Je ne sais comment cela m'arrive; depuis quelque tems mes chapitres
finissent toujours sur un ton sinistre. En vain je fixe, en les
commençant, mes regards sur quelque objet agréable,--en vain je
m'embarque par le calme, j'essuie bientôt une bourrasque qui me fait
dériver.--Pour mettre fin à cette agitation, qui ne me laisse pas le
maître de mes idées, et pour apaiser les battemens de mon cœur, que
tant d'images attendrissantes ont trop agité, je ne vois d'autre remède
qu'une dissertation.--Oui, je veux mettre ce morceau de glace sur mon
cœur.
Et cette dissertation sera sur la peinture; car, de disserter sur tout
autre objet, il n'y a point moyen. Je ne puis descendre tout-à-fait du
point où j'étais monté tout à l'heure: d'ailleurs, c'est le _dada_ de
mon oncle _Tobie_.
Je voudrais dire, en passant, quelques mots sur la question de la
prééminence entre l'art charmant de la peinture et celui de la musique:
oui, je veux mettre quelque chose dans la balance, ne fût-ce qu'un grain
de sable, un atome.
On dit en faveur du peintre qu'il laisse quelque chose après lui; ses
tableaux lui survivent et éternisent sa mémoire.
On répond que les compositeurs en musique laissent aussi des opéras et
des concerts;--mais la musique est sujette à la mode, et la peinture ne
l'est pas.--Les morceaux de musique qui attendrissaient nos aïeux sont
ridicules pour les amateurs de nos jours, et on les place dans les
opéras bouffons pour faire rire les neveux de ceux qu'ils faisaient
pleurer autrefois.
Les tableaux de _Raphaël_ enchanteront notre postérité comme ils ont
ravi nos ancêtres.
Voilà mon grain de sable.