les absidioles recevaient

[Illustration: FIG. 93.--BAPTISTÈRE DE BIELLA (ITALIE). (Coupe

transversale.)]

des autels sur lesquels on disait la messe, afin de donner la communion

aux néophytes après le baptême.

Le baptistère de Novare est octogone (fig. 26 et 27), bâti vers le Vᵉ

siècle à l’exemple de celui que saint Sylvestre fit élever au siècle

précédent près de Saint-Jean-de-Latran. Celui de Biella (fig. 92 et 93),

qui date du IXᵉ siècle, donne en plan un quatre-feuilles et il rappelle

en élévation les dispositions de Novare.

Suivant certains auteurs, le petit édifice de Sainte-Croix de

Montmajour, près d’Arles, qui date des premières années du XIᵉ siècle,

serait une chapelle funéraire, sans doute parce qu’elle est entourée de

tombes creusées dans le rocher; cependant il faut remarquer que

Sainte-Croix présente, aussi bien en plan qu’en élévation, des formes

presque identiques à celles du baptistère de Biella, qui est bien

désigné par des auteurs anciens comme un édifice ayant eu cette

destination dès son origine.

[Illustration: FIG. 94. CHAPELLE SAINTE-CROIX, A MUNSTER, DANS LES

GRISONS (SUISSE).]

«L’édifice de Biella consiste dans un étage limité par quatre absides ou

grandes niches ouvertes sur les côtés d’un carré central et dans une

espèce de tour qui surmonte ce carré et repose sur des arcs-doubleaux

construits en tête de niches... La tour attire l’attention par la

singularité de ses formes[50].» Des pendentifs furent établis à sa base

pour racheter le carré; mais, construits avec timidité ou inexpérience,

ils n’ont fait qu’arrondir les angles pour obtenir par une déformation

graduelle à peu près la forme hémisphérique de la coupole, surmontée

d’un petit campanile de beaucoup postérieur à la construction

primitive.

La chapelle de Sainte-Croix à Munster (Grisons) est citée par des

auteurs anciens comme un édifice funéraire élevé à l’exemple des

chapelles des catacombes: _cellæ memoriæ_ qui servaient aux cérémonies

funèbres et commémoratives; cependant ce petit monument, qui date du

VIIᵉ siècle, dit-on, et qui présente en plan la réduction d’une grande

église, pourrait être un des exemples des petites églises rurales,

_capella_, bâties avant Charlemagne. Elle est formée d’une nef terminée

par une abside et accompagnée de deux absidioles donnant à la chapelle

la figure d’une croix latine.

[Illustration: FIG. 95. CHAPELLE DE LA TRINITÉ (ILE SAINT-HONORAT DE

LÉRINS) (Plan.)]

Il en pourrait être de même pour la chapelle de la Trinité, dans l’île

Saint-Honorat de Lérins et celle de Saint-Germain à Querqueville, près

de Cherbourg.

La chapelle dédiée à la Sainte-Trinité s’élève à l’extrémité orientale

de l’île Saint-Honorat de Lérins, sur les côtes de la Méditerranée.

«Au premier aspect, ce singulier édicule laisse une très grande

incertitude sur l’époque de sa construction; mais, après un examen plus

attentif, on reconnaît qu’elle doit être de beaucoup antérieure au XIᵉ

siècle. Composée d’appareils réguliers posés négligemment, dépourvue de

profils, sans la moindre décoration, cette chapelle a paru à tous les

archéologues et à tous les architectes qui l’ont visitée jusqu’à

présent, pouvoir être

[Illustration: FIG. 96.--CHAPELLE DE LA TRINITÉ (ILE SAINT-HONORAT DE

LÉRINS.) (Coupe longitudinale.)]

citée comme l’une des premières qui furent élevées dans la Gaule

chrétienne... Ce petit sanctuaire se compose d’une nef recouverte d’une

voûte plein cintre, terminée par une abside...; une petite coupole à

base circulaire et de forme conique surmonte l’espace compris entre la

nef, l’abside et les absidioles[51]...»

Suivant Viollet-le-Duc il n’existerait pas en Occident une coupole plus

ancienne que celle de la chapelle de la Trinité, qui paraît remonter au

VIIᵉ siècle ou au VIIIᵉ siècle. «Et cet exemple, qui probablement

n’était pas le seul, indiquerait que les architectes de ce temps

étaient préoccupés de l’idée d’élever des coupoles sur pendentifs; car,

à coup sûr, il était vingt procédés plus simples pour voûter la travée

principale de cette chapelle, sans qu’il y eût nécessité de recourir à

ce moyen. Il y avait là évidemment l’idée d’imiter ces constructions

byzantines qui alors passaient pour les chefs-d’œuvre de l’art de

l’architecture[52].»

[Illustration: FIG. 97. CHAPELLE DE SAINT-GERMAIN A QUERQUEVILLE (PRÈS

DE CHERBOURG). (Plan.)]

La chapelle de Saint-Germain à Querqueville, près de Cherbourg, qui

aurait été construite vers la fin du XIᵉ siècle, pourrait bien avoir été

également une église rurale; sa forme actuelle rappelle celles de

Sainte-Croix de Munster et même de la Trinité; cependant la nef est

moderne et les amorces existant encore à sa jonction avec la

construction ancienne sembleraient indiquer que le quatrième côté était

semi-circulaire comme les trois autres et que la chapelle présentait

originellement la forme d’un quatre-feuilles.

Le nom du pays, qui par son orthographe rappelle une origine

septentrionale, s’écrivait autrefois Kerkeville ou Kerkenville et

semblerait indiquer que ce petit édifice était une église rurale.

[Illustration: FIG. 98.--CHAPELLE DE SAINT-GERMAIN, A QUERQUEVILLE (PRÈS

DE CHERBOURG). (Coupe transversale.)]

[Illustration: FIG. 99. CHAPELLE SAINTE-CROIX DE MONTMAJOUR (PRÈS

D’ARLES). (Coupe longitudinale.)]

Le plan de la chapelle Sainte-Croix de Montmajour est absolument

semblable à celui du baptistère de Biella (fig. 92). La seule différence

entre ces deux édifices réside dans le narthex ou porche qui précède

l’une des absides de la chapelle, laquelle donne en plan un

quatre-feuilles.--Au milieu, au-dessus du carré formé par l’intersection

des quatre absides semi-circulaires et voûtées en quart de sphère,

s’élève une coupole carrée en forme d’arc brisé que surmonte un

campanile ouvert sur ses quatre côtés et surmonté lui-même d’une petite

coupole carrée (coupe transversale, fig. 99).

Suivant des auteurs modernes, Sainte-Croix devrait être considérée comme

une chapelle funéraire; ils s’appuient sur ce fait que les seules

fenêtres éclairant la chapelle s’ouvrent sur l’enclos servant de champ

de repos. «La nuit, une lampe brûlait au centre du monument et,

conformément à l’usage admis dans les premiers siècles du moyen âge, ces

trois fenêtres projetaient la lueur de la lampe dans le charnier[53].»

[Illustration: FIG. 100. CHAPELLE SAINTE-CROIX DE MONTMAJOUR (PRÈS

D’ARLES). (Plan.)]

Nous ferons remarquer à ce sujet que les tombes creusées dans le rocher,

en admettant qu’elles soient du temps de la chapelle, existent en avant

de l’édifice en bien plus grand nombre que partout ailleurs et que par

conséquent la lampe intérieure ne pouvait éclairer le cimetière. Puis,

nous insisterons sur l’identité du plan et de la coupe, que l’on peut

constater entre le baptistère de Biella et la chapelle funéraire,

présumée, de Sainte-Croix de Montmajour,

[Illustration: FIG. 101.--CHAPELLE SAINTE-CROIX DE MONTMAJOUR (PRÈS

D’ARLES). (Vue perspective extérieure.)]

ce qui permettrait de dire, sinon d’affirmer, que ce dernier monument

était, primitivement, un baptistère qui aurait été affecté plus tard à

un autre usage.

Cette chapelle, ou ce baptistère, ressemble par son plan aux églises

byzantines; la construction, très savante et très soignée ainsi que les

profils, rappelle les monuments antiques si nombreux dans la région.

Il faut noter que cet ouvrage, ainsi que l’église du monastère de

Montmajour, ont été bâtis dans les premières années du XIᵉ siècle et

qu’à cette époque on peut déjà constater la construction de voûtes en

forme d’_arcs brisés_ (vulgairement appelés _ogives_).

L'Architecture romane · 第 71 / 128 题