Depuis long-tems le chapitre que je viens d'écrire se présentait à ma
plume, et je l'avais toujours rejeté. Je m'étais promis de ne laisser
voir dans ce livre que la face riante de mon ame; mais ce projet m'a
échappé comme tant d'autres: j'espère que le lecteur sensible me
pardonnera de lui avoir demandé quelques larmes; et si quelqu'un trouve
qu'_à la vérité_[1] j'aurais pu retrancher ce triste chapitre, il peut
le déchirer dans son exemplaire, ou même jeter le livre au feu.
Il me suffit que tu le trouves selon ton cœur, ma chère _Jenny_, toi,
la meilleure et la plus aimée des femmes;--toi, la meilleure et la plus
aimée des sœurs; c'est à toi que je dédie mon ouvrage: s'il a ton
approbation, il aura celle de tous les cœurs sensibles et délicats;
et si tu pardonnes aux folies qui m'échappent quelquefois malgré moi, je
brave tous les censeurs de l'univers.
[Footnote 1: Voyez le roman de _Werther_, lettre XXVIII, 12 août.]