Je ne dirai qu'un mot de l'estampe suivante.
C'est la famille du malheureux _Ugolin_ expirant de faim: autour de lui,
un de ses fils est étendu sans mouvement à ses pieds; les autres lui
tendent leurs bras affaiblis, et lui demandent du pain, tandis que le
malheureux père, appuyé contre une colonne de la prison, l'œil fixe
et hagard, le visage immobile,--dans l'horrible tranquillité que donne
le dernier période du désespoir, meurt à la fois de sa propre mort et de
celle de tous ses enfans, et souffre tout ce que la nature humaine peut
souffrir.
Brave chevalier d'_Assas_, te voilà expirant sous cent baïonnettes, par
un effort de courage, par un héroïsme qu'on ne connaît plus de nos
jours!
Et toi qui pleures sous ces palmiers, malheureuse négresse! toi qu'un
barbare, qui sans doute n'était pas Anglais, a trahie et délaissée;--que
dis-je? toi qu'il a eu la cruauté de vendre comme une vile esclave,
malgré ton amour et tes services, malgré le fruit de la tendresse que tu
portais dans ton sein,--je ne passerai point devant ton image sans te
rendre l'hommage qui est dû à ta sensibilité et à tes malheurs!
Arrêtons-nous un instant devant cet autre tableau: c'est une jeune
bergère qui garde toute seule son troupeau sur le sommet des Alpes: elle
est assise sur un vieux tronc de sapin renversé et blanchi par les
hivers: ses pieds sont recouverts par les larges feuilles d'une touffe
de _cacalia_, dont la fleur lilas s'élève au-dessus de sa tête. La
lavande, le thym, l'anémone, la centaurée, des fleurs de toute espèce,
qu'on cultive avec peine dans nos serres et nos jardins, et qui
naissent sur les Alpes dans toute leur beauté primitive, forment le
tapis brillant sur lequel errent ses brebis.--Aimable bergère, dis-moi
où se trouve l'heureux coin de la terre que tu habites? de quelle
bergerie éloignée es-tu partie ce matin au lever de l'aurore?--Ne
pourrais-je y aller vivre avec toi?--Mais, hélas! la douce tranquillité
dont tu jouis ne tardera pas à s'évanouir: le démon de la guerre, non
content de désoler les cités, va bientôt porter le trouble et
l'épouvante jusque dans ta retraite solitaire. Déjà les soldats
s'avancent; je les vois gravir de montagnes en montagnes, et s'approcher
des nues.--Le bruit du canon se fait entendre dans le séjour élevé du
tonnerre.--Fuis, bergère, presse ton troupeau, cache-toi dans les
antres les plus reculés et les plus sauvages: il n'est plus de repos sur
cette triste terre!