II

Mais ce que l'Académie prendra bien gaîment, je n'en doute pas, je le

prends, moi, avec tristesse. Surprise agréable pour elle, le livre que

voici sera, sinon une déception pour qui connaît à fond le Père

Lacordaire, au moins un malheur sur lequel on pouvait encore ne pas

compter. Religieusement, catholiquement, au point de vue de la

doctrine et de la direction à imprimer aux esprits, le livre du Père

Lacordaire est un malheur d'autant plus grand que les âmes sur

lesquelles il n'opérera pas, les âmes ennemies, en verront très bien

la portée, et s'empresseront de la signaler comme inévitable,

puisqu'un prêtre la donne à son livre. Or, cette portée, ne vous y

trompez pas! c'est le sens du siècle même. C'est son inclinaison vers

le terre-à-terre de toutes choses qui nous emporte en bas, hors du

monde des choses saintes et divines, et que le devoir d'un prêtre de

la religion surnaturelle de Jésus-Christ n'est pas, je crois, de

précipiter.

Oui! voilà où va le livre du P. Lacordaire. Pendant que son auteur va

à l'Académie, le livre, sous une forme respectueuse et croyante, qui

n'est qu'une force d'illusion de plus, va au naturalisme du temps, au

rationalisme du temps, à l'humanisme du temps, enfin à ce prosaïsme du

temps qui doit tuer les religions comme la poésie, car il tue les

âmes! Il y va par une voie chrétienne, je le sais, mais il n'y va pas

moins que les livres qui y vont par une voie impie, que les livres de

Renan, de Taine et de tous les philosophes du quart d'heure, pour

lesquels il n'y a plus dans le monde, sous une face ou sous une autre,

que _de l'humanité_ à étudier, rien de plus.

Qu'il aille moins loin que les livres de ces messieurs-là, ce n'est

pas douteux! Qu'il s'arrête à mi-chemin, je le vois bien; mais

qu'importe! Il n'en est pas moins dans la pente, sur laquelle tout

penche, d'un univers qui fut si droit et si magnifiquement assis. Il y

est, poussant dans cette pente les intelligences restées chrétiennes

et faisant razzia d'elles, que manqueraient les livres des philosophes

s'ils étaient seuls, et les y poussant au profit du plus terrible

entraînement qui ait jamais menacé le monde chrétien.

Cela paraît incroyable, n'est-ce pas? venant d'un prêtre, d'un

religieux, du P. Lacordaire, un grand talent parfois si lumineux. Eh

bien, disons ce que c'est que le livre qu'il a intitulé _Sainte

Marie-Madeleine_; disons-le bien vite, ne fût-ce que pour être cru!

Philosophes et Écrivains Religieux · 第 61 / 130 题