ABSIDE.--BASILIQUE A TROIS MEMBRES.--NEF ET BAS
COTÉS.--FAÇADE.--BAPTISTÈRE.--TOUR-LANTERNE.--CLOCHER.--DÉPENDANCES
EXTÉRIEURES DES BASILIQUES.
Dans les premiers temps de l’Église chrétienne, l’abside changea de
destination; elle cessa d’être le _presbyterium_ pour devenir le
_martyrium_, c’est-à-dire le lieu où reposait le corps du saint patron
de la basilique, ou la relique à qui s’adressait particulièrement la
dévotion du lieu. Il en était ainsi, avant l’an 500, dans l’église
primitive de saint Martin à Tours, et cet usage se répandit dans les
siècles suivants.
L’abside primitive n’avait pas d’autre jour que celui qu’elle recevait
de la nef ou du transsept. Transformée en _martyrium_, elle fut non
seulement percée de fenêtres, mais encore, selon certains auteurs, elles
auraient été entièrement ajourées, ou même ouvertes à leur base, afin
d’être mises en communication avec une galerie basse qui les entourait,
de telle sorte que la disposition si caractéristique du chevet des
églises modernes remonterait à cette antiquité, c’est-à-dire au Vᵉ
siècle.
* * * * *
Au commencement du VIᵉ siècle, on construisit des basiliques selon le
mode du temps, mais que l’on disait établies en trois membres, parce que
leurs trois galeries longitudinales--nef et bas côtés--étaient
considérées comme des églises ayant chacune son patron particulier. On
peut croire que l’ancien temple de Jupiter capitolin de Rome, qui avait
contenu dans sa triple _cella_ trois sanctuaires à la fois: au milieu
Jupiter, à gauche Junon et à droite Minerve, ait suggéré l’idée de ces
temples chrétiens.
Les bas côtés, tout comme la nef, eurent leur autel et leur abside
toujours plus petite que celle du milieu. En archéologie, on les appelle
_absidioles_.
Le plan de San-Pietro-in-Vincoli, à Rome, bâtie vers les premières
années du Vᵉ siècle (fig. 24), donne l’image de cette disposition
caractéristique, qui fut si souvent imitée par les constructeurs du
moyen âge.
Les dépendances du sanctuaire étaient formées de constructions basses,
appuyées contre les murs du chevet de la basilique et mises en
communication avec celle-ci par des portes qui remplissaient le même
office que les _sacristies_ modernes. Le nom de ces dépendances a changé
selon les temps et les lieux; on a dit: _pastophorium_, _diaconicum_,
_gazophylacium_, _secretarium_, _vestiarium_, _thesaurus_. Ces trois
derniers termes sont ceux dont l’usage a été le plus répandu; leur place
était ordinairement contre le mur de fond, à côté de l’abside ou contre
l’abside.
La nef et les bas côtés, formant le corps de basilique, furent les
parties qui changèrent le moins; cependant les convenances
d’appropriation, par suite des nécessités liturgiques ou bien encore, et
le plus souvent, le manque de ressources, ont fait introduire dans ces
nefs et dans ces bas côtés des dispositions qui paraissent avoir eu une
certaine généralité. Un des changements les plus marqués fut le
remplacement des colonnes par des piles, changement plus général à
mesure qu’on s’éloigna de l’antiquité, par la raison que les ruines des
anciens monuments, exploitées depuis des siècles, ne fournissaient plus
de colonnes.
Dans les contrées septentrionales de l’Europe, les colonnes, en pierre
ou en marbre, n’avaient point été prodiguées comme en Italie, et il
fallait les faire venir à grands frais; lorsque Charlemagne éleva la
basilique d’Aix-la-Chapelle, il fut obligé d’envoyer prendre à Ravenne
les colonnes et les marbres nécessaires pour décorer sa nouvelle église.
En Italie, les bas côtés des basiliques sont aveugles; mais il n’en
était pas de même dans les autres pays, car ils étaient ajourés lorsque
la disposition des lieux le permettait. Ordinairement les bas côtés
étaient flanqués de bâtiments étroits, divisés en pièces appelées
chambres,--_cubicula_,--qui communiquaient avec l’église par des portes
monumentales, ou bien ces chambres étaient l’équivalent de ce qu’on a
appelé aussi oratoires ou exèdres, parce que ces réduits contenaient une
abside. Les dévots s’y livraient à la dévotion et à la prière; les
privilégiés y recevaient la sépulture, ou bien elles servaient de
logement à des personnages d’un certain ordre.
Toutes les églises construites dès les premiers siècles de l’ère
chrétienne n’étaient pas pourvues de bas côtés, car il est certain qu’on
éleva alors un grand nombre de basiliques composées d’une seule nef,
comme la plupart des paroisses rurales bâties à l’époque barbare.
C’est l’édifice que les textes du temps de Charlemagne et de ses
successeurs désignent sous le nom de _capella_, chapelle, et ce nom de
chapelle a été pendant longtemps celui de toute église de campagne, même
paroissiale. Presque tout ce qui nous reste des anciennes constructions
religieuses de la Gaule appartient à des chapelles de ce genre.
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La façade des basiliques indiquait généralement la coupe de l’édifice,
marquant à la base la largeur du vaisseau central et des bas côtés,
profilés par deux remparts, entre lesquels montait la nef couronnée par
un fronton.
Les portes étaient au nombre de trois et quelquefois de cinq,
correspondant aux trois ou aux cinq divisions de la nef; celle du milieu
était plus haute que les autres, et à toutes s’appliquait l’épithète de
_regiæ_, royales. Elles étaient fermées par des vantaux de bois
richement travaillé, ou de bronze, et munies, à l’intérieur, de
portières en étoffes précieuses.
Au-dessus des portes, la façade était percée de fenêtres et, dans le
tympan du fronton, s’ouvrait un œil-de-bœuf, dans lequel on pouvait voir
l’origine des roses éclairant la nef des cathédrales. Le tympan et le
pourtour des fenêtres étaient souvent ornés de mosaïques.
Devant les portes régnait un large portique, fermé aux deux extrémités,
qui ne paraît pas avoir eu de nom particulier dans l’église latine. Les
Grecs l’appelaient _narthex_, dont _ferula_ est l’équivalent; mais la
dénomination qui fut la plus employée dans l’Europe occidentale est
_porticus_, d’où est venu _porche_.
C’est sous ce portique que stationnaient ceux qui ne pouvaient assister
à tous les offices, en attendant le moment où ils pouvaient entrer dans
l’église.
A l’intérieur de l’église, au revers de la façade, se trouvait le
_pronaos_, délimité le plus souvent par une simple balustrade; mais,
dans certaines basiliques, il prenait un aspect monumental, parce qu’il
était formé par une colonnade traversant le bas de la nef et surmonté
d’une tribune, comme à Sainte-Agnès-hors-les-Murs (fig. 57). Cette
disposition n’était guère usitée que dans les basiliques étagées, la
tribune établissait alors une communication entre les galeries
supérieures des deux côtés.
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Pendant les premiers siècles du triomphe de la religion chrétienne, dont
le baptême est une des cérémonies les plus importantes, il était de
règle que ce sacrement fût administré, par immersion, dans un édifice
séparé de la basilique.
Saint Sylvestre fit construire, au IVᵉ siècle, près de la basilique de
Saint-Jean-de-Latran, qu’il avait reçue de Constantin, un baptistère
octogone, magnifiquement orné, et le consacra à saint Jean-Baptiste, qui
était le saint auquel étaient dédiés presque tous les édifices du même
genre.
On construisit des baptistères sous diverses formes: ronds ou octogones
et souvent sur un plan carré, cantonné sur chaque face, ou seulement sur
trois, d’une absidiole et affectant la figure d’un trèfle ou d’un
quatrefeuille; le carré central couronné d’une voûte d’arête ou d’une
petite coupole et les absidioles voûtées en quart de sphère.
Au milieu des baptistères était établi un bassin--_labrum_ ou
_lavacrum_, qu’on emplissait d’eau ou qui était alimenté par une source.
On se servit souvent de cuves en marbre, en granit ou en porphyre
enlevées aux thermes romains; mais le plus souvent la cuve baptismale,
qui devait contenir plusieurs personnes, était formée de dalles de
pierre ou de marbre, scellées dans une aire en ciment qui formait le
fond.
Les absidioles étaient destinées à recevoir des autels sur lesquels on
disait la messe afin de donner la communion aux néophytes après le
baptême.
Dès le VIIIᵉ siècle, les usages relatifs à la cérémonie du baptême se
modifièrent. Il fut permis de baptiser dans l’intérieur, et dès lors on
plaça les piscines ou les cuves baptismales dans le bas côté gauche--du
côté de l’évangile--des basiliques chrétiennes.
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Depuis la fin du Vᵉ siècle, un grand nombre d’églises présentèrent une
disposition qu’on ne trouve pas dans les basiliques d’Italie, mais qui
rappelait celle de plusieurs églises de la Syrie centrale, de
Constantinople et de la Grèce.
Une coupole ou une tour s’éleva au-dessus du transsept et fut appelée
par les écrivains de l’époque mérovingienne: la tour par
excellence,--_turris_.
Le transsept était partagé en trois parties par deux murs de refend
percés chacun d’une grande arcade en prolongement des colonnades ou
arcades de la nef; l’_altarium_ était transformé par là en un
emplacement carré contenu entre l’ouverture de l’abside, l’arc triomphal
de la nef et les deux arcs latéraux. Grâce à l’appui des quatre murs,
il fut possible de surélever la construction au-dessus des combles de la
nef et des bras du transsept. Percée de fenêtres de tous les côtés, elle
prit l’apparence d’une lanterne carrée, polygone ou ronde, au sommet de
laquelle était la toiture couvrant l’autel.
La tour-lanterne versait sur le sanctuaire une lumière abondante et
annonçait de loin cette partie capitale de l’église et, pour lui donner
plus d’effet, on la couronna d’un campanile en bois doré--_machina_,
_arx_--ouvrage élégant qui se composait de plusieurs retraites d’arcades
à trois étages ordinairement; d’où l’épithète de _tristega_ appliquée au
campanile.
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Sans vouloir disserter sur l’origine des cloches, on peut dire que leur
emploi dans le culte chrétien n’est pas mentionné avant le VIᵉ siècle et
que les cloches usitées à l’époque mérovingienne devaient ressembler,
comme dimensions, à celles dont on se sert encore dans les collèges ou
dans les marchés. C’est dans la seconde moitié du VIIIᵉ siècle que les
cloches acquirent un volume assez considérable pour qu’il devînt
nécessaire de construire des édifices pour les suspendre.
Le premier clocher dont il soit fait mention est celui de Saint-Pierre
du Vatican.
Cloche s’est dit _campana_ et _clocca_, d’où les termes de
_campanarium_, _turris campanaria_, _clocarium_, pour dire un clocher.
On s’est servi aussi, au IXᵉ siècle, des mots: _turricula_, turris
_claxendix_, le premier par opposition à la _turris_, coupole dôme ou
tour-lanterne de l’église, le second quand il y avait un escalier en vis
pour monter au sommet de la tour.
Les premiers clochers furent de forme ronde et toujours d’un petit
diamètre, à l’exemple des coupoles byzantines ou grecques, ce qui prouve
que les cloches qu’ils contenaient étaient de très petite dimension. Les
cloches étaient suspendues au sommet de la tour, dans une partie évidée
d’arcades, recouverte par un comble; le reste de la construction était
parementé sans autres ouvertures que des meurtrières éclairant
l’escalier.
Les clochers étaient très souvent séparés du corps de l’église. En
Italie, un grand nombre d’églises, de tous les temps du moyen âge, ont
leur clocher séparé d’elles par une distance souvent considérable.
Le plan de Saint-Gall indique deux tours rondes placées symétriquement
sur le devant de l’église et communiquant avec le portique; la légende
qui accompagne ce plan indique que ces tours, qui n’étaient pas
destinées à recevoir des cloches, sont des observatoires ou oratoires
dédiés aux anges; l’un à saint Michel et l’autre à saint Gabriel.
A une époque plus ancienne il existait déjà, en avant de certaines
basiliques, de ces tours sous l’invocation de saint Michel et qui ne
furent certainement pas des clochers. Il en existait une au VIIᵉ siècle
à l’entrée du monastère de Saint-Maur qui reproduisait en plan la forme
d’une croix.
La force de l’habitude fit appliquer la forme ronde à des clochers
construits même au XIIᵉ siècle, comme celui de Saint-Théodore d’Uzès,
qui date de cette époque; mais ces exemples sont rares et il paraît
certain que, dès le Xᵉ siècle, le plan carré fut préféré (fig. 87 et
88).
Outre les grosses cloches qui annonçaient au loin les offices, on
continuait, pour régler les exercices religieux du clergé, d’employer
des clochettes. Elles sont appelées dans les textes: _signum_,
_schilla_, _nola_--en français: sin, esquielle, eschelette.--Elles
prirent place au IXᵉ siècle dans les campaniles qui couronnaient les
dômes.
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Les dépendances extérieures des basiliques latines eurent, dès
l’origine, une importance qui ne fit que s’accroître. Il convient de
remarquer que si la basilique civile ou profane était ouverte de toutes
parts sur des places les plus fréquentées de la ville, la basilique
sacrée au contraire fut éloignée, autant qu’il était possible, de la
voie publique et il y eut au moins une cour établie devant la basilique,
sur toute la largeur de la façade. Cette cour, environnée de portiques
qui se raccordaient avec le _narthex_, ou porche d’entrée, constituait
l’_aitre_ de l’église--_atrium_--et, comme on y enterra, dès les
premiers siècles, les fidèles qui s’étaient recommandés par leurs
mérites, elle fut appelée aussi _paradisus_, d’où est venu parvis.
L’aitre, ou atrium, était environné de portiques qui se raccordaient
avec le porche d’entrée. L’ensemble des galeries s’appelait
_triporticus_ ou _quadriporticus_, selon qu’elles étaient au nombre de
trois ou de quatre.
Les basiliques somptueuses des temps les plus anciens eurent un premier
enclos, triportique ou quadriportique, qui précédait l’atrium. Ainsi se
présentait, la façade tournée du côté de la Saône, une basilique édifiée
à Lyon vers 460 par l’évêque Patient. C’était le temps où l’on ne
ménageait pas les colonnes. Les deux enceintes extérieures de la
basilique de Lyon formaient chacune un triportique et tous les supports
étaient des colonnes en marbre des Pyrénées. Plus tard on réserva le
marbre pour les intérieurs, et les auteurs, depuis le VIIᵉ siècle, ne
parlent plus de la magnificence des portiques extérieurs, ce qui
tendrait à prouver qu’ils étaient dès lors établis d’une manière
beaucoup plus simple.
Sous les portiques latéraux de l’aitre s’ouvraient parfois des cellules
qui servaient de logement aux moines habitués de la basilique ou aux
plus recommandés parmi les malades qui venaient y chercher leur
guérison.
Au milieu de l’aitre se trouvait ordinairement une vasque d’où sortait
un jet d’eau, ou bien encore une citerne, ou un puits; cet accessoire a
été désigné sous les noms de _phiala_, _cantharus_, _puteus_. C’est là
que les fidèles, avant de pénétrer dans la basilique, faisaient les
ablutions, dont la prise d’eau bénite à l’entrée des églises est une
réminiscence.
De très bonne heure, l’aitre perdit son importance et son aspect
monumental; ce ne fut plus qu’une petite cour sans portique, entourée de
bâtiments ou seulement de murs. Ce changement tient à deux
circonstances: la société tout entière étant devenue chrétienne, la
classe des catéchumènes disparut; la discipline s’adoucit à l’égard des
pêcheurs et comme les grands coupables furent seuls exclus des
sacrements, on cessa de voir ces troupes de pénitents qui assiégeaient
auparavant les abords de la basilique en attendant le jour de la
réconciliation.
Enfin l’extension que prit l’institution monastique obligea d’augmenter
les dépendances de l’église en vue de ceux qui la desservaient.
A partir du VIᵉ siècle la plupart des basiliques chrétiennes furent
affectées à des communautés de religieux, souvent si considérables
qu’elles comptaient plusieurs centaines de personnes. Plus tard, sous la
seconde race, une règle imitée de celle des monastères, la règle des
chanoines fut imposée par les conciles nationaux aux clergés des
cathédrales et de toutes les grandes basiliques séculières. Les
bâtiments nécessaires aux actes de la vie commune de ces pieuses
congrégations furent établis sur l’un des bas côtés de l’église et l’on
trouva commode de les disposer autour d’une cour carrée. C’est là que
fut transporté sous le nom de cloître--_claustrum_--le quadriportique
devenu inutile sur la façade. Il s’est maintenu à cette place pendant
toute la durée du moyen âge.