IV

Encore une fois, voilà le vrai mérite de Flourens. Voilà la gloire

sérieuse de cet esprit, léger seulement par l'expression, qui a porté

dans la science un sourire inconnu et charmant. Un jour il a été

terrible et il a souffleté le matérialisme avec un scalpel! Puis il a

repris son sourire, dans lequel aucun scepticisme ne se joue.

L'historien de Magendie a l'originalité d'être convaincu. Non

seulement il est spiritualiste, puisqu'il est cartésien, et nous

avouons que jamais ce spiritualisme-là ne nous a paru très formidable

et très auguste; mais il est chrétien, et il a toujours mis sa science

derrière le christianisme, ce qui est sa place, malgré les rébellions

insolentes de quelques savants. Sur la création, il est pour Moïse, et

sur l'unité de la race dans le genre humain. Il croit aux causes

finales; mais, comme il le dit avec un sens délié et profond, il ne

conclut pas «le dessein suivi des causes finales, mais les causes

finales du dessein suivi». Il n'est guères possible de dire plus juste

et de penser plus fin.

Finesse et justesse, ce sont, en effet, les qualités supérieures de

Flourens. C'est de justesse dans l'expression et de finesse dans la

pensée qu'est faite sa lucidité, car Flourens n'est pas seulement un

esprit lucide, c'est mieux que cela: c'est une lucidité. Nous n'avons

pas entendu Flourens comme professeur, mais il doit porter dans son

enseignement les qualités qui font de l'exercice du professorat

quelque chose comme une création continuée, car éclairer les esprits,

c'est les créer une seconde fois. C'est même, dirons-nous,--et c'est

la seule critique que nous oserons contre ces livres amusants comme

s'ils n'étaient pas savants et savants comme s'ils n'étaient pas

amusants,--c'est même l'habitude du professorat qui donne à ces livres

la tache de ces répétitions de faits ou d'idées qu'on prendrait pour

des négligences et qui sont plutôt des scrupules de clarté. Flourens,

qui ferait la classe avec beaucoup d'imposance à des hommes comme lui,

la ferait tout aussi bien aux jeunes filles des Oiseaux ou de

l'Abbaye-aux-Bois, comme Bossuet faisait le catéchisme aux petites

bonnes gens de la ville de Meaux, et, comme on le sait, Bossuet n'en

était pas plus petit. L'auteur de _la Vie et de l'Intelligence_ n'est

donc pas moins fort parce qu'il est gracieux, il n'est pas moins docte

parce qu'il est agréable et que tout le monde peut lire ses livres et

les goûter.

Nous croyons à la providence des noms comme y croyait Sterne, et

Flourens est l'homme de son nom. Il a mis la plus belle rose de son

Jardin des plantes au corsage un peu épais de la science, et il en

ferait bien d'autres! Tout ce qu'il touche, il le fleurit.

Philosophes et Écrivains Religieux · 第 91 / 130 题