Eh bien, ce mot-là, le P. Ventura l'a-t-il fait entendre? On le
cherche, et un tel mot ne se cherche pas, dans cet énorme volume de
cinq cent soixante pages où la lumière passe sur toutes, mais ne se
condense dans aucune de manière à former ce noyau qu'il faudrait pour
tout éclairer! Certes! il y a là des accents superbes, un style
étonnant, remuant et remué, et français à nous faire penser que nous
avons là, dans cet Italien, un éloquent compatriote; mais est-ce tout?
Que l'illustre théatin nous le pardonne: si la franchise est le devoir
du prédicateur vis-à-vis des puissances, elle est le devoir rigoureux
de la part du chrétien vis-à-vis du prédicateur. C'est l'instrument
de l'observatoire catholique à mettre au point du firmament. Dans ces
cinq cent soixante pages, y a-t-il autre chose que des généralités
vagues, dans une excellente direction il est vrai, mais n'aboutissant
pas au conseil précis que le législateur veut entendre puisque, dans
la magnanimité de son intelligence, il vient s'asseoir là devant vous?
Or, le conseil a-t-il immergé dans le champ du télescope? Le sol de
l'observation n'a-t-il pas tremblé sous les pas de l'observateur?
Le P. Ventura, qui veut enseigner le pouvoir politique au détenteur
providentiel de ce pouvoir, qui l'a ramassé sur la plage comme une
épave en miettes dont il faut rapprocher et réorganiser les débris, le
P. Ventura, publiciste après coup après le sermon, puisqu'il le fixe
sous nos yeux dans un livre qu'il revoit, corrige, orne de notes, et
qui est enfin un traité, ni plus ni moins que le livre du premier
publiciste venu écrivant dans la confiance de sa pensée, le P. Ventura
ne serait-il pas un peu embarrassé si on lui disait: «C'est bien! mais
prenez la plume encore et formulez vos conseils en lois. Voyons!
allez! rédigez le décret. Il faut léguer la paix au monde avec une
dynastie. Écrivez le testament politique qui va assurer cette
survivance nécessaire au monde, si le monde n'est pas condamné. Nous
sommes attentifs, mais vous, soyez formel. Publiciste de Celui qui a
dit: Gardez mes commandements et vous vivrez, sur quel article du
_Décalogue_ baserez-vous la longévité politique de l'établissement
impérial? Tout est là, sans doute, pour vous, prêtre. Ce n'est pas
tout que de descendre du Sinaï; il faut y remonter. Le _Pater noster_
a-t-il des échos ici-bas? Éclairez-nous... Est-ce trop demander?
N'êtes-vous pas le canal de la Constituante éternelle, le truchement
de Dieu, son porte-voix?»
Encore une fois, si les sermons du P. Ventura n'étaient que des
sermons, nous aurions dit: Ils ont la force persuasive, ils ont
l'accent pénétrant, ils ont l'onction, ils ont... ce qu'ils auraient!
Ce ne serait là qu'un compte à régler sur les qualités et les
richesses du talent de l'orateur; mais dans la pensée évidente,
catégorique et même exprimée dans ce titre que vous avez pris, c'est
bien autre chose. C'est une réponse aux questions des novateurs du
temps. C'est une panacée. Or, qu'on nous pardonne l'expression
vulgaire! une panacée ne consiste pas à dire aux gens: Portez-vous
bien, et je paierai le médecin. Or, encore, à part la vérité morale et
dogmatique du christianisme qui circule dans ces discours et qui
appartient au premier curé de village autant et au même titre qu'au R.
P. Ventura, il n'y a véritablement pas là d'inspiration réelle et
efficace dont on puisse affirmer que ceci n'est pas le bien de tous,
la généralité catholique dans son ampleur flottante et détachée, mais
la propriété exclusive et positive d'un esprit meilleur que les autres
parce que le christianisme l'a plus profondément éclairé!...