l’infini tourbillon des causes. On pourrait feuilleter longtemps des
pages d’histoire avant de découvrir, parmi les anciens maîtres du monde,
papes, rois et empereurs, un pouvoir politique ayant égalé celui de la
force nouvelle que les temps modernes ont vu naître.
Les centres de son rayonnement ne sont situés ni dans les parlements, ni
dans les palais des rois, mais dans les édifices imposants où siègent
les Bourses des grandes capitales. C’est de ces tribunaux anonymes que
partent les chiffres qui domineront les volontés des parlements, des
souverains et des peuples. Ils feront naître la pauvreté ou la richesse,
les révolutions, l’anarchie et les dictatures.
De quelles influences la puissance nouvelle dont nous venons de montrer
la grandeur est-elle formée?
Jadis inconnue, elle ne pouvait naître qu’à la suite de découvertes
permettant à certains personnages disséminés dans tout l’univers,
d’associer un instant leurs volontés individuelles pour la transformer
en une seule volonté collective.
Sur quels éléments se basent les jugements de cette volonté collective
dont les arrêts instantanés exercent une influence si colossale?
Dans les cas les plus simples, cette volonté collective est d’une
interprétation facile, mais il n’en est pas toujours ainsi. On comprend
la brusque hausse d’une cinquantaine de francs de la livre, quand arriva
au pouvoir un président du Conseil soumis aux volontés socialistes. Le
tribunal mondial entrevit immédiatement l’évasion des capitaux et les
mesures spoliatrices des socialistes capables de provoquer la ruine de
la France.
Dans des cas aussi simples, la relation des effets aux causes apparaît
nettement. Elle s’aperçoit moins dans les circonstances ordinaires.
Sans prétendre résoudre entièrement le problème de l’unanimité des
volontés collectives, on peut dire qu’avec la suppression des distances
par le télégraphe, il se forme dans le monde, sur certaines questions
essentielles, une opinion universelle moyenne que la contagion mentale
propage rapidement.
Un grand nombre des mesures prises par les gouvernements de certains
pays pour provoquer la confiance collective et assainir leur monnaie
sont les équivalents d’une plaidoirie prononcée par un avocat habile
devant un tribunal redouté dont les décisions sans appel peuvent avoir
les plus lourdes conséquences sur la vie d’un peuple.
* * * * *
Les forces qui régirent le monde aux diverses périodes de son histoire
étant inaccessibles à la mentalité populaire furent transformées en
personnalités divines ou humaines douées d’imaginaires pouvoirs.
Et c’est pourquoi la mystérieuse évolution des forces qui dirigent la
naissance des chiffres enregistrés par les Bourses dépend, dans la
croyance populaire, des volontés d’une petite oligarchie de tout
puissants banquiers que les socialistes poursuivent de leur haine et
dont les chefs d’État sollicitent le concours.
Et ici, l’erreur des gouvernants ressemble fort à l’erreur populaire:
ils croient, eux aussi, qu’avec le concours de quelques puissants
banquiers, la situation financière d’un pays pourrait être transformée.
Il dépendrait de leur concours, par exemple, que le cours d’une monnaie
fût changé.
En réalité, ce pouvoir supposé est imaginaire. L’expérience suffirait à
montrer que les millions, parfois prêtés par les princes de la finance,
pour modifier le cours d’une monnaie, ont toujours été engloutis sans
résultat durable.
Plusieurs expériences du même ordre ont prouvé à quel point les forces
individuelles étaient impuissantes à lutter contre l’immense agrégat de
forces économiques collectives qui, de nos jours, déterminent la marche
financière du monde.
* * * * *
Dans la plupart des pays européens: France, Italie, Belgique, Pologne,
Autriche, etc., les problèmes financiers sont aujourd’hui au premier
plan. Ils conditionnent la vie politique et sociale tout entière.
Les deux points essentiels de ces problèmes sont l’équilibre du budget
et la création d’une monnaie à valeur fixe, c’est-à-dire n’étant soumise
à aucune oscillation.
Ces deux problèmes, le second surtout, ne semblent pas d’une solution
facile, puisque les experts nommés dans divers pays pour les résoudre
ont généralement abouti à d’insuffisants résultats.
Il ne faut pas s’en étonner, d’ailleurs: les experts ne font, en effet,
entrer dans leurs calculs que des éléments économiques mesurables, alors
que les problèmes à résoudre sont souvent dominés par des facteurs
psychologiques échappant à toute mesure.
CHAPITRE IV
DIFFICULTÉS PSYCHOLOGIQUES DES RÉFORMES ADMINISTRATIVES
Parmi les moyens employés par les États européens, la France notamment,
pour restaurer leur situation financière, figurent les économies que
pourraient produire les transformations opérées dans des administrations
compliquées et coûteuses.
Le gouvernement français a débuté dans cette tâche par la phase aisée
des suppressions qui précède la période plus difficile des
réorganisations.
* * * * *
La coûteuse multiplication des fonctionnaires a des causes
psychologiques lointaines que nous résumerons bientôt; elle résulte
également du régime démocratique. Chaque député réclame la création
d’emplois nouveaux afin d’y caser les plus influents de ses électeurs,
et les ministres ont trop besoin du vote des parlementaires pour leur
refuser ces créations. C’est ainsi que les fonctionnaires ont pullulé
d’une formidable façon.
Le même phénomène s’observe depuis longtemps dans la plupart des pays
dotés d’un régime parlementaire,--l’Italie, notamment. Il fallut la
révolution fasciste pour débarrasser ce pays d’un excédent de personnel
qui le ruinait et l’opprimait.
* * * * *
Cette multiplication des fonctionnaires est une des causes de la
coûteuse complication de l’administration française; mais il en existe
d’autres, plus profondes encore.
Malgré ses allures révolutionnaires, le Français est peut-être le plus
conservateur de tous les peuples, et c’est pourquoi une administration
adaptée aux besoins d’époques antérieures et qui vieillissait chaque
jour, a pu se conserver sans changement, depuis la période lointaine où
elle fut réorganisée par Napoléon.
Les régimes politiques ont péri tour à tour, des partis nouveaux sont
nés, des révolutions ont balayé les trônes; seule, la vieille
administration française est restée immuable. Elle est l’unique pouvoir
qu’aucun bouleversement n’ait effleuré. Plus puissante que les
souverains, les parlements et les ministres, elle continue à gouverner
despotiquement la France.
Tout en conservant des cadres invariables, les administrations publiques
se sont compliquées en vieillissant et ont formé, finalement, une série
de petits pouvoirs indépendants séparés par des cloisons étanches.
Ce dernier phénomène constitue une des caractéristiques de nos
administrations; il est traduit clairement dans l’histoire souvent
rappelée--parce qu’elle est typique--de ces trottoirs parisiens, dépavés
et repavés trois fois en un mois, en raison de l’impossibilité d’une
entente entre les administrations chargées de la pose du gaz, de l’eau
et du téléphone pour exécuter leur travail en même temps.
Dans toutes les administrations, les bureaux vivent séparés et
persistent à ne pas se connaître. Il en résulte que la moindre affaire
demande au public des dérangements énormes.
L’impuissance des administrations à se concerter dans un intérêt commun
est spéciale à la France. Elle ne s’observe pas en Allemagne.
Cette différence avait beaucoup frappé un grand industriel du Nord, M.
Guérin, qui, accepté par les gouvernements allemand et français comme
intermédiaire pendant la guerre pour la distribution des vivres reçus
d’Amérique, avait l’autorisation de se rendre alternativement à Paris et
à Berlin afin de régler les difficultés relatives à cette distribution.
--A Berlin, disait-il devant moi, alors même que l’affaire en cours
concernait plusieurs administrations, la décision m’était remise en
vingt-quatre heures. A Paris, pour la même affaire, je passais souvent
huit jours à courir de ministère en ministère, renvoyé de bureau en
bureau sans pouvoir obtenir une solution.
* * * * *
Toute tentative de réforme administrative se heurte dans certains pays,
la France notamment, à des concepts psychologiques fondamentaux auxquels
l’hérédité et l’habitude ont donné une grande force.
C’est en raison de telles influences que notre histoire présente, malgré
des apparences contraires, une remarquable continuité dans les régimes
divers qui se sont succédé. Tous tendaient à soumettre le pays à
l’autorité d’un pouvoir central chaque jour plus absorbant.
L’unité faite, les habitudes fixées dans les âmes ne pouvaient changer.
Sous des noms nouveaux, nous continuons, en réalité, l’ancien régime.
Sous la pression d’une mentalité créée par des siècles d’efforts, l’État
a fini par absorber la gestion d’une foule d’entreprises et a substitué
de plus en plus son autorité à l’initiative des citoyens. Le
développement du socialisme, c’est-à-dire de l’étatisme, ne représente,
en fait, que la suprême floraison d’un long passé, la conséquence
dernière d’un idéal poursuivi pendant des siècles. Les socialistes ne
font que continuer une tradition historique en réclamant chaque jour
davantage l’intervention de l’État. On peut tout au plus leur reprocher
d’aller un peu loin dans cette voie. C’est ainsi que le maire et député
du Creusot préconisait récemment la reprise par l’État non seulement des
usines, mais aussi de la terre. Tout ce que récolteraient les paysans
appartiendrait à la collectivité.
On ne peut dire que le socialisme nous menace puisque, en réalité, il
est établi depuis longtemps. J’ai souvent répété que, malgré tant
d’apparences contraires, il n’existait en France qu’un seul parti
politique: l’étatisme.
Cette assertion ne serait contestable que s’il était possible de citer
un seul groupe politique français qui ne réclamât pas constamment, dans
les moindres actes de la vie publique ou privée, l’intervention de
l’État. Les socialistes ne font qu’exagérer cette tendance.
* * * * *
L’influence absorbante de l’État est une conséquence des difficultés
qu’éprouva en France le pouvoir central à unifier les diverses provinces
dont se composait, jadis, le pays, et à faire disparaître les dernières
phases de la vie locale. Cette vie étant détruite, l’initiative des
citoyens, anéantie, ne pouvait renaître.
L’Allemagne a pu échapper à cette centralisation parce que son unité est
toute récente, puisqu’elle remonte seulement à 1874. Si la vie
provinciale, disparue en France, est restée, au contraire, très vivante
en Allemagne, c’est que chacun des anciens royaumes, principautés, etc.,
dont se compose aujourd’hui l’Empire, avait joui d’une existence
indépendante pendant des siècles. Alors qu’en France il ne reste plus
guère qu’un grand centre intellectuel: Paris, l’Allemagne en compte
plusieurs.
* * * * *
La formidable et coûteuse complication des moindres opérations
administratives en France est trop connue pour qu’il soit utile d’y
revenir longuement. Elle fut bien des fois signalée au Parlement et,
notamment dans un rapport déjà ancien de Camille Pelletan sur le budget
de la Marine. On y lisait que:
«Dans les arsenaux, pour la réception des moindres objets il faut des
pièces de comptabilité demandant quinze jours de travail; des
centaines d’employés sont exclusivement occupés à calculer, à
transcrire, à copier dans d’innombrables registres, à reproduire sur
d’innombrables feuilles volantes, à diviser, à totaliser.»
Le même rapporteur, voulant savoir de quelle façon, dans des cas
identiques, opérait l’industrie privée, visita un établissement
industriel consacré, comme les arsenaux de l’État, à la construction des
navires. Cet établissement avait sur chantier deux cuirassés brésiliens,
un grand croiseur et plusieurs bâtiments à voile. Malgré les nombreux
détails exigés par cette fabrication, un seul livre indiquant les
entrées, les sorties et les existants, suffisait à la comptabilité de
chaque magasin. Grâce à ces simplifications, les prix de l’industrie
privée étaient de 25 à 50 p. 100 moins élevés que ceux des arsenaux de
l’État.
Ces différences de prix de revient s’observent dans tous les domaines.
L’ingénieur R. Carnot écrivait, récemment, que les bateaux charbonniers
réquisitionnés par l’État avaient un rendement inférieur de 40 à 50 p.
100 à celui des navires dirigés par les importateurs travaillant pour
leur compte.
Mêmes constatations dans toutes les gestions étatistes. _Le Matin_ en a
fourni un nouvel exemple avec l’histoire de la liquidation des stocks
américains d’Aubervilliers. L’État, n’arrivant pas à terminer cette
liquidation, la confia à un industriel. Ce dernier commença par
remplacer les centaines d’employés officiels par huit agents de son
choix. En quelques jours, la liquidation était achevée.
* * * * *
Les causes de la coûteuse complication de la gestion de l’État sont tout
à fait indépendantes de l’intelligence des employés. Elle résulte
surtout de leur terreur des responsabilités, conséquence du réseau de
vérifications superposées et minutieuses dont les moindres actes de
chaque agent sont enveloppés. L’omission de la plus légère formalité est
sévèrement relevée.
La crainte des responsabilités et l’accumulation des règlements dans les
administrations rendent extrêmement compliquées et longues des
opérations qui, dans l’industrie privée, n’exigeraient que quelques
minutes. On en peut juger par l’histoire que citait jadis au Parlement
M. Delcassé, sur les longs rapports échangés entre une demi-douzaine de
chefs de bureaux pour savoir si une dépense de 77 kilos de fer
figurerait pour 3 fr. 46 ou 3 fr. 47 dans la comptabilité.
L’intervention directe du ministre fut finalement nécessaire pour
trancher cette grave question.
* * * * *
L’organisation conduisant aux complications qui viennent d’être
signalées n’a pas seulement pour résultat un gaspillage énorme d’argent,
mais aussi un véritable écrasement du public sous le poids de formalités
accablantes dont est enveloppé, aujourd’hui, le moindre acte
administratif. _Le Temps_ faisait, à ce propos, les réflexions
suivantes:
«La suppression de fonctionnaires serait bien acceptée, si elle
signifiait réellement la suppression des formalités, de tant de
formalités administratives dont depuis longtemps il souffre et dont il
est las. Tant de démarches dans tant de bureaux, tant de paperasses à
faire signer et contresigner, tant d’autorisations à solliciter, et
tant de retards interminables dus à l’ingénieuse superposition de
contrôles, qui, d’ailleurs, ne servent jamais de rien; tant de
déclarations échelonnées tout le long de l’année à propos de tout;
l’impossibilité de se mouvoir sans la permission en règle de qui de
droit: voilà bien ce que voudraient voir disparaître ou, du moins,
s’atténuer l’immense majorité des Français.»
* * * * *
On entrevoit déjà combien seront difficiles les réformes projetées.
Les peuples très conservateurs, et par conséquent n’ayant pas su
évoluer, n’arrivent souvent à se soustraire au joug de coutumes devenues
trop pesantes que par des révolutions violentes.
Ce qui précède suffit à montrer que la réduction du personnel
administratif aura bien peu d’effet, si elle n’est accompagnée d’une
transformation complète des méthodes. Cette transformation sera
difficile, car l’aptitude à l’organisation est une des plus rares
facultés de l’esprit humain.
Ce n’est pas à un comité d’experts qu’il faudra demander des réformes.
Qu’il s’agisse de finances, d’industrie ou de guerre, les collectivités
se sont toujours montrées insuffisantes, je le répète, aussi bien à
organiser qu’à décider.
Ce n’est pas, assurément, qu’une collectivité soit inutile, mais à la
condition formelle qu’elle soit consultative et non dirigeante. Quand
Bonaparte rédigea le code qui devait fusionner en lois uniformes le
droit coutumier régissant alors les diverses provinces de France, il
laissait discuter librement devant lui les membres du Conseil d’État,
mais décidait seul du texte qui serait adopté.
* * * * *
Les considérations qui précèdent étaient nécessaires pour montrer de
quelles difficultés seront entourées les réformes projetées. Plus on
avance dans l’étude de l’Histoire, plus on constate que les institutions
des peuples dépendent surtout d’influences psychologiques créées par un
long passé. L’âme latine est très stabilisée, aujourd’hui, et chargée
d’influences ataviques fort lourdes.
Les progrès de l’industrie et de l’interdépendance des peuples
nécessiteront, cependant, une violente réaction contre l’étatisme qui
domine la France. Il n’est plus possible d’enfermer la vie des citoyens
et leurs entreprises dans un inextricable et paralysant réseau de
formalités tracassières, destructrices de toutes les initiatives.
* * * * *
Des réformes administratives auraient même été totalement impossibles
sans les événements qui forcèrent les députés à donner au Président du
Conseil le droit dictatorial d’opérer des transformations sans
l’autorisation du Parlement.
En raison des origines de notre Parlement, toute économie se heurtait,
en effet, à un mur d’impossibilités qu’aucune volonté n’avait réussi à
briser encore.
Dès qu’un ministre essayait de réaliser des économies il constatait
rapidement qu’en France, comme le disait un jour devant moi un ancien
ministre de Finances, aucun personnage n’est assez puissant pour
supprimer un cantonnier inutile; le ministre qui aurait tenté un tel
acte d’autorité se serait vu menacé d’interpellations et d’ennuis divers
par tous les députés du département auquel aurait appartenu le
cantonnier supprimé. Plus impossible encore de fermer un collège sans
élèves, un tribunal sans clients, un arsenal sans travail, etc.
Non seulement les ministres restaient impuissants à réaliser la moindre
économie, mais ils étaient amenés, chaque jour, par des députés que
leurs électeurs harcelaient, à créer des emplois nouveaux inutiles et à
multiplier les gaspillages. Parmi ces derniers on peut citer la
distribution, pour de simple fêtes locales à certaines communes
privilégiées, de centaines de millions prélevés sur le «fonds commun» et
toutes les dépenses inutiles critiquées dans les rapports de la Cour des
comptes.
Pour opérer des réformes semblables à celles de Mussolini en Italie, il
fallut bien accorder au Président du Conseil la faculté de réaliser ces
économies par décret sans consulter le Parlement.
Malgré le pouvoir conféré au chef du gouvernement d’imposer
impérativement les réformes jugées nécessaires, on ne doit pas croire
qu’il soit facile de les imposer par simple décret. Le décret est une
force, mais la mentalité de ceux auxquels on va l’imposer est une autre
force capable de paralyser la première.
LIVRE VIII
ROLE DE LA MONNAIE DANS L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU MONDE
CHAPITRE PREMIER
LES FORMES DIVERSES DE LA MONNAIE: APPARENCES ET RÉALITÉS
La vie de plusieurs peuples européens est suspendue aujourd’hui à leur
monnaie. Les questions de change, de stabilisation, etc., profondément
ignorées du public il y a quelques années à peine, exercent maintenant
une action prépondérante. Souvent mal comprises elles furent l’origine
d’erreurs qui firent perdre des centaines de millions à divers États.
Pour jeter un peu de lumière sur un sujet aussi compliqué il faut
remonter aux principes très simples d’où les notions accessoires
dérivent; nous allons l’essayer maintenant.
* * * * *
_Origines et nature de la monnaie?_--On peut considérer comme monnaie
tout objet pouvant servir de moyen d’échange.
Chez les peuples primitifs, des matières fort diverses servent de
monnaie. C’est la phase dite du troc, à laquelle reviennent les nations
civilisées quand leur ancienne monnaie n’est plus acceptée. Lorsque les
marks tombèrent en Allemagne au voisinage de zéro, une foule d’objets:
le stère de bois, l’hectolitre de blé, le quintal de charbon, etc.,
devinrent des unités monétaires servant aux transactions. Les guerriers
du temps d’Homère n’opéraient pas autrement lorsqu’ils échangeaient un
bœuf contre un bouclier.
Le bœuf resta longtemps une forme de monnaie usuelle, comme l’indiquait
l’expression «mettre à quelqu’un un bœuf sur la langue», c’est-à-dire
acheter son silence.
Le bœuf, ou des unités analogues, n’étant pas d’un maniement facile, on
chercha naturellement une autre marchandise aisée à manier et possédant,
en même temps, une certaine valeur sous un faible poids. Des métaux
divers, l’or et l’argent notamment, divisés en petits fragments,
finirent par devenir la monnaie universelle.
A une époque relativement récente on chercha les moyens d’éviter les
transports incommodes de monnaies en les déposant dans les coffres-forts
d’établissements spéciaux chargés de les conserver et qui donnaient, en
échange, des reçus indiquant que l’or et l’argent déposés seraient
rendus immédiatement à toute personne présentant ce reçu de dépôt. Avant
la guerre le billet de banque n’était pas autre chose puisqu’il
représentait simplement le reçu d’un dépôt remboursable à volonté.
Malgré ses apparences, le nouveau billet de banque à coût forcé, non
échangeable contre une valeur métallique, n’a aucune analogie avec
l’ancien billet de banque remboursable à vue. Il constitue simplement un
titre d’emprunt sans date de remboursement et se trouve comme tous les
titres analogues soumis aux fluctuations du change.
Cette créance peut être comparée à un titre de rente dont la seule
garantie est la confiance inspirée par l’état émetteur. Son cours varie
avec les oscillations de cette confiance. La cote de la Bourse, comme il
a été précédemment expliqué représente les arrêts sans appel d’une sorte
de tribunal mondial décidant du degré de confiance inspiré par les
divers états.
* * * * *
La facilité d’émettre des billets sans garantie métallique permet aux
états de créer une source artificielle de richesse momentanée. Mais, à
mesure que les émissions augmentent, phénomène qualifié d’inflation, la
confiance diminue et la valeur des billets émis descend rapidement vers
zéro, comme l’Allemagne en fit l’expérience.
L’inflation continue aboutit donc à la ruine, comme le ferait,
d’ailleurs, la répétition d’emprunts quelconques.
Mais si l’expérience prouve que l’inflation prolongée se termine
toujours par la ruine, elle montre aussi que cette inflation peut rendre
momentanément de grands services à un pays.
C’est grâce, en effet, à l’emploi prolongé de billets de banque à cours
forcé que l’Angleterre put se procurer les ressources nécessaires pour
combattre Napoléon. Plus heureux que nos billets modernes, les billets
anglais ne perdirent jamais plus de 50 p. 100 de leur cours et, après la
guerre, ils purent être bientôt remboursés au pair.
Ce fut également avec le mark à cours forcé que les Allemands
reconstruisirent leur flotte, bâtirent de grandes usines et préparèrent
leur renaissance économique. Elle leur servit également à se constituer
à l’étranger une réserve de devises appréciées qui constituèrent plus
tard la garantie d’une nouvelle monnaie dès que l’ancien mark, tombé au
voisinage de zéro, fut retiré de la circulation.
Cette réserve s’étant montrée insuffisante pour servir de garantie à une
émission importante de la nouvelle monnaie, il fallut y ajouter une
garantie hypothécaire portant sur un certain nombre d’immeubles. Les
billets alors émis étaient comparables aux obligations hypothécaires de
notre Crédit foncier, c’est à dire parfaitement garantis. Par le fait
seul de cette garantie, la nouvelle monnaie se trouva soustraite aux
variations du change et resta aussi stable que la livre anglaise ou les
dollars américains.