Ayant remarqué, un jour qu'il passait devant un atelier de forgerons,

que les sons des marteaux formaient la quarte, la quinte et l'octave,

Pythagore eut l'idée de peser les trois marteaux et, des rapports de

leur poids, il conclut une théorie mathématique de l'harmonie des

sons.

On sait que le même philosophe a, dit-on, composé la table qui fait le

désespoir des petits enfants, et, ce qui est plus important, qu'il a

découvert le carré de l'hypoténuse. À l'occasion de cette admirable

proposition, Pythagore a sacrifié une hécatombe aux dieux.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

DEUX DYNASTIES

Depuis le milieu du XVIIe siècle jusqu'à nos jours, les Bernoulli,

d'origine suisse, ont été des savants distingués. Les ancêtres, les

deux frères Jacques et Jean, mathématiciens de premier ordre, ont

développé le calcul infinitésimal. Ensuite sont venus Nicolas II,

Daniel, Jean II, Jean III, Jérôme, Jacques II et Christophe. Le

dernier descendant des grands Bernoulli, physicien et naturaliste, est

mort à Bâle en 1863.

Jean-Dominique Cassini, célèbre astronome, fut le premier membre

marquant de la famille. Son fils Jacques fut aussi astronome, son

petit-fils César-François Cassini de Thury devint membre de l'Académie

des sciences à vingt-deux ans. Enfin son arrière-petit-fils

Jacques-Dominique, directeur de l'Observatoire, termina la carte de

France.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

RECOMMANDATION

«Sire, les princes éclairés et généreux aiment à découvrir le mérite

modeste et à réparer envers lui les torts de la fortune. Ils se

plaisent à donner à l'homme de génie les moyens de jeter sur les

sciences cet éclat qu'elles recevront de ses travaux et qui réfléchit

sur leur gouvernement. À ce titre, les soussignés, membres de

l'Institut de France, se permettent de signaler à la royale

bienveillance de Votre Majesté un jeune géomètre M. Abel, dont les

productions annoncent un esprit de premier ordre, et qui néanmoins

languit à Christiania dans un poste peu digne de son rare et précoce

mérite.»

LEGENDRE, POISSON, LACROIX.

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ÉCOLE POLYTECHNIQUE

La Convention établit, en 1794, l'_École centrale des travaux

publics_, à l'instigation de Monge, Lamblardie, Carnot et Prieur.

Placée au Palais-Bourbon, ne recevant que des externes, l'école devait

d'abord alimenter seulement le corps des ingénieurs civils et

militaires. C'est en 1795 que l'école prit son nom d'_École

polytechnique_ et son caractère actuel. Nous ne pouvons pas raconter

ici sa glorieuse histoire, et nous allons nous borner à quelques

anecdotes.

Dans la période du début, chaque candidat doit faire constater par la

municipalité de sa ville natale «qu'il a constamment manifesté l'amour

de la liberté et de l'égalité et la haine des tyrans». On lit dans un

rapport de l'époque: «La manifestation du patriotisme a été

généralement nulle. Ils sont presque tous ignorants ou indifférents,

tandis que les enfants eux-mêmes balbutient déjà les principes et les

hymnes de la liberté! C'est en vain que j'ai tâché, par des questions

brusques, imprévues et même captieuses, de suppléer à l'insuffisance

des papiers qu'ils ont produits; presque tous m'ont montré qu'ils

avaient toujours été indifférents au bonheur de leurs semblables, à

leur propre bonheur et même aux événements... Quarante de ces jeunes

gens, par leur insouciance de tout ce qui est bon, vertueux et utile,

méritent d'être rejetés!»

«Jeunes citoyens, disait plus tard un Ministre de l'Intérieur dans un

discours, ayez toujours l'amour de la patrie. Si cet amour agit par

sentiment sur le reste des hommes, il est permis de penser que c'est

grâce aux savants que cet amour est géométriquement démontré. Je peux

le dire ici, dans la langue qui vous est familière, la liberté est le

théorème donné par la nature, la République en est la démonstration,

l'amour de la patrie en est le corollaire.»

Le dimanche matin, l'ordinaire est augmenté d'une omelette au lard,

transformation économique du plat qu'on appelait le cochon de Mme

Laplace. En effet, la veuve de l'illustre géomètre, lorsqu'elle avait

fondé un prix pour l'élève sortant le premier et consistant dans les

oeuvres de Laplace, avait disposé d'une somme dont le revenu devait

être employé à donner un plat supplémentaire le dimanche. Ce plat

consista au début en côtelettes de porc frais.

En 1894, il y a eu de belles fêtes polytechniciennes, à l'occasion du

centenaire de la fondation de l'École. Des livres commémoratifs ont

été publiés.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

ÉCOLE NORMALE

Créée à Paris par la Convention, ses quinze cents élèves externes

reçurent au Muséum les leçons des maîtres les plus illustres et ces

leçons, qui ont été recueillies, sont encore consultées. La plupart de

ces élèves enseignèrent, à leur sortie, dans les Écoles centrales des

départements. C'est en 1808, que Napoléon réorganisa l'école qui,

beaucoup moins nombreuse, devint un internat dans le Lycée

Louis-le-Grand et dont les élèves suivirent les cours du Collège de

France, de l'École polytechnique et du Muséum. Elle a été transférée à

la rue d'Ulm, en 1847, et l'enseignement de ses Maîtres de conférences

est devenu à peu près indépendant des cours extérieurs.

Pendant la dernière guerre, les élèves Lande et Szymanski ont gagné la

médaille militaire, M. Burdeau a été décoré de la légion d'honneur et

Lemoine a été tué à l'ennemi. Deux plaques de marbre noir portent les

noms de Lemoine et de Thuillier, élève de M. Pasteur, mort pour la

science à Alexandrie où il était allé étudier le choléra.

À la fin des vacances de Pâques de 1895, l'École normale a fêté

joyeusement son centenaire. Un grand et beau livre illustré,

historique et biographique a été publié chez Hachette, grâce à une

collaboration variée. Nous avions ouvert une souscription, en famille,

pour faire face aux dépenses. Le reliquat a été déposé dans la caisse

de l'Association des anciens élèves.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

SCIENCES MILITAIRES

Le maréchal Vaillant proposait de créer à l'Institut une section des

sciences militaires.--Je ne connais pas cela, s'écria M. Chasles. Il

y a la science, puis viennent les applications.--On eut beau faire, il

ameuta tout le monde contre le projet des spécialistes.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

BROUETTES ET OMNIBUS

La brouette, grâce à laquelle le manoeuvre ne s'épuise plus à

transporter directement les fardeaux, et l'omnibus, le vulgaire

omnibus chanté comme symbole du progrès par Edmond About, ces deux

inventions fort pratiques sont dues, dit-on, au grand Pascal.

Le fait a été contesté (voir l'_Intermédiaire des chercheurs et des

curieux_ du 10 mai 1891).

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

BONNE POLITIQUE

Sous le second Empire, Cauchy, professeur à la Faculté des sciences,

fut dispensé d'un serment qu'il avait refusé en 1830. La même

exception fut faite en faveur d'Arago, directeur de l'Observatoire,

vulgarisateur et historien des sciences.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

PRÉCOCITÉ

Pascal enfant ayant demandé ce que c'était que la géométrie, on

s'était borné à lui répondre qu'il s'agissait de faire des figures

exactes et de trouver les proportions qu'elles avaient entre elles.

Sur cette seule indication et sans aucun livre, Pascal devina tout le

commencement d'Euclide jusqu'à la trente-deuxième proposition.

Lagrange disait en 1801 à propos de Cauchy: vous voyez ce petit jeune

homme, eh bien! il nous remplacera tous, tant que nous sommes de

géomètres.

Parmi les mathématiciens précoces on peut citer encore Huygens,

Clairaut et J. Bertrand.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

TOMBEAU D'ARCHIMÈDE

Je mis tous mes soins à découvrir ce tombeau. Les Syracusains

m'affirmaient qu'il n'existait point. À force de recherches, je le

trouvai enfin, couvert de ronces et de broussailles. Je fus guidé,

dans cette découverte, par quelques lignes d'une inscription qu'on

disait avoir été gravées sur le monument, et qui se rapportaient à une

sphère et à un cylindre, posés au sommet du tombeau. Parcourant des

yeux les nombreux tombeaux qui se trouvent vers la porte d'Agrigente,

j'aperçus une petite colonne qui s'élevait au-dessus des buissons: il

y avait la figure d'une sphère et d'un cylindre[4]. Je m'écriai

aussitôt devant les principaux habitants de Syracuse qui

m'accompagnaient. Voilà ce que je cherche! Beaucoup se jetèrent alors

sur les broussailles pour les couper et mettre l'emplacement à

découvert. Ce travail achevé, nous nous approchâmes de la colonne.

Nous vîmes l'inscription à moitié rongée par le temps. Ainsi, la plus

noble et jadis la plus instruite des cités de la Grèce ignorerait la

place du tombeau du plus ingénieux de ses citoyens, si un inconnu

d'Arpinum n'était pas venu la lui apprendre.

CICÉRON.

[Note 4: Archimède a démontré que toute sphère est les 2/3 du

cylindre circonscrit.]

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

ATTRACTION UNIVERSELLE

Nous sommes redevables de cette importante découverte à feu M. Newton.

Ce grand philosophe et mathématicien anglais se trouvait un jour

couché dans un jardin, sous un pommier, une pomme lui tomba sur la

tête, et lui fournit l'occasion de faire plusieurs réflexions. Il

conçut bien que c'était la pesanteur qui avait fait tomber la pomme,

après qu'elle eut été dégagée de la branche, peut-être par le vent ou

quelque autre cause. Cette idée paraissait fort naturelle, et tout

paysan aurait peut-être fait la même réflexion; mais le philosophe

anglais allait plus loin. Il faut, dit-il, que l'arbre ait été fort

haut; et c'est ce qui lui fit former la question si la pomme serait

aussi tombée en bas dans le cas où l'arbre aurait été encore beaucoup

plus haut, ce dont il ne pouvait pas douter.

Mais si l'arbre avait été si haut qu'il parvînt jusqu'à la lune, il se

trouva embarrassé de décider si la pomme tomberait ou non. En cas

qu'elle tombât, ce qui lui paraissait pourtant fort vraisemblable,

puisqu'on ne saurait concevoir un terme, dans la hauteur de l'arbre,

où la pomme cesserait de tomber; dans ce cas, il faudrait que la pomme

eût encore quelque pesanteur qui la pousserait vers la terre: donc,

parce que la lune se trouverait au même endroit, il faudrait qu'elle

fût poussée vers la terre par une force semblable à celle de la lune.

Cependant, comme la lune ne lui tombait point sur la tête, il comprit

que le mouvement en pourrait être la cause, de la même manière qu'une

bombe peut passer au-dessus de nous sans tomber verticalement en bas.

Cette comparaison du mouvement de la lune avec une bombe le détermina

à examiner plus attentivement la chose, et, aidé des secours de la

plus sublime géométrie, il trouva que la lune suivait dans son

mouvement les mêmes règles qu'on observe dans le mouvement d'une

bombe; de sorte que s'il était possible de jeter une bombe à la

hauteur de la lune et avec la même vitesse, la bombe aurait le même

mouvement que la lune. Il a seulement remarqué cette différence, que

la pesanteur de la bombe à cette distance de la terre serait beaucoup

plus petite qu'ici-bas.

EULER.

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On rapporte que Newton, voulant calculer la quantité dont la lune

tombe vers la terre en une seconde et ayant disposé les opérations

arithmétiques, reconnut qu'il allait obtenir ce qu'il pressentait. Son

émotion fut si grande qu'il ne put continuer le calcul et qu'il fallut

qu'un de ses élèves l'achevât.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

TOUT PAR DIX

Lors de la création du système métrique, on avait songé à diviser le

jour en vingt heures, chaque heure en cent minutes, etc., et la

circonférence en quatre cents _grades_, le grade en cent minutes, etc.

Cette question de la décimalisation du temps et de la circonférence

revient sur l'eau aujourd'hui.

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PRÊTRES MENACÉS

Au plus fort de la Terreur, Lalande, quoique paroissien médiocre,

cacha à l'Observatoire plusieurs prêtres menacés de mort. «Je vous

ferai passer, leur dit-il, pour des élèves astronomes: nous nous

occupons du Ciel, vous et moi.»

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

CIEL EN CRISTAL

Le ciel est ce qui tourne incessamment autour de la terre et de la mer

sur deux pivots qui forment les extrémités d'un axe: car en ces

endroits, la puissance qui gouverne la nature a fabriqué et mis ces

pivots comme deux centres, l'un au-dessus de la terre et de la mer, en

haut du ciel et derrière les étoiles du septentrion, l'autre à

l'opposé, sous la terre, vers le midi; et autour de ces deux pivots,

comme autour de deux centres, elle a mis de petits moyeux, pareils à

ceux d'une roue et d'un tour, sur lequel le ciel tourne

continuellement.

VITRUVE.

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On voit, par ce passage, que les anciens ont cru à l'existence de

cieux solides de cristal, tournant sur deux pivots matériels.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

À ATHÈNES

Lysias apprit à la fois l'arithmétique par principes et en se jouant:

car pour en faciliter l'étude aux enfants, on les accoutume tantôt à

partager entre eux, selon qu'ils sont en plus grand ou en plus petit

nombre, une certaine quantité de pommes ou de couronnes; tantôt à se

mêler, dans leurs exercices, suivant des combinaisons données, de

manière que le même occupe chaque place à son tour. Apollodore ne

voulut pas que son fils connût ni ces prétendues propriétés que les

Pythagoriciens attribuent aux nombres, ni l'application qu'un intérêt

sordide peut faire du calcul aux opérations du commerce. Il estimait

l'arithmétique, parce qu'entre autres avantages elle augmente la

sagacité de l'esprit et le prépare à la connaissance de la géométrie

et de l'astronomie.

Lysias prit une teinture de ces deux sciences. Avec le secours de la

première, il pourrait plus aisément asseoir un camp, presser un siège,

ranger des troupes en bataille, les faire rapidement mouvoir dans une

marche ou dans une action. La seconde devait la garantir des frayeurs

que les éclipses et les phénomènes extraordinaires inspiraient il n'y

a pas longtemps aux soldats.

ABBÉ BARTHÉLEMY.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

PORTRAIT CHERCHÉ

La ville de Dax, patrie du chevalier de Borda, né en 1733 et mort en

1799, devait élever une statue à cet illustre ingénieur, géomètre et

marin.

Le comité chargé de recueillir les souscriptions a rapidement trouvé

les fonds nécessaires, mais il a été en présence d'une difficulté

sérieuse, qui a menacé même de réduire à néant ses patriotiques

intentions: on ne possédait aucun portrait du chevalier de Borda. Le

comité fit appel à tous ceux qui pouvaient détenir un buste, un

portrait ou une miniature. Peine inutile: Borda n'avait jamais songé à

poser devant un statuaire ou un peintre quelconque.

On se trouvait donc exposé à un avortement imprévu quand on se souvint

qu'il y avait à Brest un vaisseau portant le nom de Borda, à bord

duquel était installée l'école navale. On sut que la poulaine de ce

navire était ornée d'un buste doré: ce ne pouvait être que celui du

chevalier de Borda. On s'adressa donc à la marine pour en obtenir une

photographie. La difficulté allait donc être tranchée. Erreur! Le

vaisseau le _Borda_, avant de recevoir ce nom illustre, avait été

baptisé du nom de Valmy et l'on apprit en même temps que le buste qui

en ornait la poulaine était celui de Kellermann, le vainqueur des

Prussiens en 1792. Mais en poursuivant les recherches, on parvint à

trouver dans le Musée naval du port de Brest, où Borda a longtemps

servi comme ingénieur et comme inspecteur général des constructions,

non pas un buste mais bien deux, portant son nom, au milieu de

beaucoup d'autres bustes portant les noms illustres de Jean-Bart, de

Vauban, etc. Mais, nouvelle cause d'indécision, ces deux bustes ne se

ressemblent pas: l'un représente les traits d'un personnage gras et

suffisamment joufflu; l'autre présente l'aspect d'un homme maigre et

fluet. Lequel des deux bustes est le bon? Les deux assurément, si ce

que l'on suppose est fondé, à savoir que l'un, le fluet, a dû

représenter Borda dans sa jeunesse, et l'autre, le joufflu, dans son

âge mûr, à une époque où le chevalier a dû prendre de l'embonpoint. À

moins que ce ne soit ni l'un ni l'autre, ce qui serait regrettable

mais ce qu'on ne saurait supposer.

Quoi qu'il en soit, la Marine se rendant au désir de la ville de Dax,

a expédié au comité d'organisation la photographie des deux bustes

dissemblables qu'elle possède. On a choisi et la statue de Borda a été

érigée le 24 mai 1891.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

SURSUM CORDA.

Une grande erreur est de penser que l'enthousiasme est inconciliable

avec les vérités mathématiques. Je suis persuadé qu'il est tel

problème, de calcul, d'analyse de Kepler, de Galilée, de Newton,

d'Euler, la solution de telle équation, qui supposent autant

d'invention, d'inspiration que la plus belle ode de Pindare. Ces pures

et incorruptibles formules, qui étaient avant que le monde fût, qui

seront après lui, qui dominent tous les temps, tous les espaces, qui

sont, pour ainsi dire, une partie intégrante de Dieu, ces formules

sacrées qui survivront à la ruine de tous les univers, mettent le

mathématicien qui mérite ce nom, en communication avec la pensée

divine. Dans ces vérités immuables, il savoure le plus pur de la

création; il prie dans sa langue. Il dit au monde comme cet ancien:

«Faisons silence, nous entendrons le murmure des dieux!»

EDGARD QUINET.

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Il est des vérités scientifiques, dit Descartes, qui sont des

batailles gagnées; racontez aux jeunes gens les principales et les

plus héroïques de ces batailles: vous les intéresserez aux résultats

mêmes des sciences, et vous développerez chez eux l'esprit

scientifique, au moyen de l'enthousiasme pour la conquête de la

vérité; vous leur ferez comprendre la puissance de raisonnement qui a

amené les découvertes actuelles et en amène d'autres. Quel intérêt

prendraient l'arithmétique et la géométrie, si l'on joignait un peu de

leur histoire à l'exposition de leurs principales théories, si l'on

assistait aux efforts des Pythagore, des Platon, des Euclide, ou, plus

tard des Viète, des Pascal, des Leibniz! Les grandes théories, au lieu

d'être des abstractions mortes et anonymes, deviendraient des vérités

vivantes, humaines, ayant leur histoire, comme une statue qui est de

Michel-Ange, comme un tableau qui est de Raphaël.

ALFRED FOUILLIÉE.

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PRÉCURSEUR

D'après Grégori et Maclaurin, Pythagore aurait deviné la loi précise

de la gravitation universelle. Voici un curieux extrait du premier de

ces savants:

Une corde de musique, dit Pythagore, donne les mêmes sons qu'une

autre corde, dont la longueur est double, lorsque la tension ou la

force avec laquelle la dernière est tendue est quadruple; et, la

_gravitation d'une planète est quadruple de la gravitation d'une

autre, qui est à distance double_. En général, pour qu'une corde de

musique puisse devenir à l'unisson d'une corde plus courte de même

espèce, sa tension doit être augmentée dans la même proportion que le

carré de sa longueur est plus grand; et _afin que la gravité d'une

planète devienne égale à celle d'une autre planète plus proche du

soleil, elle doit être augmentée à proportion que le quarré de sa

distance au soleil est plus grand_. Si donc nous supposons des cordes

de musique _tendues du soleil à chaque planète_, pour que ces cordes

deviennent à l'unisson, _il faudrait augmenter leur tension, dans les

mêmes proportions qui seraient nécessaires pour rendre les gravités

des planètes égales_. C'est de la similitude de ces rapports que

Pythagore a tiré sa doctrine de l'harmonie des sphères.

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COURTISANS

Louis XVIII dit, un jour, à un mathématicien célèbre: «Monsieur, vous

pourriez peut-être m'aider à résoudre un problème? Comment se fait-il

qu'ayant été accompagné par une cinquantaine de personnes quand je

suis parti pour Gand, j'en trouve aujourd'hui dix mille qui prétendent

y avoir été avec moi?»

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UN DUEL

Né en 1811, Évariste Galois, mathématicien de génie, est mort à vingt

ans dans un duel. M. P. Dupuy a publié, en 1896, une notice sur

Galois, dans les Annales de l'École normale supérieure et il a

reconstitué, avec un soin extrême, une vie malheureuse et peu connue.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

VÉRITÉ HISTORIQUE

Dans le premier volume de son _Cours d'études historiques_, Daunou

explique assez longuement pourquoi, suivant lui, le calcul n'est pas

applicable à l'appréciation des témoignages en histoire.

On trouve sur le même sujet, dans _les Indications de Clio_ par

Zchokke, cette anecdote assez curieuse. Un amateur avait enregistré,

d'après les journaux du temps, le nombre des victimes de la Révolution

et des guerres de l'Empire. Il était arrivé ainsi au total de

142.214.817 morts et il allait publier ce grand nombre avec détails et

preuves à l'appui, lorsqu'un ami lui fit remarquer l'absurdité du

résultat. L'Europe ne comptait que cent quatre-vingts millions, de

sorte que les journalistes l'avaient presque dépeuplée en vingt ans!

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

LÉGENDE

J'ai entendu dire qu'aux environs de Naucratis d'Égypte exista un des

plus anciens dieux, celui auquel est consacré l'oiseau qu'on appelle

Ibis: que son nom est Theut, et que le premier, il avait découvert le

Nombre, le Calcul, la Géométrie, les Dames et les Dés.

PLATON (Phèdre.)

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INVENTEURS

N'est-il pas, pour le moins, aussi nécessaire d'enseigner les

ressources employées, à diverses époques, par les hommes de génie,

pour parvenir à la vérité, que les efforts pénibles qu'ils ont été

ensuite obligés de faire pour la démontrer selon le goût des esprits

ou timides ou peu capables de se mettre à leur portée?

PONCELET.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

DOCUMENTS

Que, dans l'étude des mathématiques, on fasse table rase du passé,

qu'on les enseigne dégagées de tout document historique, cela n'est

pas sans inconvénients.

J.-B. DUMAS.

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NAPOLÉON

Arago rapporte ces paroles de Napoléon à M. Lemercier, membre de

l'Institut:

«Pensez-vous que si je n'étais pas devenu général en chef et

l'instrument d'un grand peuple, j'aurais couru les bureaux et les

salons pour me mettre dans la dépendance de qui que ce fût, en

qualité de ministre ou d'ambassadeur? Non, non! je me serais jeté dans

l'étude des sciences exactes, j'aurais fait mon chemin dans la route

des Galilée et des Newton; et puisque j'ai réussi constamment dans mes

grandes entreprises, eh bien! je me serais hautement distingué aussi

par des travaux scientifiques; j'aurais laissé le souvenir de belles

découvertes: aucune autre gloire n'aurait pu tenter mon ambition.»

On conserve aux Archives de l'Institut un rapport de Laplace,

Bonaparte et Lacroix (23 octobre 1799) sur un mémoire de Biot

intitulé: _Considérations sur les équations aux différences mêlées._

Napoléon trouvait avec une facilité prodigieuse la solution de

problèmes géométriques très compliqués. Il étonnait Monge lui-même.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

EXPÉRIMENTONS

Les progrès des sciences expérimentales ont insensiblement amené les

esprits à concevoir toute science sur leur modèle. Le type de

certitude scientifique était autrefois la démonstration géométrique;

c'est maintenant la vérification expérimentale. Non que les

mathématiques aient rien perdu, à nos yeux, de leur inflexible

rigueur, et d'ailleurs, la possibilité d'une mesure exacte avec la

réduction à une formule mathématique est de plus en plus le signe

d'une théorie scientifique faite; mais nous regardons moins volontiers

du côté de la géométrie pure.

OLLÉ-LAPRUNE.

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Les mathématiques, transcendantes surtout, ne conduisent à rien de

précis sans l'expérience: c'est une espèce de métaphysique générale où

les corps sont dépouillés de leurs qualités individuelles;--il

resterait à faire un grand ouvrage qu'on pourrait appeler

l'_Application de l'Expérience à la Géométrie ou Traité de

l'Aberration des Mesures_.

DIDEROT.

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À l'aide de quelques axiomes, tirés soit de l'esprit humain, soit de

l'observation et en procédant uniquement par voie de raisonnement, la

géométrie avait commencé, dès le temps des Grecs, à élever ce

merveilleux édifice, qui a subsisté et qui subsistera toujours sans

aucun changement essentiel. La logique règne ici en souveraine, mais

c'est dans le monde des abstractions. Les déductions mathématiques ne

sont certaines que pour leur ordre même; elles n'ont aucune existence

effective en dehors de la logique. Si on les applique à l'ordre des

réalités, elles y constituent un instrument puissant, mais elles ne

sont pas autre chose; leurs affirmations tombent aussitôt sous la

condition commune, c'est-à-dire que les prémisses doivent être tirées

de l'observation, et que la conclusion doit être contrôlée par cette

même observation.

BERTHELOT.

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Mathématiques et Mathématiciens: Pensées et Curiosités · 第 14 / 27 段