L’art de l’_horlogerie_ ne paraît avoir été introduit au Japon d’une

façon régulière qu’à une époque assez récente. Anciennement les

insulaires employaient la clepsydre pour mesurer le temps. Il faisaient

aussi usage de petits bâtonnets à encens, dont la combustion lente et

régulière indiquait les divisions du jour. On voit figurer, il est vrai,

dans la grande Encyclopédie japonaise[228], dont la publication

primitive remonte au commencement du XVIIIe siècle, une horloge à

sonnerie désignée sous le nom de _to-kei_[229]; mais ce produit est de

provenance hollandaise.

Aucun peuple n’a poussé plus loin que les Japonais la perfection de

l’art de la _menuiserie_. Soit que cet art s’applique à la construction

des bâtiments, soit qu’il se manifeste dans la fabrication de petits

objets de tabletterie, il se traduit par des produits d’une délicatesse

incomparable. Les simples caisses d’emballage sont assemblées avec un

soin dont on ne trouve point d’exemple dans les autres pays. Les

menuisiers japonais ne font pas usage de clous, mais de petites

chevilles de bois d’une propreté et d’une justesse étonnantes. Parmi

les essences dont ils se servent, il faut citer le camphrier: les

caisses faites avec cet arbre ont l’avantage de préserver les objets

qu’elles renferment des attaques des insectes.

L’industrie des _jouets d’enfant_, si développée au Japon, produit une

foule d’objets d’amusement qui font honneur à l’imagination des

indigènes. Un certain nombre de ces objets ont été imités en Europe et

ont fait la fortune de ceux qui les ont répandus parmi nous.

Je mentionnerai également en passant ces charmants petits _objets

d’ivoire_ qui sont l’ornement des vitrines de nos collectionneurs et sur

lesquels on voit parfois incrustés de la façon la plus gracieuse des

insectes aux mille couleurs.

Si je n’étais exposé à prolonger outre mesure cette conférence, il

faudrait encore vous parler du _bambou_ que les Japonais utilisent d’une

foule de façons différentes au point de vue ornemental, alimentaire,

industriel et médical. Un savant botaniste français qui a composé une

monographie du bambou au Japon[230], dit avec raison que ce végétal est,

pour les insulaires de l’extrême Orient, le plus grand de leurs trésors.

L’_imprimerie_, cultivée au Japon depuis plus de sept siècles, y a été

l’objet de nombreux perfectionnements. A une époque très reculée, mais

dont nous n’avons pu parvenir encore à découvrir la date précise, les

moines japonais faisaient usage de planches de pierre dans lesquelles

ils gravaient en creux les textes de leurs livres sacrés, afin d’en

obtenir des copies multiples au moyen d’une encre appliquée sur les

parties non creusées. Les épreuves, qui résultaient de ce mode

d’impression, donnaient des lettres blanches sur un fond noir.

Suivant un autre procédé, on remplissait les parties creuses d’une

composition résineuse, et on encrait les caractères ainsi formés à

l’aide d’un tampon. Il resterait à savoir comment ils s’y prenaient pour

ne pas noircir la pierre entière, car l’ignorance en chimie des anciens

Japonais ne permet pas de supposer qu’ils aient alors connu la ressource

de l’eau acidulée employée par nos lithographes.

Les planches de bois dont l’usage était universellement répandu dans le

Nippon, n’y furent employées vraisemblablement qu’à une époque plus

récente. On se sert pour les graver des mêmes procédés qu’à Canton. Le

système de l’écriture japonaise, infiniment plus compliqué qu’aucun

autre système connu, semblait repousser toute tentative de reproduction

des textes en types mobiles.

Les ouvrages les plus ordinaires, comme les plus précieux, si l’on en

excepte les livres de haute littérature écrits avec le concours de

caractères chinois droits, sont reproduits dans une écriture tellement

cursive qu’il est rare de rencontrer, dans deux auteurs différents, le

même signe tracé d’une manière absolument semblable. Si l’on ajoute à

cela que les lettres japonaises sont susceptibles de ligatures, comme

par exemple les lettres arabes dans l’écriture persane appelée _tahliq_,

on comprendra combien il est difficile de réduire à des éléments

typographiques les groupes complexes et constamment enchevêtrés qui

pullulent dans les impressions xylographiques.

Ces difficultés n’ont pas rebuté les Japonais; et, dès le XVIIe

siècle, ils avaient fait quelques remarquables essais de reproduction de

textes cursifs en caractères mobiles. L’impression en couleur avait fait

de notables progrès chez les Japonais, qui se sont montrés, dans cet

art, infiniment supérieurs aux autres populations asiatiques. Le nombre

des nuances qu’ils ont employées au rouleau, et surtout la multiplicité

des teintes, tout à la fois pures et variées à l’infini, dépassent la

plupart des essais tentés jusqu’ici en Europe. Le relief qu’ils ont su

donner, avec une remarquable originalité, à quelques-uns de leurs

dessins, et l’emploi des métaux à l’aspect les plus divers, sont encore

dignes de la sollicitude de nos imprimeurs européens.

La fabrication de l’encre, dite _encre de Chine_, est connue au Japon

depuis plus de huit cents ans. On sait que, pendant longtemps, on a

vainement essayé d’imiter cette encre en Europe. Suivant l’Encyclopédie

japonaise, on se servait primitivement pour sa composition d’une sorte

de terre noire; ce qui explique pourquoi, dans l’écriture idéographique

usitée dans le pays, on a choisi, pour désigner l’encre, un caractère où

les signes «noir» et «terre» se trouvent combinés. Plus tard on fit

usage du noir de fumée, et on y ajouta des aromes.

L’éditeur japonais de l’ouvrage que je viens de citer ajoute:

«Tant anciennement qu’aujourd’hui, l’encre provient de la capitale du

Sud. Ceux qui la fabriquent avec le plus de succès, emploient du noir de

fumée préparé à l’huile de lin pour la première qualité; ils y ajoutent

du camphre et du musc. La qualité inférieure se prépare avec du noir de

fumée de sapin.» L’encre dite de la _Grande-Paix_ est fabriquée

principalement à Ohosaka avec du noir de sapin; elle peut être employée

pour l’impression.

Le _papier_ japonais mérite également l’attention des fabricants

européens, tant par la finesse de son grain, très favorable pour

certaines impressions, notamment pour les épreuves de gravures en

taille-douce, que par sa prodigieuse solidité. Cette dernière qualité

l’a rendu propre à la fabrication de cordage d’une force de résistance

peu commune. Il a été employé, au Japon, pour une foule d’usages,

notamment pour la confection de vêtements d’hommes, de robes de dames,

de parapluies et de parasols, de tentes de voyage, etc., etc.

La _bijouterie_, sans constituer une branche de commerce bien

considérable, n’est pas sans importance dans les grandes villes du

Nippon. La taille des pierres dures ne paraît pas avoir été connue des

insulaires avant l’arrivée des Européens; et, de nos jours encore,

c’est à peine si elle est répandue dans le pays. On trouve cependant,

dans les livres indigènes, la mention de gemmes employées comme

ornements à des époques fort reculées; mais on n’a pas encore étudié

suffisamment l’histoire de l’ancienne bijouterie japonaise, pour pouvoir

en parler avec quelque autorité.

Les objets d’or et d’argent ouvrés ne sont pas rares. Quelques-uns sont

merveilleusement ornés. Les insulaires emploient aussi avec avantage une

composition de divers métaux qu’ils nomment _syaku-do_, qui est

susceptible de recevoir un beau poli et produit l’effet d’un émail.

Les perles fines[231] sont fort recherchées des dames. Elles forment un

des ornements les plus appréciés de leurs épingles à cheveux ou de leurs

boucles d’oreilles. C’est principalement sur les côtes d’Owari, d’Isé

et de Satsouma, qu’on pêche l’huître qui renferme les perles fines. Dans

le commerce, on en distingue deux espèces principales: les perles dites

_gemmes d’argent_,[232] et les perles dites _gemmes d’or_[233]. Ces

dernières surtout sont très prisées des amateurs, tant pour la pureté de

leur eau que pour l’éclat de leurs reflets, d’un jaune légèrement rosé.

Enfin, il faut citer parmi les _produits secondaires_ de l’industrie

japonaise les miroirs[234], les éventails[235], les chapeaux de

bambou[236], les parapluies et les parasols, etc.

Les Japonais sont parvenus d’eux-mêmes à de remarquables résultats, en

ce qui touche la _fonte des métaux_. Aucun peuple ne les a surpassés

dans la trempe de l’acier, et leurs lames les plus parfaites

l’emportent sur les plus fameux produits de Solignen et de l’ancien

Damas.

Tout le monde connaît les anciens bronzes japonais, si recherchés,

aujourd’hui surtout, pour la décoration de nos appartements. On sait

aussi qu’ils avaient inventé des procédés de patine que l’on est à peine

arrivé à imiter en Europe d’une façon tout à fait satisfaisante.

Les Japonais se sont également distingués dans l’art de fabriquer les

_émaux_, dont ils se servent soit pour revêtir des surfaces, soit pour

imiter des pierres précieuses. Le plus souvent l’émail est employé sous

la forme à laquelle on a donné le nom d’émail cloisonné. Les plus

anciens émaux ne sont guère employés que pour servir de contour aux

ornementations; il sont dessinés dans le goût chinois. Puis viennent les

émaux à fonds bleus clair ou verts, avec des dessins plus savamment

combinés représentant des fleurs, des oiseaux ou des quadrupèdes. La

matière employée durant la période suivante est défectueuse, d’une

grande porosité, et les tons sont mats et sans netteté. L’art de

l’émailleur est en décadence au commencement de notre siècle. Enfin, une

époque de renaissance coïncide avec l’ouverture des ports du Japon au

commerce étranger. Au lieu de petits objets, tels que des grains de

chapelets, des boutons, des gardes d’épées, on fabrique de larges plats,

des vases de grande dimension, des objets de toutes sortes. Le fond est

le plus souvent vert foncé. La qualité de la matière est supérieure,

mais le dessin est devenu moins original, moins artistique.

Dans les temps modernes, les Japonais se sont adonnés à l’application

des émaux cloisonnés sur porcelaine et sur poterie. Les cloisonnés sur

cuivre sortent principalement de trois manufactures situées aux environs

de Nagoya, dans la province d’Owari; les cloisonnés sur porcelaine se

font surtout à Ohosaka et à Kyauto. Une fabrique a été établie, dans ces

dernières années, à Yokohama et une autre à Tôkyau; cette dernière a été

détruite dans un incendie.

Tel est, en résumé, le tableau succinct des sciences et de l’industrie

japonaises avant l’arrivée des Européens.

Une révolution scientifique et industrielle ne devait cependant plus

tarder longtemps à se manifester au Japon. Les relations des Hollandais

avec les indigènes du Nippon étaient devenues plus intimes par suite du

privilège commercial accordé exclusivement à la compagnie Batave.

Le gouvernement de Yédo conçut la pensée de créer un collège

d’interprètes, où les Japonais pourraient étudier la langue des Barbares

à Cheveux Rouges. Le projet fut réalisé en peu de temps de la façon la

plus satisfaisante.

Dès lors, les principaux ouvrages scientifiques qu’on fit venir des

Pays-Bas au Japon, furent traduits, commentés et publiés. C’est ainsi

que parut, entre autres, une édition sinico-japonaise des _Anatomische

Tabellen_ du médecin silésien Adam Kulm, publié avec la reproduction des

planches de l’édition originale, par le fils d’un interprète du

gouvernement, le docteur _Sugita Gen-paku_. Ce livre, dont on possède

quelques rares exemplaires en Europe, est d’une impression admirable et

l’un des monuments les plus curieux des premières tentatives des

Japonais pour s’initier à la connaissance de nos sciences et de nos

arts.

Par la suite, le gouvernement de Yédo demanda à la factorerie

hollandaise de Désima d’acquérir pour son compte divers instruments de

mathématiques et de chirurgie, ainsi que quelques livres de nature à

faire connaître plus en détail les progrès de la civilisation moderne.

Dans toutes les classes de la population, on vit alors se produire un

grand mouvement motivé par un ardent désir d’apprendre et de savoir. Les

personnages des classes les plus élevées voulurent être les premiers à

être initiés aux grandes découvertes de la science occidentale.

Quelques-uns d’entre eux devinrent, pour le milieu où ils vivaient, de

véritables savants.

Le Prince de Satsouma, l’un des plus puissants vassaux de l’empire,

s’adonna avec ardeur à l’étude de nos sciences exactes. Se trouvant un

jour en présence d’officiers de la marine néerlandaise, il leur demanda

ce qu’ils pourraient lui apprendre de nouveau au sujet de l’application

de la photographie aux observations barométriques. Cette question

déconcerta nos marins qui ne surent que répondre; car ils avaient

oublié, ou peut-être même ignoraient, qu’à l’observatoire de Greenwich,

on faisait usage d’appareils photographiques, pour constater d’une

manière plus rigoureuse les variations du baromètre, du thermomètre et

de l’hygromètre.

Ce ne fut toutefois qu’après la conclusion du traité avec les États-Unis

d’Amérique (1853), traité auquel nous devons l’ouverture définitive des

ports du Nippon, que les Japonais entrèrent de plain-pied dans les voies

de la civilisation européenne.

Parmi les présents offerts au taïkoun par le président de l’Union, se

trouvaient un télégraphe électrique et un petit chemin de fer,

comprenant, outre la locomotive, le tender et ses accessoires, les rails

et tout le matériel nécessaire pour établir une ligne modèle.

Il n’en fallut pas davantage pour exciter la curiosité enthousiaste des

indigènes, et pour leur donner l’ardent désir de connaître les autres

inventions d’un pays qui lui apportait en présent des objets aussi

étonnants et aussi inattendus.

Le mouvement était donné. Les membres des ambassades envoyées par le

syaugoun en Europe et en Amérique, revinrent dans leur pays, la tête

exaltée par toutes les merveilles qu’on avait étalées à leurs regards.

Ils racontèrent de point en point ce qu’ils avaient vu, et en firent

l’objet de publications populaires qui eurent pour la plupart un

brillant succès d’actualité.

Le Japon n’eut dès lors qu’une pensée: celle d’imiter l’Europe et de

cesser d’être Japonais, ou tout au moins asiatique. On demanda des

officiers instructeurs pour l’armée, des ingénieurs, des mécaniciens,

des médecins, des professeurs, des artisans de chaque spécialité; et, à

leur arrivée, on se mit en devoir de tout bouleverser, de tout

renverser, de raser l’édifice du passé, pour arriver plus vite à la

reconstruction d’un édifice nouveau.

La pensée bien arrêtée du gouvernement japonais était de se donner tout

d’abord les allures extérieures de la civilisation européenne. Le

mikado, dont le père ne donnait audience aux grands de sa cour qu’à demi

caché par un store derrière lequel il se tenait accroupi, a remplacé le

vêtement ample et traînant de ses aïeux, par le costume étriqué d’un

général européen. Sous ce costume, il n’hésite plus à se montrer aux

étrangers et à ses sujets vêtus du frac noir et coiffés du chapeau en

tuyau de poêle.

Les fonctionnaires de tout rang obtiennent des costumes analogues à ceux

que portent leurs pareils dans les monarchies de l’Occident. La forme

des édifices publics, l’ameublement des habitations, tout, en un mot,

se transforme de jour en jour à l’avenant.

A peine les Japonais eurent-ils reçu le télégraphe modèle que le

président des États-Unis avait envoyé en présent au syaugoun, qu’une

première ligne fut établie et mit en communication régulière le palais

d’été de ce prince et sa résidence à Yédo, sur une étendue d’environ six

milles[237].

Des lignes plus importantes ne tardèrent pas à être organisées; et, de

nos jours, le réseau télégraphique du Nippon tend à se développer avec

une remarquable rapidité. Une ligne principale met déjà en communication

Nagasaki et Yédo d’une part, et de l’autre Yédo avec le nord du Japon,

dont elle franchit les limites terrestres pour gagner, par un câble

sous-marin, _Hako-dade_, et atteindre de là jusqu’à _Satuporo_, la

nouvelle capitale de l’île de Yézo. En même temps, des traités conclus

avec de grandes compagnies européennes ont mis Yokohama en rapport

direct avec l’Europe par deux voies différentes, celle de la Sibérie et

celle de l’Inde.

Les Européens avaient des chemins de fer: il fallait que les Japonais en

eussent aussi. Au mois de juin 1872, un premier tronçon, reliant Yédo à

Yokohama, fut ouvert au public. Ce tronçon avait coûté un prix

exorbitant, mais peu importe: on ne pouvait plus dire qu’il n’y avait

pas de lignes ferrées au Japon. L’amour-propre national venait d’obtenir

une première satisfaction. Un autre tronçon fut établi entre Kobé et

Ohosaka. Les travaux qui doivent réunir cette dernière ville à Kyauto

sont poussés avec une grande activité. Des lignes plus considérables

sont à l’étude; de sorte que d’ici peu d’années, si cela continue, les

Japonais auront des chemins de fer dans toutes les directions. Il ne

leur manquera que des routes!

De nombreux bâtiments à vapeur, la plupart de petites dimensions,

tendent à remplacer, chaque jour, les jonques au moyen desquelles se

fait encore le cabotage sur toute l’étendue des côtes de l’empire.

La réorganisation militaire du Japon, entreprise sous la direction d’une

mission d’officiers français, a été effectuée en quelques années de la

façon la plus remarquable. Pourvue d’armes excellentes et fabriquées

suivant les derniers perfectionnements de l’art, l’armée japonaise se

trouve aujourd’hui dans des conditions incontestables de supériorité sur

toutes les armées asiatiques; et il n’y a pas à douter que, même en

présence des troupes européennes, elle ne présentât à ses ennemis une

très sérieuse résistance. Reste à savoir seulement, si les généraux,

peut-être un peu trop improvisés à la hâte, seraient en état de la

diriger et de la soutenir dans des circonstances difficiles. D’ailleurs,

elle attend avec une impatience facile à comprendre, mais difficile à

modérer, l’occasion de donner des preuves de sa valeur et de sa

discipline.

La marine a été, de son côté, l’objet de toutes les ambitions du

gouvernement japonais; malheureusement, les ressources financières de

l’empire, obérées par une foule de dépenses nécessaires ou inutiles,

mais qui étaient la conséquence fatale de la voie de réforme générale où

le pays s’était engagé, n’ont pas permis de former une flotte de guerre

sérieuse, aussi vite que la cour du mikado l’avait espéré. Elle se

compose de seize bâtiments, dont un navire cuirassé de provenance

américaine.

L’excellente création de l’arsenal maritime de Yokosuka, par un

Français, M. Verny, commencé en 1867, contribue puissamment à la

conservation et au développement du matériel naval des Japonais.

Tel est le tableau trop abrégé, sans doute, des principales

améliorations matérielles réalisées durant ces dernières années, dans la

pensée d’élever le Japon au niveau de la civilisation européenne. Ces

améliorations peuvent être jugées très insuffisantes; mais elles sont

d’un bon augure pour l’avenir, si on les continue avec un esprit de

suite et surtout d’une façon plus réfléchie et plus économique. C’est

beaucoup assurément que de mettre un pays en état de résister à

l’invasion étrangère, et de faire respecter son indépendance. C’est fort

peu, si la conséquence de ces réformes n’est pas d’agrandir les

ressources de la nation par une augmentation de production, d’ouvrir de

nouveaux débouchés aux fruits de son travail, et d’améliorer le sort du

peuple en lui facilitant le travail et l’économie, et surtout en ne lui

créant pas de nouveaux besoins.

L’avenir du Japon dépend aujourd’hui des mesures plus ou moins heureuses

qui seront prises pour y développer l’instruction publique et y répandre

la connaissance des sciences européennes. Quelques utiles résultats ont

été déjà obtenus. De tous côtés des écoles publiques ont été ouvertes,

et quelques grands établissements d’enseignement supérieur ont été

fondés avec le concours de professeurs anglais, français, allemands ou

américains.

Une Ecole de Médecine, établie primitivement à Nagasaki, a été

transférée à Yédo. Le nombre des professeurs japonais, qu’on a hâte de

nommer aussitôt que possible à la place de professeurs étrangers, y est

déjà supérieur à celui des Allemands, auxquels ont été primitivement

confiées les principales chaires.

Une École de Droit est dirigée par deux professeurs français, et une

espèce de Faculté des Sciences a été confiée à des professeurs anglais.

Enfin, il faut mentionner une École des Mines dirigée par des maîtres

allemands.

De la sorte, la jeune génération japonaise ne connaît plus, en fait de

sciences, que les sciences européennes; et avec l’intelligence dont elle

a déjà donné des preuves si éclatantes, il n’y a pas à douter qu’elle ne

dote bientôt l’empire du Soleil Levant d’une petite pléiade de savants

sérieux et autorisés.

Par contre, les arts et l’industrie, au lieu de progresser, semblent

entrer dans une voie très regrettable de laisser-aller et de décadence.

Les produits japonais sont, de jour en jour, de qualité plus inférieure;

et c’est à grand’peine s’ils arrivent à se maintenir sur les marchés, en

présence de la concurrence étrangère. Depuis l’ouverture des ports du

Japon aux étrangers, le commerce des laques a pris un grand

développement; il est même devenu un des articles d’exportation les plus

importants du pays. Seulement, l’avantage qu’ont trouvé les fabricants

indigènes à produire beaucoup et à bon marché, a nui considérablement au

mérite artistique de leurs ouvrages. Les laques anciennes l’emportent en

valeur, dans une énorme proportion, sur les laques modernes qui sont, à

première vue, d’un aspect agréable, il est vrai, mais qui ne remplissent

aucune des conditions de solidité et de bon goût si estimées dans celles

qu’on fabriquait au siècle dernier. Il fallut l’intervention active du

gouvernement de Yédo pour arracher cette grande branche d’industrie à

une décadence complète et définitive. Grâce à ses encouragements, les

ouvriers les plus habiles du Nippon se mirent à fabriquer de nouveau de

beaux laques qui, grâce à l’intervention de procédés perfectionnés, à

l’usage de couleurs qu’on n’avait pu encore employer, l’emportent même

parfois sur les meilleurs produits de l’ancien temps.[238]

La même décadence s’est manifestée dans presque toutes les autres

branches de l’industrie indigène. Il faut espérer que des mesures

également opportunes éviteront des désastres qui seraient, un jour ou

l’autre, la conséquence de cet abaissement général des produits

manufacturiers du Japon.

La civilisation japonaise conférences faites à l'école spéciale des langues orientales · 第 12 / 16 段