Elle se compose, comme les édifices que nous connaissons

[Illustration: FIG. 86.--ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE). (Plan.)]

déjà dans la Syrie centrale et en Orient, d’une nef centrale sur plan

carré, couronnée par une voûte annulaire très légère, maintenue par les

murs s’élevant au-dessus pour assurer sa stabilité et recevoir la

toiture en charpente.

Autour de la nef quatre bas côtés égaux forment un carré cantonné par

trois--et peut-être quatre--absides, la principale à l’est et les deux

ou trois secondaires aux trois autres points cardinaux. Les bas côtés,

montant au-dessus des absides, sont couverts par des voûtes

[Illustration: FIG. 87.--ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE). (Coupe

transversale.)]

(fig. 87) au-dessus desquelles s’élève encore la nef centrale, percée

sur chacune de ses faces d’une petite fenêtre éclairant la partie

supérieure qui conserve sa forme carrée.

Les trois--ou quatre--absides sont voûtées en quart de sphère; l’abside

principale, à l’est, est ornée d’arcatures et la voûte de l’hémicycle

est décorée de mosaïques à fond d’or. La partie haute de la nef centrale

est couverte de stuc et tout l’édifice est bâti avec soin en pierres de

petit appareil.

[Illustration: FIG. 88.--ÉGLISE DE LA MARTORANA A PALERME (SICILE).

(Plan.)]

La disposition de la nef centrale s’élevant en s’étageant au-dessus des

bas côtés égaux et des absides est intéressante à retenir, pour

plusieurs raisons. D’abord, parce qu’elle est une réminiscence évidente

des coupoles latines, byzantines ou grecques, comme celles du prétoire

de Mousmieh et de Saint-Georges d’Ezra dans la Syrie centrale (fig. 6,

7, 39, 40); du baptistère de Novare (fig. 26, 27); de Saint-Vital de

Ravenne (fig. 67, 68, 69); des églises des saints Serge et Bacchus, de

Sainte-Sophie et de Théotocos à Constantinople (fig. 64, 65, 70, 71,

72, 73, 74); de l’église de Santa-Fosca à Torcello (fig. 75, 76 et 77);

de Saint-Nicodème et de Daphni à Athènes (fig. 78 à 83); et de l’église

d’Aix-la-Chapelle en Allemagne (fig. 84 à 86). Puis, parce

[Illustration: FIG. 89.--ÉGLISE DE LA MARTORANA, A PALERME (SICILE).

(Coupe longitudinale.)]

qu’elle est une innovation et que le mode de construction rationnelle

est beaucoup plus simple et moins coûteux que celui des coupoles.

Et enfin, parce qu’elle est une des premières applications en France de

la tour-lanterne[30] s’élevant au-dessus de l’autel principal sur la

croisée formée par la nef, les

[Illustration: FIG. 90.--ÉGLISE DE LA MARTORANA A PALERME (SICILE). (Vue

perspective intérieure.)]

deux bras du transsept et le chœur, suivant un système de construction

dont nous avons établi la filiation et qui, à partir du Xᵉ siècle,

devait prendre, en se perfectionnant, un développement extraordinaire.

* * * * *

L’église de _Sainte-Marie de l’Amiral_ à Palerme, fondée par l’amiral

Roger, fils de Tancrède de Hauteville, fut cédée par Alphonse d’Aragon à

un couvent de femmes, au XVᵉ siècle, et prit à cette époque le nom de

_la Martorana_.

Bien qu’il ait été construit par les Normands dans les premières années

du XIIᵉ siècle, cet édifice présente tous les caractères des églises

byzantines bâties par des architectes grecs, au IXᵉ siècle, à Torcello,

à Constantinople et à Athènes.

Il rappelle particulièrement les dispositions de l’église de Théotocos à

Constantinople (fig. 72, 73). La principale différence existant entre

cette église et celle de la Martorana réside dans la forme des arcs,

brisés dans celle-ci, tandis qu’ils sont plein cintre en Italie, à

Constantinople et en Grèce.

La décoration de la Martorana empruntant aux Byzantins, aux Arabes et

aux Normands des détails caractéristiques, semble résumer l’histoire de

la Sicile au moyen âge.

L'Architecture romane · 第 61 / 128 题