secondes pour multiplier un nombre de 14 chiffres par un nombre de 8
chiffres. Les agents inorganiques, eux, ne se fatiguent guère et ne se
trompent pas, à moins que les ressorts ne se faussent. Mais, il y a
les machines géométriques, sans ressorts, et l'admirable machine de
Tchebychef, qui se romprait plutôt que de ne pas dire vrai.
Voir M. d'Ocagne: _Nomographie. Les calculs usuels effectués au moyen
des abaques._
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
INTÉGRATEURS ET INTÉGRAPHES
Les intégrateurs sont des instruments qui effectuent mécaniquement la
sommation d'une série infinie de grandeurs infiniment petites, qu'il
s'agisse d'une aire limitée par une courbe, d'un travail mécanique,
etc. Mais les planimètres, les totaliseurs dynamométriques, etc., ne
donnent que le résultat final de l'intégration. Abdank-Abakonowicz est
allé plus loin: ses intégraphes donnent, sous forme d'un tracé
graphique, la loi complète qui régit la sommation, en un mot ce qu'on
peut appeler la courbe intégrale.
Le planimètre polaire d'Amsler est celui qui semble être appelé à
l'emploi le plus fréquent. Les applications des planimètres sont
nombreuses; les contributions directes, les administrations du
cadastre et des forêts, le service topographique du génie, les
architectes, les ingénieurs, les géomètres arpenteurs ont recours à
ces instruments pour résoudre ce problème si délicat de la
détermination des aires planes à contours curvilignes.
En Allemagne, on possède un planimètre comme on a une boîte de compas.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
ARITHMÉTIQUE POLITIQUE
Étant données la population, les moeurs, la religion, la situation
géographique, les relations politiques, les richesses, les bonnes et
mauvaises qualités d'une nation, trouver les lois qui lui conviennent.
J. DE MAISTRE.
¤---¤---¤
Nous ne demandons à nos législateurs qu'une solution par
approximations successives du problème posé.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
OPÉRATIONS ABRÉGÉES
On faisait remarquer à un candidat qu'il aurait pu employer les
opérations _abrégées_. Il répliqua qu'il n'avait pas eu le temps.
Lorsqu'on est pressé, on préfère la grande route qu'on connaît bien au
chemin de traverse dont on n'est pas sûr.
¤---¤---¤
La réflexion suivante de J.-J. Rousseau s'applique aux calculateurs
de profession: «.... alors on trouve des méthodes abrégées dont
l'invention flatte l'amour-propre, dont la justesse satisfait l'esprit
et qui font faire avec plaisir un travail ingrat par lui-même.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
GAUFRES
Je n'oublierai jamais d'avoir vu à Turin un jeune homme à qui, dans
son enfance, on avait appris les rapports des contours et des surfaces
en lui donnant chaque jour à choisir, dans toutes les figures
géométriques, des gaufres isopérimètres. Le petit gourmand avait
épuisé l'art d'Archimède, pour trouver dans laquelle il y avait le
plus à manger.
J.-J. ROUSSEAU.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
PLAIES
Aristote dit que le médecin constate que les plaies circulaires sont
les plus longues à guérir, et le géomètre démontre qu'il ne peut en
être autrement, puisque de toutes les figures qui ont un périmètre
égal, le cercle est celle qui présente la plus grande surface.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
TACHYMÉTRIE
L'ingénieur Lagout, mort depuis quelques années, est l'auteur d'une
tentative de rénovation des mathématiques, dans l'intention de les
simplifier en les matérialisant, pour les mettre à la portée du plus
humble ouvrier. Il a eu quelques idées ingénieuses: son matériel et
ses tableaux en couleur sont saisissants. Malheureusement, grisé par
son système, l'inventeur a cru, bien à tort, être aussi rigoureux
qu'Euclide. Son _prompt-mesurage_ n'est qu'un aperçu populaire qui
parle aux yeux.
M. C. Rey a porté sur la méthode ce jugement piquant et plus sévère:
«La Géométrie est la science qui apprend à raisonner juste, même sur
des figures qui sont fausses, tandis que la Tachymétrie est un art qui
apprend à raisonner faux, sur des figures qui sont justes.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
VINGT CENTIMES
Quand, sous le second empire, on frappa pour la première fois des
pièces de vingt centimes, un homme d'esprit s'écria: on dira
maintenant cinq fois quatre font vingt et non plus quatre fois cinq
font vingt.
J'ai lu dans un livre belge cette question inquiétante: Le produit de
un franc par un franc est-il égal au produit de cent centimes par cent
centimes?
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
POTAGE
Dans son explication de l'addition, un élève avait oublié de dire
qu'on n'ajoute que des choses de même espèce, le professeur lui
demanda: Combien font 150 grammes de navets, 200 grammes de carottes
et 225 grammes de pommes de terre?--Réponse: Cela ferait un excellent
potage.
Autre exemple. Un soldat aveugle portait cet écriteau: batailles 8;
blessures 10; enfants 6; total 24.
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ANARCHIE
Le cinquième livre de la géométrie fait le désespoir des élèves et des
examinateurs, tant l'ordre et l'énoncé des propositions varient.
Legendre et Rouché ne s'accordent nullement et il y a beaucoup
d'opinions intermédiaires. On demande un dictateur pour imposer une
théorie unique.
Dernière nouvelle: on annonce des préliminaires de paix.
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MÈTRES CARRÉS
C'est grâce à la géométrie que les marchands de mesures ne vendent ni
mètres carrés ni mètres cubes.
Quelques dames confondent encore le mètre courant, le mètre carré et
le mètre cube.
Un mot spirituel: le professeur avait fait écrire au tableau le nombre
1000000000; il s'agit de mètres carrés, dit-il, combien cela
pèse-t-il? Bien peu de craie, répondit l'élève.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
ANXIÉTÉ
On ne peut baser aucun raisonnement sur une série divergente,
c'est-à-dire sur une suite régulière de termes dont la somme croît
au-delà de toute limite. Les géomètres du XVIIIe siècle n'ont guère
tenu compte de la convergence des séries et c'est Cauchy qui a éclairé
le premier la question. On raconte qu'après une communication de ce
dernier à l'Académie, Laplace quitta brusquement ses confrères, et se
renferma chez lui pendant près d'un mois, pour vérifier la convergence
de toutes les séries sur lesquelles est fondée sa mécanique céleste.
Heureusement, aucune n'était divergente!
Abel a dit que: «Avec une série divergente, on prouve tout ce qu'on
veut, l'impossible aussi bien que le possible.»
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IMPOSSIBLE
En mathématiques, il n'y a de vraiment impossible que le
contradictoire. On peut lever l'impossibilité provisoire provenant
d'une vue trop étroite de la question: Pourquoi exiger le résultat
sous une certaine forme ou entre certaines limites? D'autre part, si
vous ne trouvez pas la solution rigoureuse d'un problème, vous pouvez
chercher des valeurs de plus en plus approchées et raisonner
l'approximation.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
RELIEFS
Il s'agissait de passer au cubage des corps solides, et ceci fut plus
difficile; les figures du tableau ne suffisaient plus; les enfants ne
se rendaient pas compte de toutes les formes que représentait un
simple tracé. L'idée me vint de parler au vieux cuvelier Sylvestre,
qui tout de suite comprit ce que je lui demandais; il me fit des
cubes, des prismes, des cônes en bois, capables de se monter et de se
démonter, comme on le voulait; tout devint clair, sensible pour les
élèves. Nous raisonnions des choses, les pièces en main, et nous
faisions ensuite nos calculs. Ce système de fabriquer des figures
géométriques en bois s'est depuis répandu partout; des centaines
d'ouvriers de la Forêt-Noire ne font plus que cela. Quelques-uns ont
poussé la chose jusqu'à fabriquer des figures en cristal, afin d'en
voir du premier coup d'oeil les arêtes et les angles opposés.
ERCKMANN-CHATRIAN.
¤---¤---¤
On veut enseigner aux enfants ce que c'est qu'un cône, comment on le
coupe, le volume de la sphère, et on leur montre des lignes, des
lignes! Donnez-leur le cône en bois, la figure en plâtre,
apprenez-leur cela comme on découpe une orange!
J. VALLÈS.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
COTON ET MUSIQUE
La fonction d'une variable indépendante la plus importante à Liverpool
est peut-être le prix du coton. Une courbe montrant le prix du coton,
s'élevant quand ce prix est élevé, s'abaissant quand il est bas,
montre à l'oeil toutes les variations si complexes de cette fonction.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Songez à la complexité de l'effet produit par un orchestre qui joue
(un orchestre de cent instruments), et deux cents voix qui chantent en
choeur, accompagnées par l'orchestre. Songez à l'état de l'air; songez
combien il est déchiré quelquefois... Une simple courbe, dessinée de
la même manière que celle des prix du coton, représente tout ce que
l'oreille peut entendre dans l'exécution la plus compliquée.
W. THOMSON.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
RÈGLES DE BOIS
Ces pauvres instruments, avec lesquels il a réformé l'astronomie,
Copernic les avait taillés et divisés lui-même. Tycho-Brahe les a
célébrés en vers latins: «C'est avec ces frêles morceaux de bois,
ouvrage grossier et sans art, que Copernic entreprit de donner des
lois au ciel et de régler le cours des astres; il est parvenu, par son
génie, à une hauteur où nul mortel n'avait atteint avant lui.
Ô monuments inestimables d'un si grand homme! Ils sont faits d'un bois
vulgaire, et cependant l'or le plus pur pâlirait devant eux!»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
ALPHABET
Lorsqu'on apprend à un enfant à lire et à écrire, on peut lui donner
quelques notions géométriques, en lui faisant analyser les formes des
majuscules romaines. Dans A, il y a un triangle dont deux côtés sont
prolongés; C est un arc; D un demi-cercle, avec son diamètre; E
présente des angles droits; H des parallèles et une perpendiculaire; M
des angles aigus, etc.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
TRAVAIL PERSONNEL
On félicitait le chimiste Regnault de sa force en mathématiques. Il
répondit: «Notre principal professeur à l'École polytechnique était si
obscur que les sergents devaient se réunir après chaque leçon pour la
refaire. C'est moi qui ai rédigé, pendant quelque temps, les cahiers
pour mes camarades. Vous pouvez vous figurer combien cela m'a fait
travailler.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
RÉACTIFS
On sait que le chimiste introduit des réactifs contenant des éléments
souvent étrangers au produit qu'il veut obtenir, mais dont la présence
favorise les transformations intermédiaires que doit subir le
phénomène: le même rôle appartient aux lignes auxiliaires que trace le
géomètre, diagonales, droites parallèles ou perpendiculaires à des
directions déterminées, etc., ces lignes séparent les éléments
primitifs, suggèrent entre eux des groupements nouveaux,
parallélogrammes, triangles égaux ou semblables, etc., et de ces
figures l'analyse dégage certaines propriétés qui ont un rapport plus
direct avec la conclusion visée.
H. HARANT.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
FAGOTS ET FAGOTS
Un profane n'aperçoit que des coefficients dans les équations; tous lui
paraissent égaux en importance, et s'il veut se renseigner sur les
solutions, il se figure qu'il faut aller les interroger séparément, de
même qu'on arrête dans la rue le premier ouvrier venu pour lui demander
son chemin. Mais non, il y a des chefs qu'on n'aperçoit pas; c'est à
leur bureau qu'il faut s'adresser. Soient, par exemple, dix équations
littérales du premier degré à dix inconnues. L'opérateur..... veut
savoir si les solutions sont possibles, ou impossibles, ou
indéterminées. Qu'il n'aille donc pas interroger la vile plèbe des
coefficients. Non; il y a un personnage considérable qui sait le secret;
c'est un polynome, le dénominateur commun. On l'appelle le _déterminant_
du système; et ce nom est bien choisi, car c'est lui _qui vous sert à
déterminer_ la nature des solutions.
LE P. POULAIN.
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Le déterminant est aidé par le conseil des numérateurs, assistés
eux-mêmes de déterminants mineurs, etc.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
PLURALITÉ DES MONDES
Les astronomes qui calculent les mouvements apparents des astres dans
leur passage de chaque jour au méridien, ceux qui annoncent l'arrivée
des éclipses, des phénomènes célestes, des comètes périodiques, ceux
qui observent avec tant de soin les positions précises des étoiles et
des planètes aux divers degrés de la sphère céleste, ceux qui
découvrent des comètes, des planètes, des satellites, des étoiles
variables, ceux qui recherchent et déterminent les perturbations
apportées aux mouvements de la terre par l'attraction de la lune et
des planètes, ceux qui consacrent leurs veilles à découvrir les
éléments fondamentaux du système du monde, tous, observateurs ou
calculateurs, sont des précurseurs de l'astronomie nouvelle. Ce sont
d'immenses travaux, des labeurs dignes d'admiration et de
transcendantes oeuvres. Mais c'est l'armée du passé. Mathématiciens et
géomètres, désormais le coeur des savants va battre pour une conquête
plus noble encore. Tous ces grands esprits, en étudiant le ciel, ne
sont en réalité, pas sortis de la Terre. Le but de l'Astronomie n'est
pas de nous montrer la position apparente de points brillants, ni de
peser des pierres en mouvement dans l'espace, ni de nous faire
connaître d'avance les éclipses, les phases de la lune ou des marées.
Tout cela est beau mais insuffisant.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le jour viendra, et très prochainement, puisque tu es appelé à le
voir, où cette étude des conditions de la vie dans les diverses
provinces de l'univers sera l'objet essentiel--et le grand charme--de
l'Astronomie.
FLAMMARION.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
TRANSFORMATIONS
Dans la Géométrie ancienne les vérités étaient isolées; de nouvelles
étaient difficiles à imaginer, à créer; et ne devenait pas géomètre
inventeur qui voulait.
Aujourd'hui chacun peut se présenter, prendre une vérité quelconque
connue, et la soumettre aux divers principes généraux de
transformation; il en retirera d'autres vérités, différentes ou plus
générales; et celles-ci seront susceptibles de pareilles opérations;
de sorte qu'on pourra multiplier, presqu'à l'infini, le nombre des
vérités nouvelles déduites de la première.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Peut donc qui voudra, dans l'état actuel de la science, généraliser et
créer en géométrie; le génie n'est plus indispensable pour ajouter une
pierre à l'édifice.
CHASLES.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
INVISIBLE
L'astronomie de l'invisible, n'est, pour ainsi parler, pas plus
difficile que celle des astres observables. Le géomètre dans son
cabinet de travail, n'a pas besoin de voir les astres pour en calculer
la marche. Le Verrier l'a prouvé en découvrant Neptune par le calcul,
Bessel en démontrant l'existence du compagnon de Sirius. Tous deux
ont vu l'astre inconnu, comme Christophe Colomb voyait l'Amérique des
rivages de l'Espagne, et, avec la même foi, ils ont osé assigner la
place où devait les voir l'oeil émerveillé de l'astronome.
WOLF.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
PRÉCISION
Si de Parme comme centre, avec un rayon égal à 60 lieues, on décrit
une demi-circonférence, cette demi-circonférence passe par les sommets
des Alpes.
NAPOLÉON.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
DEUX TENDANCES
Il semble que l'on puisse aujourd'hui distinguer, dans les
mathématiciens, deux tendances d'esprit différentes. Les uns se
préoccupent principalement d'élargir le champ des notions connues;
sans se soucier toujours des difficultés qu'ils laissent derrière eux,
ils ne craignent pas d'aller en avant et cherchent de nouveaux sujets
d'étude. Les autres préfèrent rester, pour l'approfondir davantage,
dans le domaine de notions mieux élaborées; ils veulent en épuiser les
conséquences, et s'efforcent de mettre en évidence dans la solution de
chaque question les véritables éléments dont elle dépend. Ces deux
directions de la pensée mathématique s'observent dans les différentes
branches de la science; on peut dire toutefois, d'une manière
générale, que la première tendance se rencontre le plus souvent dans
les travaux qui touchent au calcul intégral et à la théorie des
fonctions; les travaux d'algèbre moderne et de géométrie analytique
relèvent surtout de la seconde.
E. PICARD.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
EN PROBLÈMES
Exposez toute science de raisonnement sous forme de problèmes proposés
d'abord, et résolus ensuite, la théorie régulière et suivie ne venant
qu'après pour coordonner et classer les vérités acquises. Sous la
forme vive et saisissante de problèmes, la science pénètre plus
profondément dans l'esprit dont les facultés inventives sont
d'ailleurs toujours en pleine action.
DESBOVES.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
COEFFICIENTS DE CORRECTION
Si l'on peut dire de la géométrie rationnelle, telle qu'elle est
enseignée depuis l'antiquité, que c'est l'art de faire des
raisonnements exacts sur des figures fausses, par opposition on peut
dire de la géométrie pratique, dont on fait usage dans les levers de
terrain, que c'est l'art de faire des figures exactes avec des
instruments infidèles.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
En géométrie, n'y aurait-il pas un grand avantage à faire inscrire des
hexagones réguliers dans des circonférences, avant de démontrer que le
côté de ces polygones est égal au rayon? Cette marche ne
mettrait-elle pas en garde, contre les affirmations trop absolues de
la théorie, l'esprit d'un élève qui aurait constaté, par sa propre
expérience, que rarement, à la fin de l'opération la pointe du compas
retombe sur le point de départ? Cela ne le ferait-il pas réfléchir aux
causes d'insuccès de cette opération? Son professeur ne serait-il pas
obligé de les lui expliquer? Et peu à peu n'en viendrait-il pas à se
familiariser avec ce principe d'expérience, que, dans les applications
des vérités les mieux démontrées, de celles qui présentent le
caractère le plus indubitable de la vérité absolue, on doit toujours
compter, si je puis m'exprimer ainsi, avec les résistances passives
contre lesquelles il faut lutter dans chaque action matérielle.
Si je ne me trompe, l'enseignement dirigé dans cette voie,
développerait le jugement, le tact pratique. En tout cas, il éviterait
des illusions fréquentes à ceux qui acceptent comme des vérités
absolues les résultats des recherches physico-mathématiques,
recherches dans lesquelles on néglige tant de choses.
GOULIER.
¤---¤---¤
Le célèbre topographe ne restait guère dans les régions de l'idéal. Il
faisait la part des résistances de la matière et des défaillances de
l'opérateur.
HISTOIRE
LE TRIBUNAL DES MATHÉMATIQUES
Les instruments dont le tribunal des mathématiques fait actuellement
usage, pour rédiger l'almanach présenté à S. M. Kouang-Siu et désigner
les jours fastes ou néfastes, ont été construits en 1670, sous la
direction du Père Verbiest, missionnaire belge. Ils ne permettent
qu'une précision de dix minutes de degré tandis que nous pouvons
évaluer à l'aide des nôtres jusqu'aux dixièmes de seconde, d'où une
précision six mille fois plus grande. On ne s'occupe guère à Pékin que
de calendrier et d'astrologie et on est porté à y croire la Terre
toujours immobile au centre de l'espace céleste.
Nous avons tenu entre les mains une table de sinus de l'empereur de
Chine, Kang-Hi. Le texte, imprimé en Europe, est précédé de 4
feuillets (8 pages), contenant des chiffres arabes et chinois tracés à
l'encre de Chine. Chaque page imprimée des tables de sinus et
tangentes est précédée et suivie de caractères chinois tracés au
pinceau rouge. D'après une note ancienne qui se lit sur la garde et
dont voici le texte, ces caractères seraient tracés par l'empereur
lui-même: «L'empereur Kang-Hi se servit de ce livre lorsqu'il
calculait à l'européenne. Les caractères rouges sont de sa main.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
UNE CALOMNIE
Sous prétexte de mesurer un degré du méridien, si bien déterminé par
les Anciens, ils (les charlatans académiques) se sont fait accorder
par le ministre 100 000 écus pour les frais de l'opération, petit
gâteau qu'ils se partageront en frères.
MARAT, l'ami du peuple.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
DODÉCAÈDRE
Les doctrines mathématiques des pythagoriciens devaient être tenues
secrètes. Un des initiés (leur signe de reconnaissance était le
pentagone étoilé), nommé Hippasos, ayant dévoilé la construction du
dodécaèdre inscrit dans la sphère, fut noyé en mer.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
JARDINIERS, QUINCAILLIERS, ETC.
Le duc d'Argyle, ayant trouvé les _Principia_ de Newton sur une
pelouse de son château, interrogea le jardinier _Stone_: cet homme de
trente ans avait appris seul les éléments de mathématiques, le latin
et il comprenait Newton! Dans la suite, Stone a composé un traité de
calcul différentiel, qu'on a traduit en français pour compléter celui
de de l'Hôpital.
Aux États-Unis, le commis quincaillier _Bowdwitch_, parvint aussi seul
à lire Newton. Après s'être enrichi à Boston, dans une compagnie
d'assurances, il publia à ses frais sa traduction de la Mécanique
céleste de Laplace, augmentée de commentaires.
_Éléazar Féronce_ vivait vers 1625, aux environs de Grenoble; il était
jardinier dans un château; il faisait des observations à l'aide
d'instruments qu'il se construisait lui-même.
Le cordonnier hollandais, _Théodore Rembrandsz_, né vers 1610, publia
un ouvrage étendu sur le système de Copernic.
Un ouvrier pelletier-fourreur, _Jean Jordan_, de Stuttgard, fut un
mathématicien et un mécanicien ingénieux.
Un tisserand de Lisieux, nommé _Jean Lefèvre_, était assez fort
mathématicien pour calculer une table des passages de la lune au
méridien. On l'attacha au bureau de la Connaissance des temps.
Vers 1710, un berger d'Écosse, _Jacques Fergusson_ s'était construit
en bois des instruments d'astronomie; il s'adonna aux mathématiques et
devint membre de la Société royale de Londres.
Le cultivateur saxon, _Jean-Georges Palitzch_, né en 1723,
mathématicien et astronome, correspondant de la Société royale de
Londres, employait ses loisirs à étudier; il n'abandonna jamais le
métier de laboureur.
L'astronome _Jean-Louis Pons_, né en 1761, d'abord concierge à
l'Observatoire de Marseille, a découvert 37 comètes.
Un simple cordonnier, _Rigaut_, qui s'était instruit seul, a présenté
à l'Académie des sciences de bons mémoires de mathématiques.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
MATHÉMATICIENNES
Sous le titre de _Les femmes dans la Science_, nous venons de publier,
chez l'éditeur Nony, un volume de 350 pages, orné de portraits et
d'autographes. Voici un extrait de l'avant-propos.
«Depuis plus de quinze siècles, nous honorons Hypatie, cette grecque
d'Alexandrie, si belle et si savante, lapidée par une populace
stupide. Les travaux d'astronomie et de mécanique de la marquise du
Châtelet défendent sa mémoire. Marie Agnesi, après avoir enseigné le
calcul infinitésimal à l'Italie, est morte comme une sainte. À
l'occasion d'un problème posé par Napoléon, Sophie Germain a créé, une
des premières, la physique mathématique. Mary Somerville a composé,
après Laplace, une mécanique céleste. Une russe, Mme Kowalewski,
couronnée par notre Académie des Sciences, a été enlevée, il y a
quelques années, en pleine floraison de son génie.
Nous avons réuni, pour la première fois, ces belles et nobles figures.
Nous avons tracé, de ces femmes hors pair et de quelques autres, des
notices à grands traits, sans détails techniques. Le groupe d'élite a
été encadré dans un tableau assez complet des autres savantes:
l'armée en marche, avec son état-major.
Nous avons surtout étudié les savantes professionnelles, qui ont
consacré aux études scientifiques la plus grande partie de leur vie,
mathématiciennes, physiciennes, naturalistes et philosophes. Puis sont
venues les simples curieuses qui, à l'occasion, ont dit leur mot sur
les sciences; les collaboratrices qui ont aidé les savants,
discrètement et activement; les professeurs, les vulgarisatrices,
modestes et utiles; enfin les protectrices, princesses ou riches
bourgeoises, qui ont fondé des prix dans les académies ou répandu
leurs bienfaits sous d'autres formes. Les unes et les autres, par des
moyens divers, ont exercé une heureuse influence sur le progrès des
sciences.
Deux notes, provenant d'une collaboration variée, terminent le livre.
Dans l'une, nous avons réuni des opinions opposées sur cette question:
_Si la femme est capable de science._ La seconde note est formée de
_Menus propos sur les femmes et les sciences_, aperçus divers,
citations, anecdotes, pensées, etc.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
SONS