APPENDICE II[151]

[151] Voir page 164.

Le lendemain de la séance du Sénat, M. Talleyrand recevait de Benjamin

Constant la lettre suivante. Cette lettre a été trouvée dans les

papiers du prince de Talleyrand.

«Vous avez glorieusement expliqué une longue énigme, et quelque

bizarre, quelque inconvenante que soit peut-être cette manière

de vous en féliciter, je ne puis résister au besoin de vous

remercier d'avoir à la fois brisé la tyrannie et jeté des bases

de liberté. Sans l'un, je n'aurais pu vous rendre grâce de

l'autre. 1789 et 1814 se tiennent noblement dans votre vie.

Vous ressemblerez dans l'histoire à Maurice de Saxe, et vous ne

mourrez pas au moment du succès. Vous n'accuserez pas cet

hommage de s'adresser à la prospérité seule. Le passé doit me

préserver de ce soupçon. Il n'y a pas non plus d'intérêt

personnel dans ma démarche. Pour fuir un joug que je ne pouvais

briser, j'avais quitté la France, et bien que je m'en sois

rapproché pour tenter de la servir, des liens que je chéris

tendent à me fixer ailleurs. Mais il est doux d'exprimer son

admiration, quand on l'éprouve pour un homme qui est en même

temps le sauveur et le plus aimable des Français; j'écris ces

mots après avoir lu les bases de la constitution décrétée.

»Pardon si je n'ajoute aucun de vos titres; l'Europe et

l'histoire vous les donneront avec bonheur. Mais le plus beau

sera toujours celui de président du Sénat.

»Hommage et respect,

»BENJAMIN CONSTANT.

»Le 3 avril 1814.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 2 · 第 33 / 104 题