Amsterdam, 1707.
17 _Genealogiæ viginti illustrium in Hispania familiarum._ IMHOF.
Leipzig, 1712.
18 _Genealogiæ viginti illustrium in Italia familiarum_, par IMHOF.
Amsterdam, 1710.
19 _Historia Italiæ et Hispaniæ genealogica_, par IMHOF. Nuremberg,
1702.
_Nobiliario genealogico de los Reyes títulos de Espania_, par D. ALONZO
LOPEZ DE HARO. Madrid, 1622.
20 LLORENTE. _Provincias Vascongadas._ Madrid, Imprenta Real, 1806-1807.
21 _Mémoires du comte Miot de Melito._ Paris, 1858.
PARIS.--TYPOGRAPHIE DE E. PLON ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8.
NOTES:
[1] Ce nom n'est pas inconnu dans l'histoire. Un sieur de Saint-Pé était
agent politique du cardinal de Richelieu en Portugal. (Flassan,
_Histoire de la diplomatie_, t. III, p. 62.)
[2] Le paysan espagnol trouve inutile de graisser les moyeux des roues
de sa charrette. Il en résulte des grincements qui s'entendent à des
distances réellement extraordinaires. Les correspondances des armées, au
temps de Napoléon, mentionnent cet inconvénient, qui n'était pas sans
gravité lorsqu'il s'agissait de dérober une marche à l'ennemi.
[3] C'était là un privilége particulier à ces provinces, et il était
fondé sur l'extrême pauvreté du pays. «Si le commerce avec la France,
l'Angleterre, l'Aragon, la Navarre et le duché de Bretagne, n'était pas
libre, nul n'y pourrait subsister, dit l'ordonnance de 1479.» (Llorente,
_Provincias vascongadas_, p. 323, 332.)
[4] La langue basque, on le sait, est une langue primitive qui n'a
d'analogie avec aucune autre langue connue. Elle était néanmoins
infiniment plus usitée que le castillan dans cette partie de l'Espagne.
Aussi, lors de la réunion des juntes, les affaires étaient-elles
exposées en castillan et discutées en langue basque. (Weiss, t. 1er,
p. 207.)
[5] Ce personnage se conformait aux usages de son temps, ainsi que nous
le verrons par la suite. En pareille circonstance, les Espagnols vous
adressent encore ce compliment: «A la disposition de Votre Seigneurie.»
Mais il serait indiscret de les prendre au mot.
[6] Le conseiller Bertault, qui accompagna la maréchal de Gramont
lorsqu'il alla demander pour le roi la main de l'infante Anne
d'Autriche, fait également mention de ces jeunes et modestes batelières.
Il est vrai de dire qu'un de ses contemporains, le Hollandais Van
Aarsens de Sommerdyck, est loin d'être aussi édifié des façons des dames
du pays. Il raconte, avec un juste sentiment de pudeur alarmée, que ces
femmes s'abritent du soleil en relevant leurs jupes sur leurs têtes,
sans se préoccuper le moins du monde des bienséances. (_Voyage
d'Espagne_, p. 5.)
[7] Madame d'Aulnoy fait mention de patagons, de ducats, de piastres, de
pièces de huit réaux. Ces pièces avaient la même valeur, seulement les
patagons étaient monnayés en Flandre et en Franche-Comté à l'effigie de
l'archiduc Albert et de l'archiduchesse Isabelle. Les ducats étaient
monnayés dans le duché de Milan; les pièces de huit réaux, de même que
les réaux d'argent et de cuivre, en Espagne. Les rapports des pièces de
huit réaux avec les monnaies de France varièrent légèrement pendant le
cours du dix-septième siècle. Elles se rapprochaient généralement de la
valeur de l'écu d'or de Henri III, soit trois livres ou soixante sols.
Les rapports de ces pièces d'argent avec les pièces de cuivre nommées
réaux de vellon, au contraire, varièrent énormément, par la raison que
la monnaie d'argent sortait de l'Espagne avec une rapidité telle, que
les paiements dans l'intérieur du pays ne se faisaient qu'en monnaie de
cuivre. Nous trouvons à cet égard un renseignement précieux dans le
Journal du conseiller Bertault: «Un ducat, dit-il, est un peu moins
qu'une pièce de cinquante-huit sols, qui vaut huit réaux de plata
(argent), mais on n'en trouve pas. Tout se compte par quartos et ochavos
qui sont de cuivre et qu'ils appellent de vellon. Ainsi, un réal de
huit, qui est une pièce de cinquante-huit sols, vaut de douze et demi à
treize réaux de vellon (au lieu de huit réaux d'argent). Un ducat n'est
que de dix à onze (réaux de vellon), quarante à quarante-cinq sols de
France.» Cette proportion se rapporte à l'année 1660. Il est bon
d'observer aussi que les piastres frappées au Mexique étaient d'une
valeur beaucoup plus considérable que les piastres d'Espagne, mais nous
n'avons pas à nous en occuper.
[8] Le roi d'Espagne n'avait droit de tenir garnison que dans ces deux
villes. Le désarroi des finances était tel, que des places comme
Pampelune tombaient en ruine et étaient à peine gardées. Le Hollandais
Van Aarsens en fit l'observation lorsqu'il alla visiter cette place:
«Afin que nous ne la trouvassions pas si dépourvue de monde, dit-il, on
y avait fait entrer bon nombre de paysans qu'on mêla parmi les soldats.
Mais il nous fut aisé de les reconnaître, parce que, outre qu'ils
n'avaient pas la mine de traîneurs d'épée, la plupart n'en portaient pas
et faisaient la parade avec un simple mousquet ou quelque vieille
pique.» (_Voyage d'Espagne_, p. 339.)
[9] Nous ne saurions dire si ce personnage est de fantaisie. Il n'était
point assurément le neveu du duc d'Albe; mais le généalogiste Imhof, qui
cite souvent madame d'Aulnoy, pense que Don Fernand de Toledo
appartenait à une branche cadette éloignée des Toledo, ducs d'Albe. En
effet, madame d'Aulnoy dit plus loin qu'il était beau-fils du marquis de
Palacios. Or, Don Pedro Ruiz de Alarco Ledezma y Guzman, second marquis
de Palacios, avait épousé Dona Blanca de Toledo, huitième dame de Las
Higuarez. Imhof pense que cette Dona Blanca de Toledo avait pu avoir
d'un premier mariage ce fils qui, suivant l'usage assez général des
cadets en Espagne, aurait pris le nom de sa mère. En ce qui touche les
trois autres cavaliers qui vinrent rejoindre madame d'Aulnoy, nous ne
saurions rien affirmer. (Imhof, _Généalogie de vingt familles illustres
d'Espagne_.)
[10] Il nous semble à propos de donner quelques explications à ce sujet.
Lors de leur réunion à la couronne de Castille, les provinces basques,
Alava, Viscaya et Guipuscoa, avaient expressément stipulé le maintien de
leurs priviléges. Les Basques, n'ayant jamais subi le joug des Maures,
étaient considérés comme hidalgos. En conséquence, ils ne payaient pas
d'impôts au roi, ils ne pouvaient être jugés que par les tribunaux de
leur pays, avaient seuls droit aux emplois et jouissaient d'une liberté
de commerce illimitée avec leurs voisins. Chaque province était
gouvernée par une junte, dont l'organisation était à peu près partout la
même. La junte était élue par tous les habitants indistinctement, pourvu
qu'ils fussent d'origine basque et chrétienne. Elle votait les lois, les
règlements de police, fixait la quotité des impôts et du don gratuit
qu'elle accordait au roi. Lorsqu'elle se séparait, elle déléguait les
pouvoirs à une commission, qui se partageait les diverses attributions
du gouvernement, nommait aux emplois, administrait les fonds
provinciaux, rendait la justice, pourvoyait à la défense du pays, et
veillait surtout à ce que le roi n'empiétât pas sur ses priviléges et
n'amenât pas de troupes étrangères dans la province. Le roi, à son
avénement, se rendait en Biscaye sous l'antique chêne de Guernica,
jurait de respecter les fueros. Les délégués de la junte prêtaient le
même serment en prononçant, la main étendue sur le _machete vittoriano_:
«Je veux que ce couteau me coupe la gorge si je ne défends pas les
fueros.» (Llhorente, _Provincias Vascongadas_, t. II; _passim._, Weiss,
t. I, p. 210.)
[11] Les vivres, en effet, étaient si rares, que Gourville, se rendant à
Madrid, se vit dans la nécessité de faire faire du biscuit pour son
voyage. (_Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France_, t.
XXIX, p. 552.)
[12] Madame d'Aulnoy ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle était dans
l'erreur.
[13] Les mystères du moyen âge, on le voit, s'étaient perpétués en
Espagne. Ils étaient fort plats, parfois même grotesques, si nous devons
en croire madame d'Aulnoy; mais nous n'acceptons pas son jugement d'une
façon absolue. Pour apprécier avec équité ce genre de représentations,
il faut lire les _autos sacramentales_ du dix-septième siècle. La valeur
littéraire en est incontestable. Nous n'essayerons pas de le démontrer.
Nous nous bornerons à dire que les grands auteurs de cette époque se
faisaient tous honneur d'écrire des _autos_. Calderon, entre autres, du
jour où il entra dans les ordres, consacra sa plume à la scène
religieuse, et l'éleva à la hauteur de son génie. Les _autos_ qu'il nous
a laissés peuvent être considérés comme les modèles du genre. Ils
reflètent dans toute leur énergie les sentiments ardents et mystiques de
la chevalerie espagnole, les qualités et les défauts de ses
contemporains, leur emphase, leur morgue, leur foi et leur superstition.
Le langage qu'il prête à ses héros est brillant à l'excès. Les
situations qu'il imagine, sont souvent invraisemblables, mais toujours
essentiellement dramatiques. Le lecteur en pourra juger par une esquisse
du plus célèbre de ses _autos_: _La Dévotion à la Croix_; nous la
donnerons plus loin, appendice _A_.
[14] Il s'agit ici des saynètes, intermèdes comiques fort connus
maintenant en France par d'heureuses imitations dues à la plume de
Prosper Mérimée.
[15] Il en était encore ainsi en 1823. Acteurs et spectateurs
s'agenouillaient, s'il leur arrivait d'entendre la sonnette qui
annonçait aux fidèles le passage du Saint-Sacrement. Les officiers de la
garnison française de Barcelone s'égayèrent de cet usage, et, comme on
jouait à cette époque le _Barbier de Séville_, ils se procurèrent la
sonnette de l'église voisine et la firent tinter juste au moment où
Figaro savonne le menton de son patron. Il en résulta une scène ridicule
qui fit quelque scandale dans la ville.
[16] Arrivée à la frontière de la Castille, madame d'Aulnoy rencontra
pour la première fois une ligne de douane. Ce n'est pas là une des
moindres singularités de son voyage. Les marchandises qui venaient de
France en Biscaye n'acquittaient pas de droits; mais celles qui
s'échangeaient entre la Biscaye, la Castille et la Navarre, ne
jouissaient pas de cette franchise. Les deux grands royaumes de Castille
et d'Aragon se trouvaient enfermés dans leurs lignes de douanes
respectives et s'efforçaient de protéger leur industrie à l'aide de
tarifs, comme s'ils eussent été des pays rivaux. De plus, chaque ville
avait ses péages et ses octrois. Les voyageurs, qui se trouvaient ainsi
arrêtés à chaque pas, s'en étonnaient, mais à tort. L'Espagne, en effet,
n'était qu'une agrégation de petites souverainetés, qui lors de leur
réunion à la couronne, avaient toujours eu grand soin de stipuler leurs
privilèges. Elles tenaient au maintien des droits qu'elles imposaient
aux marchandises étrangères, non-seulement en raison de leurs vieilles
rivalités, mais encore en raison de leurs intérêts matériels. Ces péages
formaient une partie de leur revenu et étaient affermés. Les fermiers
acceptaient naturellement de fort mauvaise grâce les passe-ports qui les
frustraient de leurs bénéfices; ils ne cédaient qu'en présence d'une
délibération du Conseil d'État, revêtue de la signature du Roi; encore
cette délibération devait-elle être confiée à un alcade de la Cour, qui
parfois recourait à la force. On en trouvera un exemple curieux, mais
trop long à rapporter ici, dans le voyage du Hollandais Van Aarsen de
Sommerdyck, pp. 256-292.
[17] La licence de la soldatesque fut la cause de ce soulèvement; mais
elle ne saurait expliquer à elle seule l'hostilité persistante de la
Catalogne, hostilité qu'atteste une longue suite de révoltes. Nous
croyons devoir en signaler la cause réelle, car elle ajoute un trait à
la physionomie de l'Espagne:
Les couronnes d'Aragon et de Castille se trouvèrent réunies par le
mariage de Ferdinand et d'Isabelle, mais ce fut là un fait purement
politique. Isolés par leurs âpres montagnes, les Aragonais, les Catalans
surtout, demeurèrent complétement étrangers aux Castillans. Ils
nourrissaient contre eux les mêmes sentiments d'animosité qui
signalèrent longtemps les relations des Anglais et des Écossais après
l'avènement du roi Jacques au trône d'Angleterre. Bien qu'ils se
gouvernassent par eux-mêmes et qu'ils n'eussent ainsi guère à se
plaindre de l'autorité royale, ils étaient toujours disposés à entrer en
lutte avec elle. L'esprit qui les animait devait se révéler encore une
dernière fois, lorsque Philippe V monta sur le trône. Ils ne manquèrent
pas de prendre parti contre le souverain qu'ils considéraient comme le
souverain des Castillans, et nous ne serions pas étonné qu'on trouvât
encore chez eux des traces de cette haine.
[18] Nous avons eu la curiosité de vérifier ce fait, qui en lui-même
n'avait pas d'importance, mais qui pouvait nous donner la mesure de la
véracité de madame d'Aulnoy. Il s'est trouvé parfaitement exact. En
effet, Don Luis d'Aragon Cordova y Cardona, sixième duc de Segorbe et
septième duc de Cardona, avait eu de son premier mariage avec Dona Maria
de Sandoval y Roxas, duchesse de Lerme, une fille unique, Dona Catarina
Antonia, qui épousa le duc de Medina-Celi et lui apporta, par la suite,
tous les biens de sa maison. Le duc de Cardona épousa en secondes noces
Dona Maria Teresa de Benavides, fille du comte de San Estevan, dont il
n'eut point d'enfant. Dona Maria Teresa, restée veuve, épousa Don Inigo
Melchior de Velasco, duc de Frias, et engagea le procès dont il est
question contre la duchesse de Medina-Celi.
[19] Le duché de Cardona comprend, en effet, le territoire de Solsona,
où se trouvent de célèbres carrières de sel.
[20] Lors de sa fuite en Espagne, le cardinal de Retz passa par
Saragosse, où il arriva accompagné de cinquante mousquetaires montés sur
des ânes. Il visita l'église de Notre-Dame del Pilar. Il y vit un homme
qui, au su de toute la ville, n'avait jamais eu qu'une jambe et s'en
était trouvé deux, grâce à l'intercession de la Vierge et à des onctions
répétées faites avec de l'huile des lampes qui brûlaient devant son
image. On célébrait à cette occasion une fête qui attirait plus de vingt
mille personnes. (_Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de
France_, t. XXV, p. 450.)
[21] Il existe une _Vie de Maria Calderona_, imprimée à Genève en 1690.
Il n'y est nullement fait mention de son aventure avec le duc de
Medina-de-las-Torres. Le Roi s'en éprit du jour où elle débuta sur la
scène. Elle n'avait point de beauté, mais infiniment de grâce, d'esprit
et de charme dans la voix. Néanmoins, la version que donne madame
d'Aulnoy était fort accréditée en Espagne.
[22] Cette fable était répandue par les partisans de Don Juan qui
aspira, à ce qu'il semble, un instant à la couronne malgré sa bâtardise.
Une lettre de Louis XIV au chevalier de Gremonville témoigne que
l'opinion générale acceptait le récit dont parle madame d'Aulnoy.
(_Négociations relatives à la succession d'Espagne_, t. III, p. 390.)
[23] Les reines d'Espagne, à la mort de leurs époux, se retiraient dans
le couvent de las Descalzas Reales et, par un usage bizarre, les
maîtresses du Roi étaient obligées d'en faire autant lorsqu'il venait à
se séparer d'elles.
[24] A l'âge de quatre ans, le roi Charles II pouvait à peine marcher et
parler. Il était debout, dit l'archevêque d'Embrun, appuyé sur les
genoux de la señora Miguel de Texada, menine qui le soutenait par les
cordons de sa robe. Il porte sur sa tête un petit bonnet à l'anglaise
qu'il n'a pas la force d'ôter, ainsi qu'il l'aurait fait autrement
lorsque je m'approchai de lui avec M. le marquis de Bellefond. Nous n'en
pûmes tirer aucune parole, sinon celle qu'il me dit: _cubrios_, et sa
gouvernante, qui était à la droite de la menine, fit quelques réponses à
nos compliments. Il est extrêmement faible, le visage blême et la bouche
tout ouverte, ce qui marque quelque indisposition de l'estomac, ainsi
que les médecins en demeurent d'accord; et quoique l'on dise qu'il
marche sur ses pieds et que la menine le tient seulement par les cordons
pour l'empêcher de faire un mauvais pas, j'en douterais fort, et je vis
qu'il prit la main de sa gouvernante pour s'appuyer en se retirant.
Quoiqu'il en soit, les médecins jugent mal de sa longue vie, et il
semble que l'on prend ici ce fondement pour règle de toutes les
délibérations. (_Négociations relatives à la succession d'Espagne_, t.
I.)
[25] Le maréchal de Gramont fait en ces termes le portrait de la nation
espagnole: Nation, dit-il, fière, superbe et paresseuse. La valeur lui
est assez naturelle, et j'ai souvent ouï dire au grand Condé qu'un
Espagnol courageux avait encore une valeur plus fine que les autres
hommes. La patience dans les travaux et la constance dans l'adversité
sont des vertus que les Espagnols possèdent au dernier point. Les
moindres soldats ne s'étonnent que rarement des mauvais événements....
Leur fidélité pour le Roi est extrême et louable au dernier point. Quant
à l'esprit, ou voit peu d'Espagnols qui ne l'aient vif et agréable dans
la conversation, et il s'en trouve dont les saillies (agudezas) sont
merveilleuses. Leur vanité est au delà de toute imagination, et, pour
dire toute la vérité, ils sont insupportables à la longue à toute autre
nation, n'en estimant aucune dans le monde que la leur seule.... Leur
paresse et l'ignorance, non-seulement des sciences et des arts, mais
quasi-généralement de tout ce qui se passe de l'Espagne, vont presque de
pair et sont inconcevables. (_Collection des Mémoires relatifs à
l'Histoire de France_, t. XXXI, p. 524.)
[26] L'incurie espagnole a perpétué jusqu'à nos jours un règlement du
dix-septième siècle, qui avait pour but de faciliter les diverses
professions. Ce règlement s'appliquait alors avec une telle rigueur, que
l'aubergiste du Hollandais Van Aarsen de Sommerdyck fut traduit en
justice pour avoir engraissé des volailles qu'il destinait à la table de
ses hôtes. La police se mêlait, on le voit, des moindres détails.
[27] Chaque église avait ainsi sa légende. Le conseiller Bertault fut
invité à faire ses oraisons devant une cage de poules merveilleuses que
l'on conservait dans l'église de San Domingo de la Calzada, près de
Najera. Au dire du sacristain, un homme qui avait été pendu et qui, pour
le bon exemple, était depuis plusieurs années resté accroché à la
potence, appela de toutes ses forces un passant et le pria d'aller chez
le corrégidor pour obtenir qu'il fût décroché de sa potence, et qu'il
pût aller expliquer par quelle suite d'erreurs il avait été condamné. Le
passant trouva le corrégidor fort incrédule; c'était, à ce qu'il semble,
un esprit fort frisant l'hérétique. Il répondit qu'il croirait à ce
miracle si le poulet rôti qu'on venait de lui servir venait à
ressusciter. A l'instant, le poulet se dressa sur ses pattes et se mit à
chanter. Le corrégidor, touché cette fois, courut à la potence, délivra
son homme dont l'innocence ne tarda pas à être établie. En souvenir de
cette intervention de Dieu, le poulet fut précieusement recueilli, placé
comme une relique dans l'église, et devint l'auteur de la vénérable
famille que le conseiller Bertault avait sous les yeux. (_Journal d'un
Voyage en Espagne_, p. 17.)
[28] Les Velasco, ducs de Frias.
[29] Le besoin du vrai, si repoussant qu'il soit, dit un de nos
contemporains, est un trait caractéristique de l'art espagnol: l'idéal
et la convention ne sont pas dans le génie de ce peuple, dénué
complètement d'esthétique. La sculpture n'est pas suffisante pour lui;
il lui faut des statues coloriées, des madones fardées et revêtues
d'habits véritables. Jamais, à son gré, l'illusion matérielle n'a été
portée assez loin, et cet amour effréné du réalisme lui a fait souvent
franchir le pas qui sépare la statuaire du cabinet de figures de cire de
Curtius.
Le célèbre Christ si révéré de Burgos, que l'on ne peut faire voir
qu'après avoir allumé des cierges, est un exemple frappant de ce goût
bizarre. Ce n'est plus de la pierre, du bois enluminé: c'est une peau
humaine (on le dit, du moins), rembourrée avec beaucoup d'art et de
soin. Les cheveux sont de véritables cheveux; les yeux ont des cils, la
couronne d'épines est en vraies ronces, aucun détail n'est oublié. Rien
n'est plus lugubre et plus inquiétant à voir que ce long fantôme
crucifié, avec son faux air de vie et son immobilité morte; la peau,
d'un ton rance et bistré, est rayée de longs filets de sang si bien
imités, qu'on croirait qu'il ruisselle effectivement. Il ne faut pas un
grand effort d'imagination pour ajouter foi à la légende, qui raconte
que ce crucifix miraculeux saigne tous les vendredis. Au lieu d'une
draperie enroulée et volante, le Christ de Burgos porte un jupon blanc
brodé d'or qui lui descend de la ceinture aux genoux; cet ajustement
produit un effet singulier, surtout pour nous qui ne sommes pas habitués
à voir Notre-Seigneur ainsi costumé. Au bas de la croix sont enchâssés
trois oeufs d'autruche, ornement symbolique dont le sens m'échappe, à
moins que ce ne soit une allusion à la Trinité, principe et germe de
tout. (Théophile Gautier, _Voyage en Espagne_, p. 50.)
[30] Les historiens, entre autres Dunlope, attribuent la répression des
troubles de Sicile, les uns au comte de San Estevan, les autres au
marquis de Las-Navas. Il est facile de les mettre d'accord; ces deux
titres appartenaient au même personnage, Don Francisco de Benavides de
la Cueva Davila y Torella, neuvième comte de San Estevan del Puerto,
marquis de Solera et de Las-Navas, comte de Concentaina et de Risco,
capitaine général de Sardaigne, puis de Sicile et de Naples. Revenu en
Espagne en 1696, il fut nommé conseiller d'État, cavallerizo mayor, puis
mayordomo mayor; la même année, il se couvrit devant le Roi.
[31] Le Roi d'Espagne n'était représenté à Messine que par le
_Stradico_, dont la nomination lui était réservée. Toutes les affaires
passaient par les mains des sénateurs élus par la noblesse et le peuple
et les jurats qui représentaient les vingt métiers de la bourgeoisie. La
ville avait des priviléges considérables qu'elle prétendait remonter au
temps d'Arcadius; entre autres, elle déterminait ses impôts et exerçait
une juridiction sans appel sur tout le territoire environnant. Restée
fidèle au Roi d'Espagne lors de l'insurrection de 1647, elle avait
obtenu à cette époque le monopole des soies de Sicile. Ce monopole
souleva de telles plaintes, que le Roi Charles II se vit dans la
nécessité de l'abolir. La ville de Messine, à son tour, envoya des
députés porter ses plaintes à Madrid et eut l'étrange idée de demander
pour eux le traitement accordé aux ambassadeurs des têtes couronnées.
Charles II repoussa cette prétention et, de plus, il maintint sa
décision première. Il en était résulté à Messine un sentiment
d'irritation qu'étaient venus aggraver des démêlés avec le Stradico, Don
Luis de Hojo. Ce personnage, usant de la politique habituelle aux
Espagnols, mit la faction populaire des Merli aux prises avec la faction
aristocratique des Malvezzi. Les Malvezzi, poussés à bout, appelèrent à
leur aide la flotte française, qui, après avoir occupé quelque temps la
ville, dut s'éloigner et abandonna ainsi Messine à la vengeance du Roi
d'Espagne.
[32] Madame d'Aulnoy exagère en cette circonstance les rigueurs de
l'Espagne. L'amnistie accordée par le Roi fut respectée; mais, trois
mois après l'entrée des troupes espagnoles à Messine, un complot ourdi
dans le but de livrer la ville aux Turcs amena une répression infiniment
plus violente que la première. Vingt habitants furent condamnés à mort,
soixante aux galères, quarante au bannissement. Les biens des fugitifs
furent confisqués et les priviléges de la ville modifiés, ainsi que le
dit madame d'Aulnoy.