(Plan.)]
Agrippa fit bâtir le premier des thermes magnifiques, à Rome, dans la
neuvième région. Fit-il en même temps élever la vaste salle sur plan
circulaire, connue sous le nom de _Panthéon_, qui touchait à ces thermes
sans être toutefois en communication directe avec eux[2]? Quoi qu’il en
soit, Dion affirme qu’Agrippa acheva le Panthéon l’an 729 de Rome, soit
l’an 24 avant l’ère chrétienne; mais cet achèvement concerne le portique
élevé après coup devant la porte de la rotonde, ainsi que le constate
l’inscription qu’on lit encore sur la frise de ce portique. Qu’Agrippa
ait élevé le Panthéon, ou qu’il l’ait seulement décoré: à l’intérieur
d’une splendide ordonnance de marbre et à l’extérieur d’un portique en
granit gris et en marbre blanc, ce qu’il est facile de voir et ce qui
nous importe, c’est de constater combien la construction de cette salle
et sa décoration forment deux parties distinctes.
Ainsi enrichie par les soins d’Agrippa, la Rotonde fut dédiée à Jupiter
vengeur. Le diamètre de la salle est, à l’intérieur, de 43ᵐ,40 et le mur
circulaire, qui porte la voûte, a 5ᵐ,40 d’épaisseur, soit environ le
septième du diamètre du cercle intérieur. Du pavé au sommet de la voûte
on compte 44ᵐ,40; le diamètre est ainsi égal, à peu de chose près, à la
hauteur intérieure de tout l’édifice. Le mur circulaire n’est pas plein;
outre la porte d’entrée, il est évidé à l’intérieur par sept grandes
niches: quatre rectangulaires et trois semi-circulaires.
Entre ces allégissements sont disposées au rez-de-chaussée huit niches
en demi-cercle et, à la hauteur de la naissance de la voûte, seize vides
qui s’ouvriraient sur le dehors s’ils n’étaient fermés par un mur de
remplissage peu épais.
Il n’est pas de construction mieux raisonnée au point de vue de la durée
et de la solidité; elle est entièrement parementée en grandes briques
avec remplissage en blocage dans les massifs, suivant la méthode
romaine, avec bandeaux en marbre[3].
La voûte prend naissance à 22ᵐ,50 au-dessus du sol intérieur,
c’est-à-dire à peu près à la moitié totale de
[Illustration: FIG. 12.--LE PANTHÉON DE ROME. (Coupe longitudinale.)]
la hauteur sous-œuvre. Nous ne donnons pas ces dimensions sans raison;
elles font voir que les Romains possédaient certaines formules
applicables aux vides des édifices, qu’ils établissaient des rapports
exacts entre les hauteurs et les largeurs de ces vides et qu’ils
soumettaient l’apparence extérieure de leurs monuments aux dispositions
prises dans les intérieurs.
[Illustration: FIG. 13.--COUPOLE DU PANTHÉON DE ROME.
(Détails de construction de la voûte.)]
La voûte semi-sphérique qui couronne le mur évidé formant la muraille
circulaire de l’édifice est bâtie en briques et en blocages; les
briques, noyées dans l’épaisseur, tiennent lieu de nervures à la voûte,
allégée par cinq rangs de caissons évidés dans la concavité intérieure.
Le mur circulaire, grâce aux vides ménagés dans son épaisseur, n’est
qu’un composé d’arcs de décharge reportant toutes ses pesanteurs sur
seize massifs principaux.
C’est tout un système de construction qui impose des lois à
l’architecture, avant que l’architecte ne songe à la décoration du
monument[4].
Il est facile de reconnaître d’abord que la partie purement décorative
ne fait pas corps avec la structure, car cette décoration, faite après
coup, ne se compose que d’un placage qui ne contribue pas à la solidité
de l’édifice; puisqu’il n’existe plus, comme dans les constructions
grecques, une alliance intime, absolue, entre la construction et le
vêtement décoratif qu’elle reçoit.
En étudiant la construction de cette immense rotonde, on voit avec quel
soin l’architecte a évité les masses inutiles et avec quelle science il
a combiné les pleins et les vides, ceux-ci contribuant à assurer la
rigidité du mur circulaire en reportant les charges sur des points
déterminés et en multipliant les surfaces résistantes; à la naissance de
la voûte, une série de contreforts, coupant les voûtes en quart de
sphère et des berceaux bandés parallèlement au mur circulaire, maintient
puissamment la grande coupole hémisphérique (fig. 13).
Le Panthéon compte, très justement, parmi les chefs-d’œuvre de
l’architecture romaine. Il fut construit en l’an 26 avant Jésus-Christ,
par l’architecte Valerius d’Ostie. Nous avons vu précédemment les
dimensions colossales de cette vaste salle et la décoration qui y fut
appliquée après sa construction; l’attique, orné de pilastres, qui, à
l’origine, surmontait les colonnes a été remplacé par les cariatides de
Diogène. Une petite corniche sépare cet attique de la coupole qui
s’élève d’un jet jusqu’à l’ouverture circulaire, large de sept mètres,
d’où tombe un flot de lumière. Cet éclairage unique, glissant sur les
caissons de la coupole et laissant les grandes niches dans une ombre
mystérieuse, la régularité grandiose de l’ordonnance et la beauté de la
matière donnent au solennel édifice un aspect extraordinairement
majestueux.
* * * * *
Le palais de Sarvistan, construit au IVᵉ siècle avant Jésus-Christ[5],
s’élève à l’extrémité d’une plaine déserte traversée par la vieille
route des caravanes, conduisant de Chiraz à Darab-Guerd et à
Bender-Abbas.
[Illustration: FIG. 14.