CHAPITRE V[7]

TRANSFORMATION DES BASILIQUES CIVILES.--ORIENTATION DES BASILIQUES ET

DES ÉGLISES CHRÉTIENNES.

Dès les premières années du IVᵉ siècle, après la promulgation du célèbre

édit rendu à Milan en 313, et par lequel Constantin proclama le

christianisme religion de l’Empire, les architectes chrétiens comprirent

le parti qu’ils pouvaient tirer des basiliques civiles admirablement

disposées pour recevoir un grand nombre d’hommes et, avant de construire

de toutes pièces les temples de la religion nouvelle, ils approprièrent

pour l’exercice du culte nouveau les diverses parties des édifices

anciens qu’ils avaient à leur disposition.

De par les _Constitutions apostoliques_ l’église devant représenter la

barque de saint Pierre, l’avenue centrale de la basilique devint la nef.

Des balustrades ou des murs d’appui la divisaient en deux parties.

Au bas de la nef était le _pronaos_, emplacement destiné aux

catéchumènes et à une certaine classe de pénitents; en un mot, à tous

les membres de la communauté chrétienne qui, ne pouvant entendre qu’une

partie des offices, étaient tenus de sortir de l’église avant la

consécration.

Plus haut, vers le transsept, se trouvait le chœur--_chorus_,--espace

entouré d’une cloison basse dans laquelle étaient disposés des _ambons_,

ou pupitres, pour la lecture, par les diacres, des Saintes Écritures; à

cette place se tenaient les chantres, les instrumentistes, les

exorcistes et de nombreux acolytes qui composaient avec eux le bas

clergé des basiliques.

A l’extrémité de la nef, au centre du chalcidique, ou transsept, donnant

au plan basilical la forme d’un T ou d’un _tau_, figure pour laquelle

les chrétiens eurent une prédilection particulière parce que le tau

était l’image de la croix, se trouvait l’emplacement de l’autel, le

sanctuaire, l’_altarium_ ou _sacrarium_, la place des diacres et des

sous-diacres.

L’autel était placé au milieu, entre l’hémicycle ou _abside_ ménagée

dans le mur du fond et l’arc triomphal s’ouvrant dans la nef.

L’hémicycle ou _abside_, qui avait été jadis le tribunal, devint

l’emplacement des prêtres ordonnés; c’est pourquoi on le trouve désigné

sous le nom de _presbyterium_. Un banc circulaire, interrompu au milieu

par un siège plus élevé, _consistorium_, contournait le mur du fond. La

place éminente, _suggestus_, était celle de l’évêque ou du dignitaire

qui en tenait lieu.

Les galeries latérales ou bas côtés recevaient l’assistance. Les

dénominations de _plaga_ ou de _porticus_ étaient communes à l’une et à

l’autre; on les distinguait par l’épithète de _dextera_ et _læva_,

droite ou gauche; ou par le déterminatif _virorum_, _mulierum_, parce

que les sexes étaient séparés dans l’église et que les hommes devaient

occuper la droite et les femmes la gauche; mais la détermination de la

droite et de la gauche des églises a été de bonne heure une cause de

confusion parce que l’orientation des églises a changé et que les

liturgistes du moyen âge s’attachèrent à la lettre des anciens textes

sans tenir compte de ce changement.

On n’eut pas d’abord d’idée arrêtée sur l’_orientation des basiliques_,

car les plus anciennes de Rome ont leurs façades tantôt au nord, et

tantôt au sud, à l’est ou à l’ouest.

Une des constitutions de la fin du Iᵉʳ siècle, attribuées à saint

Clément, veut que le prêtre regarde l’orient pour accomplir la

consécration. Cette prescription paraît avoir déterminé la situation de

l’église telle qu’on la voit encore à Saint-Pierre du Vatican et à

Saint-Jean-de-Latran, c’est-à-dire la façade tournée à l’est. Le prêtre

célébrait derrière l’autel, _regardant l’assistance_, les hommes à sa

droite, c’est-à-dire au midi, les femmes à sa gauche, c’est-à-dire au

nord; aussi les bas côtés, droit et gauche, furent-ils déterminés par

les épithètes _australis_ et _septentrionalis_.

Au Vᵉ siècle, l’orientation contraire fut préférée. Les basiliques

présentent leur façade à l’ouest pour se conformer à la règle qui

voulait que le prêtre _tournât le dos à l’assistance_. Cela fit que la

droite de l’église devint celle du prêtre, c’est-à-dire au midi. Mais,

chose singulière, la droite et la gauche de l’autel restèrent comme

auparavant, la droite au nord, la gauche au midi; car il a toujours été

entendu que l’évangile se lisait à droite de l’autel et l’épître à

gauche,--c’est-à-dire l’évangile paraissant à gauche pour l’assistant

tourné vers l’autel.

De là s’est produite une confusion dans l’esprit de quelques auteurs

qui, ne comprenant pas que l’attitude de l’église pût différer de celle

de l’autel, ont mis la droite de l’église au nord. La même interversion

eut lieu pour le placement des fidèles. La basilique de

Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne, édifice du VIᵉ siècle qui a sa

façade à l’ouest, en fournit la preuve.

La décoration principale de ce bel édifice consiste en une frise immense

où sont représentées en mosaïque les figures des saints et des saintes.

Or les saintes, qui devaient être vues par les femmes, occupent le mur

septentrional de l’église, tandis que le mur méridional est occupé par

les saints. Donc les hommes étaient dans le bas côté nord, c’est-à-dire

du côté de l’évangile, et les femmes dans le bas côté sud, c’est-à-dire

du côté de l’épître. C’est par l’effet de la fausse interprétation,

signalée dans le paragraphe précédent, que cet ordre fut changé dans les

siècles suivants.

L'Architecture romane · 第 31 / 128 题