La ligne courbe représente le cours de la vie pratique, toute de

nécessité, de rapport avec nos proches, nos semblables, ou pleine de

ménagement pour autrui, de concessions réciproques, de sacrifices

mutuels. La ligne droite représente la vie théorique, l'idéal, l'idée

indépendante, absolue.

Mme PAPE-CARPENTIER.

¤---¤---¤

Cet extrait est tiré du livre _Le secret des grains de sable_ où

l'auteur recherche «les heureuses corrélations qui relient la

géométrie et le sentiment».

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

MOULIN

On peut comparer les mathématiques à un moulin d'un travail admirable,

capable de moudre à tous les degrés de finesse; mais ce qu'on en tire

dépend de ce qu'on y a mis, et comme le plus parfait moulin du monde

ne peut donner de la farine de froment si l'on n'y met que des cosses

de pois, de même des pages de formules ne tireront pas un résultat

certain d'une donnée incertaine.

HUXLEY.

¤---¤---¤

Les mathématiques sont comme un moulin à café qui moud admirablement

ce qu'on lui donne à moudre, mais qui ne rend pas autre chose que ce

qu'on lui a donné.

FARADAY.

¤---¤---¤

Il me semblait que résoudre un problème de géométrie par les

équations, c'était jouer un air en tournant une manivelle.

J.-J. ROUSSEAU.

¤---¤---¤

Lorsqu'on raisonne, on ne peut demander aux prémisses que ce qu'elles

contiennent.

Le calcul constitue une _méthode_ rapide d'analyse, pour résoudre les

problèmes. On pourrait, après coup, rétablir tous les intermédiaires.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

SANS AXIOMES

_La Géométrie sans axiomes_ est le titre d'un livre anglais de

Perronet Thomson, traduit par Van Tenac, où les axiomes, incorporés

dans les définitions, ne sont pas formellement énoncés.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

IMAGES LOINTAINES

Supposez maintenant que vous vous éloigniez de la terre avec une

vitesse _supérieure_ à celle de la lumière, qu'arrivera-t-il? Vous

retrouverez, à mesure que vous avancerez dans l'espace, les rayons

partis avant vous, c'est-à-dire les photographies, qui, de seconde en

seconde, d'instant en instant, s'envolent dans l'étendue.

Si, par exemple, vous partez en 1867 avec une vitesse égale à celle de

la lumière, vous garderez éternellement l'année 1867 avec vous. Si

vous allez plus vite, vous retrouverez les rayons partis aux années

antérieures et qui emportent avec eux les photographies de ces années.

Pour mieux mettre en évidence la réalité de ce fait, je vous prie de

considérer plusieurs rayons lumineux partis de la Terre à différentes

époques. Le premier est je suppose, celui d'un instant quelconque, du

1er janvier 1867. À raison de 75000 lieues par seconde, il a, au

moment où je vous parle, déjà fait un certain trajet depuis le moment

de son départ et se trouve maintenant à une certaine distance, que

j'exprimerai par la lettre A. Considérons maintenant un second rayon

parti de la Terre cent ans auparavant, le 1er janvier 1767: il est de

cent ans _en avance_ sur le premier, et il se trouve à une distance

beaucoup plus grande, distance que j'exprimerai par la lettre B. Un

troisième rayon, celui, je suppose, du 1er janvier 1667, est encore

_plus loin_, d'une longueur égale au trajet que parcourt la lumière en

cent ans. J'appelle C le lieu où en est ce troisième rayon. Enfin, un

quatrième, un cinquième, un sixième, sont respectivement des 1er

janvier 1567, 1467, 1367, etc., et sont échelonnés à des distances

égales, D, E, F, s'enfonçant de plus en plus dans l'infini.

Voilà donc une série de photographies terrestres échelonnées sur une

même ligne, de distance en distance, dans l'espace. Or _l'esprit_ qui

s'éloigne en passant successivement par les points A, B, C, D, E, F, y

retrouve successivement l'histoire séculaire de la Terre à ces

époques.

FLAMMARION.

¤---¤---¤

Un moraliste, plus ingénieux que solide, puise dans les considérations

précédentes un encouragement au bien. En effet, l'image d'un meurtre

ne disparaît plus et, à l'éternelle honte du meurtrier, cette image

qui s'envole dans l'espace proclame le crime jusqu'aux astres les plus

lointains.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

LOI DES SENSATIONS

Les sensations sont proportionnelles aux logarithmes des impressions

ou des excitations.

WEBER.

¤---¤---¤

C'est là un énoncé curieux et obscur attribué aussi à Fechner et qui a

été généralement contesté.

«C'est le propre des phénomènes vitaux, assure Bichat, d'échapper à

tous les calculs.» L'assertion est trop absolue, mais il faut être

prudent en ces délicates matières.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

PLUS GRANDS ET PLUS PETITS

La suite continue des nombres entiers, fractionnaires,

incommensurables, où le cas simple est très exceptionnel, est une

conception délicate.

¤---¤---¤

Quelque petit que soit un nombre, il y a exactement autant de nombres

plus petits que lui que de nombres plus grands, puisque à un nombre

quelconque correspond son inverse.

¤---¤---¤

On trouve dans les mathématiques des régions philosophiques--ce ne

sont pas les plus claires--où se complaisent certains esprits.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

NOMBRE MYSTÉRIEUX

Que celui qui a de l'intelligence compte le nombre de la bête... son

nombre est six cent soixante-six.

Il s'agit de l'Antechrist.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

ÊTRE OU NÉANT

Qu'est-ce que l'élément infinitésimal? C'est la grandeur décroissante

jusqu'à s'évanouir, et prise au moment où elle s'évanouit, car avant,

ce serait trop tôt, et après ce serait trop tard. C'est la grandeur

prise au moment où, cessant d'être quelque chose, elle n'est pas

encore rien du tout, c'est-à-dire au moment où elle participe à la

féconde identité de l'être et du néant.

HEGEL.

¤---¤---¤

Très subtil et peu clair.

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CONCILIATION

Le mouvement dans l'espace d'un corps soumis à l'action d'une force

donnée et partant d'une position aussi donnée doit être absolument

déterminé. C'est donc par une sorte de _paradoxe_ que les équations

différentielles dont ce mouvement dépend peuvent être satisfaites par

plusieurs équations qui remplissent en outre les conditions initiales

du mouvement.

POISSON.

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On peut rattacher à cette remarque deux travaux

philosophico-mathématiques plus ingénieux que solides. 1º _Accord de

la liberté morale avec les lois du mécanisme_, par Saint-Venant

(_Comptes rendus_ du 15 mars 1877); 2º _Conciliation du véritable

déterminisme avec l'existence de la vie et de la liberté morale_, par

Boussinesq (_Comptes rendus_ du 19 février et du 5 mars 1877.)

M. J. Bertrand dit à propos de ces tentatives:

«Quand une table rigide et pesante repose par plus de trois pieds sur

un sol parfaitement dur, l'effort supporté par chaque pied est

indéterminé. Le calcul l'affirme mais ni les physiciens ni les

géomètres ne l'ont cru un instant; ils se sont bien gardés surtout de

supposer à chaque pied la faculté de choisir, en lui prêtant une

volonté devenue indispensable».

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

CERTITUDES ANTÉRIEURES

Il y a des certitudes qui ne reposent pas sur l'expérience. Je sais

qu'il y a des polygones de 7, de 11, de 13 côtés, etc., tout en

sachant qu'on ne peut, actuellement du moins, les construire

géométriquement. On admet qu'il y a un carré égal à un cercle donné,

et personne ne s'avisera plus de chercher ce carré. Rien de plus aisé

que de former une équation du _m_^{e} degré, en se donnant au

préalable _m_ racines réelles ou imaginaires; l'équation une fois

formée, on sait qu'elle a ces racines et pourtant on ne peut pas

toujours les dégager.

Or, comment sait-on qu'il y a des polygones réguliers de 7, de 11, de

13 côtés, etc., qu'il y a un carré égal à un cercle donné...? Par un

raisonnement d'analogie et d'induction, celui-ci par exemple: Je sais

diviser une droite en 7 parties égales; si la circonférence était

rectifiée, je pourrais la diviser en 7 parties égales. Y a-t-il une

droite égale à une circonférence donnée? Oui, car une circonférence

est finie et peut croître indéfiniment par infiniment petits; une

ligne droite est dans le même cas, donc on peut faire croître une

ligne droite de manière à lui donner la longueur de la circonférence

proposée.

J. DELBOEUF.

¤---¤---¤

On peut être sûr de l'existence d'une figure sans savoir la

construire, d'un nombre sans savoir le calculer.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

COMMENCEMENT

Toutes les lacunes, tous les vides ne sont pas remplis, et ces

lacunes, ces vides se font surtout sentir dans ce qui semble tenir de

plus près aux connaissances préliminaires à la géométrie.

PONCELET.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

CONTINUITÉ

D'après le principe de continuité de Leibniz, le repos serait un

mouvement infiniment petit; la coïncidence, une distance infiniment

petite; l'égalité, la dernière des inégalités, etc.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

MUNITO

C'était surtout la manière dont ce chien faisait une addition qui

était curieuse à voir! Des chiffres étaient marqués sur des morceaux

d'os de la grandeur des dominos. Son maître lui posait trois ou quatre

rangées de trois ou quatre chiffres chacun, Munito regardait, puis,

s'il avait:

3

9

7

il allait prendre un carré d'os, et apportait au bas un neuf; puis il

retenait un, et allait ainsi jusqu'au bout sans la moindre erreur.

JAMES ROUSSEAU.

¤---¤---¤

D'après Delboeuf, les serins ne comptent que jusqu'à trois et une

chienne intelligente ne sait pas distinguer trois de quatre.

Houzeau croit que les mulets savent compter au moins jusqu'à cinq. Le

garde-chasse Leroy admet cette limite supérieure pour les corbeaux.

Romanes a enseigné à un chimpanzé à compter jusqu'à cinq.

Nous ne garantissons pas ces diverses assertions.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

SCEPTICISME MATHÉMATIQUE

Autrefois on prenait pour base de la géométrie abstraite l'espace

réel, avec les lois que l'expérience révèle, avec les trois dimensions

auxquelles sont soumis tous les corps qui tombent sous nos sens.

Aujourd'hui les géomètres s'affranchissent de ces conditions

vulgaires; ils supposent des espaces différents, à quatre, cinq, six

dimensions ou davantage; ils appliquent à ces hypothèses fantastiques

l'analyse mathématique, et les voilà partis, dans un monde imaginaire,

à la poursuite de conclusions très logiquement déduites, mais devant

lesquelles l'esprit se perd.

Puis, quand ils reviennent à ce vieil espace traditionnel au sein

duquel nous habitons, ils prétendent que ces lois n'ont pas, devant la

raison, plus de valeur que les espaces étranges où la somme des angles

d'un triangle est inférieure ou supérieure à deux angles droits, où

une courbe peut servir de parallèle à une ligne droite. Le résultat de

cette débauche d'analyse, c'est le scepticisme mathématique.

D'HULST.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

CHIMÈRES

La pierre philosophale, le mouvement perpétuel, la quadrature du

cercle, le désintéressement parfait, etc.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

DEUX ET DEUX

Vous ne rencontrez nulle part dans la nature deux objets identiques:

dans l'Ordre Naturel, _deux et deux ne peuvent jamais faire quatre_,

car il faudrait assembler des unités exactement pareilles, et vous

savez qu'il est impossible de trouver deux feuilles semblables sur un

même arbre..... Vous pouvez ajouter le ducat du pauvre au ducat du

riche, et vous dire au trésor public que ce sont deux quantités

égales; mais aux yeux du penseur l'un est certes moralement plus

considérable que l'autre.

H. DE BALZAC.

¤---¤---¤

Les mathématiques sont la science des formes et des quantités; le

raisonnement mathématique n'est autre que la simple logique appliquée

à la forme et à la quantité. La grande erreur consiste à supposer que

les vérités qu'on nomme _purement_ algébriques sont des vérités

abstraites ou générales. Et cette erreur est si énorme, que je suis

émerveillé de l'unanimité avec laquelle elle est accueillie. Les

axiomes mathématiques ne sont pas des axiomes d'une vérité générale.

Ce qui est vrai d'un rapport de forme ou de quantité est souvent une

grossière erreur relativement à la morale. Par exemple, dans cette

dernière science, il est communément faux que la somme des fractions

soit égale au tout.... Il y a une foule d'autres vérités mathématiques

qui ne sont des vérités que dans des limites de rapport. Mais le

mathématicien argumente incorrigiblement d'après ses _vérités finies_,

comme si elles étaient d'une application générale et absolue...

EDGAR POE (_La lettre volée_).

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

CRITÉRIUM

Quelques-uns disent que le mouvement excentrique ou d'extension paraît

indiquer une supériorité physique ou morale. Un professeur de

géométrie prétend qu'il juge très vite du caractère d'un élève par sa

manière de tracer spontanément une circonférence au tableau: les

_forts_ la tracent de dedans en dehors, les _mous_ de dehors en

dedans.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

ÂME DE LA TERRE

Kepler croyait que la terre a une âme qui la guide. «Cette âme,

dit-il, a le sentiment des raisons et des proportions géométriques;

c'est ainsi que la terre peut apprécier les distances, évaluer les

angles et reconnaître s'ils sont harmoniques ou incongrus.»

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

COEUR ET RAISON

Le coeur sent qu'il y a trois dimensions dans l'espace, et que les

nombres sont infinis; et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point

deux nombres carrés dont l'un soit double de l'autre. Les principes se

sentent, les propositions se concluent; et le tout avec certitude,

quoique par différentes voies. Et il est aussi ridicule que la raison

demande au coeur des preuves de ces premiers principes pour vouloir y

consentir, qu'il serait ridicule que le coeur demandât à la raison un

sentiment de toutes les propositions qu'elle démontre, pour vouloir

les recevoir.

PASCAL.

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Il a été donné à bien peu d'hommes de sentir aussi vivement les choses

abstraites.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

ABSTRACTIONS

Qu'est-ce que les mathématiques? Des sciences toutes _formelles_.

L'arithmétique et l'algèbre sont la rhétorique des nombres. On

raisonne et on raisonne, on déduit et on déduit, étant donné n'importe

quoi dans l'abstrait. On applique les principes généraux à des

problèmes particuliers et la solution de ces problèmes devient un

petit talent mécanique, comme la syllogistique du moyen âge, ou comme

la machine à raisonner de Raymond Lulle. La science même du mouvement,

la reine du siècle, la mécanique, roule encore sur des relations

formelles dans l'espace et dans le temps, et elle ne cesse pas de

déduire, de raisonner à perte de vue sur une hypothèse qui est

l'équivalent scientifique d'une matière de discours latin. Il est vrai

que, dans un cas, il faut raisonner juste; dans l'autre, ce n'est pas

nécessaire, et même, quand la cause à soutenir est mauvaise, il est

bon de déraisonner. Mais le mathématicien ne raisonnera pas mieux

qu'un autre dans la vie réelle parce qu'il sera habitué à raisonner

dans l'abstrait, à déduire des conséquences rectilignes d'une

hypothèse, non à observer et à réunir toutes les données de

l'expérience, non à induire, à deviner, à apprécier les probabilités.

L'esprit mathématique, dans la vie privée et dans la vie publique,

c'est l'art de ne voir qu'un des côtés de la question. Dans les

sciences mathématiques, nous faisons nous-mêmes nos définitions; dans

la réalité, c'est l'expérience qui nous les impose et, sans cesse, les

transforme, les corrige par des déterminations nouvelles. Nous

trouvons toujours dans les résultats plus que nous n'avions mis dans

nos définitions et dans nos principes. Nous avions dit: deux et deux

font quatre, et nous trouvons cinq; nos étroites formules sont

débordées par la nature et par la vie.

ALFRED FOUILLIÉE.

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Selon d'Alembert, pour acquérir la sagacité, cette qualité première de

l'esprit, il faut s'exercer aux démonstrations rigoureuses, mais ne

pas s'y borner.

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BENZINE

La benzine, pour l'allemand, c'est C^{6}H^{6}, un hexagone ou un

parallélépipède, puisque cette tendance amène à représenter les corps

chimiques par des images géométriques ou des formules d'algèbre; la

benzine, pour l'anglais, est un produit qui sert à détacher.

LÉON A. DAUDET.

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On connaît le mot de Lagrange: la chimie devient aussi facile que de

l'algèbre.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

SYMBOLES

Dans les mathématiques le raisonnement est devenu automatique à un si

haut degré, que les mathématiciens ont presque tous perdu de vue le

point de départ, et qu'on les étonne beaucoup, quand on leur rappelle

que les symboles des mathématiques ne sont pas de pures créations de

l'esprit... qu'un symbole n'est un symbole qu'autant qu'il symbolise

quelque chose, et que sous chaque signe il y a la chose signifiée.

Malgré cet oubli de la chose et le souci du signe, les raisonnements

des mathématiciens sont cependant rigoureux et les résultats auxquels

ils parviennent sont exacts, mais on ne peut dire qu'ils aient une

notion adéquate de la science sur laquelle s'exercent leurs efforts.

G. MOURET.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

AXIOMES

Quel est le fondement de notre croyance aux axiomes? Sur quoi repose

leur évidence? Je réponds: Ce sont des vérités expérimentales, des

généralisations de l'observation.

JOHN STUART MILL.

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La géométrie est fondée sur l'observation; mais sur une observation si

familière et si évidente que les notions premières qu'elle fournit

pourraient sembler intuitives.

LESLIE.

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Assertions très contestables. Nous les avons déjà discutées.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

PASSIONS

Si la géométrie s'opposait autant à nos passions et à nos intérêts

présents que la morale, nous ne la contesterions et nous ne la

violerions guère moins, malgré toutes les démonstrations d'Euclide et

d'Archimède.

LEIBNIZ.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

CONCEPTIONS

La géométrie ne prouve rien du tout de l'existence des choses, mais

seulement ce qu'elles sont, supposé qu'elles existent réellement.

LE P. BUFFIER.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

HYPERESPACE

Imaginons un être réduit à un point, mais doué d'intelligence et de

sens, assujetti à pouvoir se déplacer sur une ligne droite pour fixer

les idées, mais ne pouvant sortir de cette droite; supposons que ses

sens soient tels qu'ils ne lui permettent pas d'avoir conscience du

monde extérieur à son domaine qui est la droite en question. Si cet

être est conduit à faire de la géométrie, il ne fera que de la

géométrie à une dimension; appelons cet être A. On peut de même

imaginer un être B assujetti à se mouvoir dans un monde réduit à une

simple surface et n'ayant pas conscience du monde extérieur à cette

surface. Si B fait de la géométrie, cette géométrie sera à deux

dimensions. Nous autres, nous pouvons faire de la géométrie à trois

dimensions, parce que notre espace est constitué de telle sorte que

trois quantités sont nécessaires pour définir la position d'un point;

B fait de la géométrie à deux dimensions, parce que deux quantités

seulement lui sont nécessaires pour définir la position d'un point

dans l'espace dont il a conscience. On peut donc se demander si ce que

nous considérons comme notre univers ne serait pas une variété d'un

espace à plus de trois dimensions, dont l'organisation simple de nos

sens nous empêcherait d'avoir connaissance.

H. LAURENT.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

CHERCHEUR

La vie la plus belle, la mieux remplie, la moins sujette aux

déceptions, est encore celle du fou sublime qui cherche à déterminer

l'inconnue d'une équation à racines imaginaires.

H. DE BALZAC.

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LES MARIER

On pourrait se passer complètement de l'idée de nombre et emprunter

tout à l'idée d'espace.

L'algèbre est une symbolie ou écriture hiéroglyphique qui exprime les

faits de déplacement dans des espaces à nombre variable de dimensions:

l'arithmétique raconte ce qui se passe dans un espace à une dimension;

l'algèbre des fonctions algébriques dans des espaces à deux

dimensions; l'algèbre des quantités complexes, dans un espace à _n_

dimensions.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

À qui la palme? À la symbolie? À la graphie? Il serait bien difficile

de décider, chacun suivant son organisation cérébrale peut accorder

son vote à l'une ou à l'autre. Pour éviter des discussions

interminables, le mieux serait, je crois, de les marier.

ARNOUX.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

GRADGRIND

C'est dans son roman _Les temps difficiles_ que Dickens nous présente

ce personnage.

«Thomas Gradgrind, monsieur, l'homme des faits, l'homme qui procède

d'après le principe: deux et deux font quatre, rien de plus, et

qu'aucun raisonnement n'amènera jamais à concéder une fraction en sus!

Thomas Gradgrind, monsieur, avec une règle et des balances, et une

table de multiplication dans la poche, monsieur, toujours prêt à

mesurer et à peser le premier colis humain venu et à vous en donner

exactement la jauge...»

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

VALEUR VARIABLE

Un franc, considéré aujourd'hui, ne valait pas encore un franc hier et

il vaudra plus d'un franc demain, du moins dans certaines questions de

finance. L'hypothèse du placement continuel à intérêts composés est

une fiction hardie et certains pessimistes attribuent une partie des

souffrances de la société moderne, à l'exécrable fécondité de

l'argent.

J'ai deux voisins; l'un se lamente de ce que l'argent ne rapporte plus

que 2%; l'autre réclame le prêt gratuit.

HISTOIRE

CALCUL MENTAL

Mme de Lautré, dont parle Mme de Genlis, faisait dans les salons, des

multiplications de nombres de huit chiffres.

Diner, le berger de Stuttgard, devint péniblement maître d'école.

N'ont pas percé davantage les autres petits calculateurs prodiges:

Annich, Buxton, Colburn, Bidder, Pughiesi, Magiamele, etc. Malgré les

meilleures leçons, Henri Mondeux n'a pas pu s'élever au dessus des

calculs numériques.

De nos jours, c'est Inaudy, qu'on promène comme une curiosité: il a

été présenté à l'Académie des Sciences, comme son prédécesseur. Inaudy

n'est pas un visuel, c'est un auditif: il a pu retenir _d'un seul

coup_ jusqu'à 42 chiffres. La capacité de sa mémoire est le secret de

sa force.

Dans leur enfance, Gauss et Ampère ont calculé très vite, mais cette

faculté s'est ralentie chez eux dès qu'ils se sont livrés à la

recherche mathématique.

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Un de nos amis, lorsqu'il voyageait, décomposait de tête les numéros

des wagons en facteurs premiers, en prenait la racine carrée, etc.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

TAUTOCHRONE ET BRACHISTOCHRONE

La _cycloïde_ ou roulette, qui a été étudiée par Pascal, jouit de deux

propriétés bien curieuses. Un point pesant descendant le long de sa

concavité arrive toujours dans le même temps au sommet inférieur, de

quelque hauteur qu'il parte. De plus, c'est cette courbe, et non une

ligne droite, que doit décrire un point pesant pour descendre dans le

moins de temps possible.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

QUADRATURE DU CERCLE

Il est dit, dans la Bible, qu'il y avait, dans le Temple de Salomon,

un grand bassin hémisphérique dont le diamètre était de dix coudées et

la circonférence de trente.

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«J'étais semblable à ce géomètre qui s'efforce de quarrer le cercle et

cherche en vain dans sa pensée le principe qui lui manque.»

DANTE.

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PISTHÉTÉROS.--Mais, dites-moi, quels instruments avez-vous là?

MÉTON.--Ce sont des règles pour mesurer le ciel... J'appliquerai une

règle droite et je prendrai si bien mes dimensions, que _je ferai d'un

cercle un carré_.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

PISTHÉTÉROS.--...Croyez-moi, retirez-vous au plus vite.

ARISTOPHANE.

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Plutarque affirme qu'Anaxagore avait trouvé la quadrature du cercle.

Roger Bacon parle de la question comme si elle était complètement

connue de son temps. Or il est maintenant prouvé qu'on ne peut

résoudre le célèbre problème avec la règle et le compas.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

LONGUES FORMULES

Dans la _Théorie de la lune_, de l'astronome Delaunay (qui s'est noyé

en se baignant à Cherbourg) il y a une formule dont le second membre

occupe 138 pages.

L'oeuvre de Delaunay comprend dans le premier volume l'expression de

la longitude de la lune et, dans le second, celle de sa latitude.

On m'a parlé d'un mémoire d'Olbers qui se compose d'une seule phrase.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

CONCESSION

Mathématiques et Mathématiciens: Pensées et Curiosités · 第 18 / 27 段