C'est sous l'empire de ces pensées que nous avons ouvert le livre du
R. P. Ventura. Nous ne l'avons pas entendu. Les souvenirs de
l'orateur, plus ou moins brillant, ne nous voilaient pas l'homme
d'idée. Le P. Ventura est bien l'un et l'autre. Il a la double faculté
de la réflexion et de l'expression instantanée. Le charbon d'Isaïe
s'allume sur ses lèvres, mais il n'en a pas moins le repli de la
réflexion et les facultés qui servent à creuser un sujet. Si l'on ne
craignait pas d'offenser une tête théologique de sa force, on dirait
que le P. Ventura est une intelligence philosophique. Il est, avec le
P. Gratry, un des esprits les plus aptes à la lutte dans la grande
bataille philosophique qui n'est pas finie. Indépendamment de la
lumière que tout prêtre porte dans sa main, par cela seul qu'il est
prêtre et qu'il allume son flambeau à la source de toute splendeur, le
P. Ventura avait pour la Critique l'intérêt d'un esprit de l'ordre le
plus élevé, qui jusque-là s'était illustré dans de très puissantes
polémiques, mais que l'événement et le choix de l'Empereur mettaient
en demeure de se montrer fécond et net dans sa fécondité et de dire
enfin le mot suprême, que, sur toutes les questions, le christianisme,
s'il rencontre un homme de génie, n'a jamais manqué de prononcer!