Greenwich, exprima à Bradley l'intention de lui faire allouer un
traitement plus convenable. «Je supplie Votre Majesté de ne pas donner
suite à son projet, répliqua Bradley. Si la place de Directeur
rapportait de l'argent, ce ne serait plus un astronome qui demeurerait
ici.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
NEZ PERDU
L'astronome Tycho-Brahe, voyageant en Allemagne, se prit de querelle
avec un savant, à propos d'un théorème. Un duel s'en suivit, et le
pauvre Tycho y perdit son nez! Il dut s'en faire mouler un en cire.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
BONS JOUEURS
C'est une idée très généralement répandue que la plupart des
personnes que l'on sait adonnées aux mathématiques passent aussi pour
être habiles au jeu d'échecs. Ce jugement est habituellement formulé
par des gens qui, ne connaissant pas le jeu d'échecs, s'imaginent
qu'en raison de sa difficulté et de la grande attention qu'il exige,
il emprunte nécessairement des ressources à l'emploi des
mathématiques, qu'il ne saurait être convenablement joué que par des
mathématiciens, et enfin, qu'il doit être naturellement joué par des
mathématiciens.
Il est pourtant bien établi que le jeu d'échecs n'a aucune relation
avec les mathématiques. Il n'y a pas eu et il n'y aura sans doute
jamais d'ouvrage traitant de la théorie mathématique du jeu d'échecs,
pas plus d'ailleurs que du jeu de dames; tandis qu'il existe des
études mathématiques du jeu d'écarté (Dormoy), du jeu de billard
(Coriolis), et de certains autres.
Il est à présumer que si les mathématiciens passent pour connaître ou
aimer le jeu d'échecs, c'est sans doute parce que les mathématiciens
ayant l'esprit familiarisé avec les notions de rapport et de
combinaison, aperçoivent rapidement le pour et le contre de chaque
trait du jeu. Mais, encore une fois, s'il existe,--et nous en
connaissons,--des mathématiciens très habiles au jeu d'échecs, il ne
s'en suit vraiment pas qu'on puisse étendre cette qualité à tous les
mathématiciens indistinctement.
Voir, dans Edgar Poe, l'_Automate joueur d'échecs_. «Aucun coup dans
le jeu des échecs ne résulte nécessairement d'un autre coup
quelconque.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
BONHOMIE
L'académicien Ozanam, l'auteur des _Récréations mathématiques_, disait
qu'il appartient à la Sorbonne de disputer, au pape de décider et au
mathématicien d'aller au ciel en ligne perpendiculaire.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
MODESTIE
Sturm, lorsqu'il parlait du célèbre théorème qu'il a découvert,
disait: le théorème dont j'ai l'honneur de porter le nom.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
COUP DE FOUDRE
Parfois le mathématicien réfléchit longtemps sur une question sans
parvenir à rien trouver et tout à coup, parfois même au moment où il y
songe le moins, une idée se présente à son esprit et l'envahit tout
entier; puis, sans être arrêtée par aucun obstacle, elle se développe
et amène après elle la série de ses conséquences logiques: c'est un
trait de lumière; tout ce qui avait embarrassé le savant devient
clair, tout s'explique et s'enchaîne; il est dans une sorte d'ivresse
délicieuse, de transport, d'extase. Mais parfois il est pris de
craintes et de scrupules: il tremble d'avoir cru trop vite aux
suggestions de son imagination et d'avoir été la dupe d'une illusion;
tout cela lui semble trop beau pour être vrai. Il revient en arrière,
il contrôle par le raisonnement l'exactitude de conjectures et il en
reconnaît la justesse, c'est-à-dire la rigueur logique.
E. JOYAU.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
HUMILITÉ
Je demande que cet ouvrage soit lu avec indulgence, et que les défauts
inévitables dans une matière aussi difficile, soient moins un sujet de
blâme qu'une occasion de tentatives nouvelles et de recherches plus
heureuses.
NEWTON.
¤---¤---¤
Cet extrait de la préface du grand livre des _Principes_ nous montre
combien les hommes de génie sont modestes.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
MORT D'ARCHIMÈDE
Archimède était seul, occupé à réfléchir sur une figure de géométrie,
les yeux et la pensée tout entiers à cette méditation, et ne
s'apercevant ni du bruit des Romains qui couraient par la ville, ni de
la prise de Syracuse. Tout à coup un soldat se présente et lui ordonne
de le suivre devant Marcellus. Archimède voulut résoudre auparavant le
problème, et en établir la démonstration; mais le soldat en colère
tira son épée et le tua.
D'autres disent que le Romain arriva droit sur lui l'épée nue pour le
tuer; qu'Archimède le pria, le conjura d'attendre un instant, pour
qu'il ne laissât pas son problème inachevé et sans démonstration, mais
que le soldat, ne se souciant pas du problème, l'égorgea.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Quoi qu'il en soit, tout le monde s'accorde à dire que Marcellus en
fut vivement affligé; qu'il repoussa, comme sacrilège, le meurtrier
d'Archimède, et qu'il fit chercher et traita honorablement les parents
de la victime.
PLUTARQUE.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
EFFORTS GLORIEUX
Il est bien rude le travail que j'ai déjà accompli, et bien rude celui
que j'entreprends d'accomplir encore. Ce n'est ni le labeur ni la
mémoire qui me conduiront au but: ils ne sont que d'humbles esclaves
au service de l'idée pure qui se dirige elle-même. Mais la méditation
opiniâtre, celle qui brise le front, exige plus de puissance que le
labeur le plus soutenu. Si grâce à un exercice continuel de cette
méditation, j'y ai acquis quelque force, qu'on ne dise pas qu'elle me
soit devenue facile par quelque heureux don de la nature. C'est un
rude, bien rude travail qu'il me faut soutenir, et le tourment
d'esprit que me causent ces efforts a souvent ébranlé gravement ma
santé. Mais la conscience de la force acquise me donne de mon travail
la plus belle récompense, et m'encourage de nouveau à le poursuivre
sans relâche. Des hommes sans idées, pour qui ce travail et par suite
cette conscience qu'on a de sa force sont choses tout à fait
inconnues, cherchent à détruire cette consolation, qui seule pourtant
peut empêcher l'esprit de se laisser défaillir dans cette pénible
carrière, en rendant odieuse, sous les noms de présomption et
d'orgueil, la conscience qu'on a d'être indépendant et libre; car
c'est par le mouvement seul de la pensée que l'homme est libre et
s'appartient. Quiconque porte en soi l'idée d'une science, ne peut
manquer d'apprécier les choses d'après la manière dont l'intelligence
humaine s'y révèle: de ce point de vue élevé, bien des choses devront
lui paraître futiles, qui peuvent sembler aux autres d'un assez grand
prix.
CHARLES-GUSTAVE JACOBI.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
POSTILLON
En 1829, quand le grand mathématicien (Ampère), atteint des premiers
symptômes d'une maladie de larynx, voyageait sur la route d'Hyères, où
il allait chercher le repos et le soleil, assis au fond d'une calèche
à côté de son fils qui l'accompagnait, il se chargeait volontiers de
payer les postillons. Aux portes d'Avignon, dans ce pays déjà
méridional, où le langage populaire se colore et s'accentue
d'épithètes énergiques, André Ampère essayait laborieusement de régler
ses frais de route; mais d'un côté la distraction, de l'autre
l'impatience, embrouillaient incessamment toutes ses additions.
L'affaire s'arrange enfin au gré de l'Avignonnais, qui reçoit son
pourboire et dit d'un air de superbe dédain: «En voilà un _mâtin_ qui
n'est pas malin! Où celui-là a-t-il appris à _carculer_?»
Tout entier à l'admiration que m'inspirait le génie de mon père,
disait notre ami (J.-J. Ampère), en rappelant ses souvenirs, je
l'écoutais parler sur la classification des connaissances humaines,
quand cet incident vint nous interrompre.
Mme H. C.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
PARESSE
Les grands géomètres connaissent cette espèce de paresse, qui préfère
la peine de découvrir une vérité à la contrainte peu agréable de la
suivre dans l'ouvrage d'autrui. En général ils se lisent peu les uns
les autres, et peut-être perdraient-ils à lire beaucoup: une tête
pleine d'idées empruntées n'a plus de place pour les siennes propres,
et trop de lecture peut étouffer le génie.
D'ALEMBERT.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
DÉSINTÉRESSEMENT
Au retour de son voyage astronomique au Cap de Bonne-Espérance, l'abbé
La Caille avait obtenu la faveur de faire passer en France toutes ses
malles, affranchies des droits de visite. Il pouvait, à cette
occasion, faire un gain considérable et l'on fut surpris, lorsqu'au
lieu de prendre des marchandises, il se borna à remplir une grande
valise de paille et d'instruments. Quoique doux, il reçut fort mal un
particulier qui lui offrit alors cent mille livres comptant, s'il
voulait lui transmettre secrètement son privilège.
On avait alloué à l'astronome dix mille livres pour tous ses frais et
ceux de son aide pendant l'expédition qui dura quatre ans (1750-1754).
Il ne dépensa que 9145 livres et il s'empressa de rembourser le
restant au trésor. Il paraît qu'on fit des difficultés pour accepter,
le cas n'étant pas prévu par les règlements.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
ZOZO
Le recteur de Montpellier, nommé Gergonne, était un de ces types
complets de la vieille Université. Son visage orné d'un long nez en
forme de bec à corbin, ne se déridait jamais; ses lèvres serrées et
dédaigneuses ne s'ouvraient que pour laisser passer la critique, le
reproche ou des mots piquants. Malheur au professeur qui osait
s'écarter des bornes du programme ou quitter les routes battues!
Jubinal, titulaire du cours de littérature étrangère, en fit l'épreuve
à ses dépens. Instruit de la forme un peu légère et de la désinvolture
de son enseignement, le vieux Gergonne vint l'entendre un jour; puis
le faisant appeler, le réprimanda vertement et le somma de devenir
plus sérieux, sous peine de suspension. Jubinal, ayant répondu, pour
s'excuser, qu'il y avait beaucoup de monde à son cours:--Monsieur, dit
Gergonne, de sa voix aigre et mordante comme des tenailles, Zozo, le
charlatan du Peyrou, en a encore plus que vous!
Ce fut un mot malheureux pour le professeur de littérature étrangère,
que les étudiants n'appelèrent plus que Zozo.
MARY-LAFON.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
ROBINSON
Encore enfant, Lacroix s'était ému à la lecture des aventures
romanesques de Robinson Crusoë. Lui aussi, il voulait trouver cette
île fortunée où il serait possible de mener, dans la compagnie de sa
mère, une vie plus tranquille et moins éprouvée par la pauvreté. Cette
idée qui a inspiré plus d'un beau rêve à de jeunes esprits, captiva
son ardente imagination et excita son ardeur pour le travail. La
construction du vaisseau qui devait le transporter vers ces rives
enchantées exigeait des connaissances approfondies, il les chercha
dans des traités spéciaux; les termes de géométrie l'arrêtaient
fréquemment, il en demanda l'explication et le commentaire aux cours
que Mauduit faisait alors au Collège de France. C'est sur les bancs de
cette école que son rêve devait finir... À dix-sept ans, Lacroix
professait les mathématiques à l'École des Gardes de la Marine à
Rochefort.
J. LORIDAN.
PROFESSEURS ET ÉTUDIANTS
EXAMINATEUR
On trouvait Monge inflexible chaque fois que l'intérêt public semblait
exiger qu'il fît prévaloir les décisions de l'examinateur. «Vous avez
refusé un candidat qui appartient à de bien puissantes familles, lui
disait le maréchal de Castries, ministre de la marine. Votre décision
me donne mille tracas; je suis accablé de réclamations.--Vous êtes
parfaitement le maître, repartit l'austère examinateur, d'admettre le
candidat qui m'a paru inacceptable; mais si vous prenez cette
décision, Monsieur le maréchal, il faudra supprimer en même temps la
place que j'occupe. Les fonctions que je remplis ne seraient plus
ensuite ni utiles ni acceptables.» Le candidat inadmissible ne fut pas
admis.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
RÉCOMPENSÉ
Dans ma longue carrière de professeur et d'examinateur, dit Lamé, rien
ne m'a plus étonné que la brusque et subite apparition de la faculté
du raisonnement mathématique chez un élève que je suivais depuis
plusieurs années, plein de bonne volonté, de zèle pour le travail, du
désir de comprendre ce qu'il était forcé d'abandonner à la mémoire,
seule active chez lui. Un jour, à un certain instant, au milieu d'une
démonstration mainte fois répétée, une porte s'ouvrit tout à coup dans
son esprit: il comprenait! La joie, l'émotion de l'élève ne sauraient
se décrire... Dès le lendemain son élan était pris, et il regagnait à
pas de géant les retards du passé, de manière à primer tous ses
camarades.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
PONCTUALITÉ
Poisson avait un genre de mérite dont se dispensent trop souvent
ceux-là mêmes qui ne pourraient invoquer pour excuse le rang qu'ils
occupent dans la science: l'exactitude. Jamais il ne manqua une leçon
sans être retenu au lit par la maladie; jamais, tant que sa voix put
se faire entendre, il ne confia à un suppléant la satisfaction
d'initier à la science la jeunesse studieuse. On pourrait vraiment, en
y changeant un seul mot, appliquer à ce savant les paroles qui
terminent l'éloge d'Euler par Condorcet: «Tel jour, Poisson cessa de
professer et de vivre.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
TOUCHANTE RÉCIPROQUE
Jamblique raconte que Pythagore, ayant distingué un ouvrier, lui
enseigna les mathématiques, en le payant trois oboles par théorème:
c'était le prix de la journée de l'ouvrier. Bientôt, pour éprouver son
élève, le philosophe feignit d'être tombé dans la misère et le jeune
homme lui offrit à son tour trois oboles pour chaque nouveau théorème.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
RAIDEUR
Nous empruntons à Arago, le récit de ses examens d'entrée et de sortie
à l'École Polytechnique.
Mon camarade, intimidé, échoua complètement. Lorsqu'après lui, je me
rendis au tableau, il s'établit entre M. Monge (le jeune),
l'examinateur et moi, la conversation la plus étrange: «Si vous devez
répondre comme votre camarade, il est inutile que je vous interroge.
--Monsieur, mon camarade en sait beaucoup plus qu'il ne l'a montré;
j'espère être plus heureux que lui, mais ce que vous venez de me dire
pourrait bien m'intimider et me priver de tous mes moyens.
--La timidité est toujours l'excuse des ignorants; c'est pour vous
éviter la honte d'un échec que je vous ai fait la proposition de ne
pas vous examiner.
--Je ne connais pas de honte plus grande que celle que vous m'infligez
en ce moment. Veuillez m'interroger, c'est votre devoir.
--Vous le prenez de bien haut, monsieur! Nous allons voir tout à
l'heure si cette fierté est légitime.
--Allez, monsieur, je vous attends!»
M. Monge m'adressa alors une question de géométrie à laquelle je
répondis de manière à affaiblir ses présomptions. De là, il passa à
une question d'algèbre, à la résolution d'une équation numérique. Je
savais l'ouvrage de Lagrange sur le bout du doigt....
J'étais depuis deux heures et quart au tableau; M. Monge passant d'un
extrême à l'autre, se leva, vint m'embrasser et déclara solennellement
que j'occuperais le premier rang sur sa liste.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
L'examinateur était cette fois l'illustre géomètre Legendre.
... On venait d'emporter un élève complètement évanoui.
«Comment vous appelez-vous? me dit-il brusquement.--Arago,
répondis-je.--Vous n'êtes donc pas Français...»
M'ayant fait une question qui exigeait l'emploi des intégrales
doubles, il m'arrêta en me disant: «La méthode que vous suivez ne vous
a pas été donnée par le professeur. Où l'avez-vous prise?--Dans un de
vos mémoires.--Pourquoi l'avez-vous choisie? Était-ce pour me
séduire?--Non, rien n'a été plus éloigné de ma pensée. Je l'ai adoptée
parce qu'elle m'a paru préférable.--Si vous ne parvenez pas à
m'expliquer les raisons de votre préférence, je vous déclare que vous
serez mal noté, du moins pour le caractère.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
Un professeur anglais avait habitué ses élèves à se lever à chaque
grand nom de mathématicien qu'il prononçait et à pousser un hurrah
lorsqu'il était question d'Archimède ou de Newton.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
PETITS MANDARINS
En Chine, tous les trois ans, le 8e jour de la 8e lune, les candidats
sont enfermés dans des espèces de niches qui les isolent complètement.
À la porte, se tient un soldat armé d'une lance.
Si deux jeunes gens parvenaient à se communiquer leurs copies, ils
seraient, assure un voyageur, condamnés à mort et exécutés sur le
champ (?)
Chaque candidat jugé par trop faible est puni, dit-on, de cinquante
coups de bambou sur la plante des pieds.
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PRÉSIDENT
M. Thiers, le président de la République, était comme Chevreul un
vieil étudiant. La géométrie lui était enseignée sur le tard par l'un
de nos savants, M. Mannheim, qui lui parla un jour des diverses
sections du cône, mais M. Thiers répliqua: «Allons donc, chacun sait
que la section d'un cône de révolution par un plan est toujours un
cercle!» «Vous croyez, M. le Président, hé bien, nous allons faire
l'expérience sur une carotte.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
CORRESPONDANCE
Un maître d'école des environs de Mayence rencontra quelques
difficultés dans l'arithmétique qu'il enseignait aux enfants du
village. Il en écrivit à un homme considérable attaché à l'Électeur et
qui avait la réputation d'être très versé dans les sciences de calcul.
À quelques semaines de là, l'homme considérable s'excuse auprès du
maître d'école sur ses nombreuses occupations, de n'avoir pas répondu
plus tôt, et entre ensuite dans tous les détails nécessaires pour
faire disparaître les difficultés arithmétiques.
Cet homme considérable se nommait Leibniz.
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À LA HALLE
Un polytechnicien, marchandant un bouquet et insulté par la poissarde,
répliqua gravement, comme s'il récitait un théorème: «Eh! vas donc,
vieux parallélogramme pyramide tronquée, octaèdre régulier, espèce de
secteur, équation binome, tangente, etc.» Stupéfaction de la femme.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
UN EXAMEN PÉRILLEUX
Bezout, examinateur de la marine, arrive à Toulon. Un des élèves était
retenu au lit par la petite vérole; s'il n'est pas examiné sur le
champ, sa carrière est perdue. Bezout n'a pas eu la petite vérole, il
redoute extrêmement les atteintes de cette terrible maladie;
néanmoins il se rend dans la chambre de l'élève, l'examine et le
reçoit.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
SENIOR WRANGLER
À l'Université de Cambridge, les étudiants d'élite terminent leurs
études par une série d'examens sur les hautes mathématiques et le
lauréat, ou _senior wrangler_, est encore plus fêté que notre Prix
d'honneur au concours général. En 1890, les examinateurs ont déclaré
que, s'ils avaient eu le droit de comprendre dans le classement final
les jeunes filles autorisées seulement à prendre une part platonique
au concours, c'est miss Philippa Fawcett qui aurait remporté la
victoire.
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LES TROIS HUIT
Certains pédagogues américains ont résumé ainsi l'emploi du temps
qu'ils proposent pour la jeunesse et qui consiste à répartir la
journée également entre le travail, le repos ordinaire et le sommeil.
On sait que, de leur côté, des socialistes réclament aussi la
réduction à huit heures de la journée du travailleur, même lorsqu'il
est agriculteur ou pêcheur.
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DANS L'INDE
Il n'est pas rare... de voir des opérations de mathématiques,
multiplications de facteurs à plusieurs chiffres, transformations
algébriques ou trigonométriques faites de tête en un clin d'oeil par
de très jeunes enfants.
LE P. GOUBÉ.
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Les petits Indiens marchent ainsi sur les traces de leurs ancêtres.
Consulter _Les Mathématiques aux Indes_, par Delbos.
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RESPONSABILITÉ
Chargé de corriger les compositions écrites du concours d'admission à
l'École polytechnique, Le Verrier écrit à son père: «Le concours écrit
dont je suis seul chargé est une sorte de magistrature que j'exerce et
dont je comprends toute la portée; je ne dormirais plus, si je pensais
que, par distraction, j'ai pu commettre une de ces injustices si
cruelles pour un jeune homme et qui tuent son avenir. J'ai trop
ressenti, il y a peu d'années, les douleurs d'un candidat pour ne pas
considérer leurs droits comme sacrés.»
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FORT EN THÈME
Nous lisons dans un petit livre anonyme sur l'enseignement: Le fort en
thème et le fort en _x_ vivent en assez bonne intelligence, en se
faisant des concessions réciproques. Le premier ne croit point à la
supériorité réelle de son émule. Le second est d'une indulgence
écrasante pour les toquades de l'autre.
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GRAND'SOIF
Aux examens de l'École polytechnique, en 1833, l'Examinateur M.
Reynaud, ayant appelé un candidat absent, demande un élève de bonne
volonté, pour le remplacer. Le jeune Catalan, poussé par ses
camarades, se risque, quoiqu'il n'ait jamais assisté à un examen.
Pauvrement et grotesquement vêtu, il a l'air d'un jeune sauvage. Il
hésite au début, puis il se relève et même il brille. Après avoir
longuement parlé, il aperçoit un verre, une carafe d'eau, du sucre,
et... il se prépare un verre d'eau sucrée. M. Reynaud accourt, et
s'écrie: «Êtes-vous indisposé?» «Non, Monsieur, mais voilà longtemps
que je parle: j'ai grand'soif!» L'apparente effronterie n'était que de
la naïveté. La légende dura plusieurs années: «Catalan qui boit le
verre d'eau de l'examinateur!»
ENFANTS ET IGNORANTS
ENFANT TERRIBLE
Toto était interrogé avec bonhomie par son père sur la soustraction:
«Si tu as huit pommes et que tu m'en donnes trois, combien t'en
reste-t-il?»--Le tout petit réplique aussitôt: «Si j'ai cinq-z-yeux et
que tu m'en crèves six, combien qu'i'm'en reste?»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
TROP COURT
On dit à un enfant de faire une mesure avec le mètre, il essaye mais
en vain: le mètre n'était pas assez long!
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
REP... D'MATH...
_Loulou._--Répétiteur d'math...
_Papa._--Hein?
_Loulou_, condescendante.--... ématique... mathématiques... nous
disons math... c'est plus court...
_Papa._--En effet...
_Loulou._--C'est du reste pour toi qu'j'avais dit répétiteur
d'math... car on doit dire: «l'rep... d'math...» c'est le vrai
genre...
_Papa._--Ah!... c'est le genre!... et pourquoi as-tu un répétiteur de
math... puisque math... il y a?
_Loulou._--Parc'que c'est ce qui me chante l'moins!... j'suis obligée
d'les bûcher très dur, ces sales math!...
GYP.
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
PAROLE D'HONNEUR
Lorsqu'au temps jadis, le duc d'Angoulême fut nommé grand-maître de la
Marine, on s'aperçut avec stupeur qu'il savait à peine compter.
Immédiatement le plus célèbre géomètre de France fut mandé pour
l'instruire _en la mathématique_, comme on disait alors. Mais c'est en
vain qu'il tenta d'en démontrer les principes les plus élémentaires à
son auguste disciple. Celui-ci l'écoutait avec une exquise politesse,
mais en hochant la tête avec un doux air d'incrédulité.--Un jour, à
bout d'arguments, le pauvre maître s'écria: «Monseigneur, je vous en
donne ma parole!» «Que ne le disiez-vous plus tôt! Monsieur, répondit
le duc en s'inclinant: je ne me permettrai plus jamais d'en douter.»
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤
FACÉTIES GÉOMÉTRIQUES
Deux paysans ont échangé leurs champs, l'un carré de 6m de côté,
l'autre rectangulaire de 9m de long sur 3 de large, chacun des champs
ayant ainsi 24m de tour. Le second paysan se prétend lésé.
Mon arrière-grand-père, ayant emprunté un sac de blé de 6 pieds de
haut sur 4 pieds de large, en a ensuite rendu quatre de 6 pieds aussi
de haut et d'un pied de large chacun. Le prêteur n'a pas accepté.
Un jardinier a droit à l'eau que lui apporte un conduit circulaire. Il
paye pour avoir le double d'eau et il double à cet effet le diamètre
du conduit. On lui fait un procès.
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ENTÊTEMENT
Bernardin de Saint-Pierre ne comprenait pas la question du rayon de
courbure de l'ellipsoïde terrestre et il fatiguait l'Institut de ses
notes. «Apprenez le calcul différentiel, lui dit un jour Napoléon, et
vous lèverez vous-même vos ridicules objections.»
Voir la préface de _La chaumière indienne_ où l'on trouve
l'explication des marées par la fonte des neiges polaires.
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PEU INTELLIGENT
Arago, qui fut un admirable vulgarisateur dans ses cours de
l'Observatoire, regardait toujours celui de ses auditeurs qui lui
paraissait être le moins intelligent, et lorsque cet auditeur lui
semblait avoir compris, il était assuré de la clarté de sa
démonstration.
Or, un jour, dans un salon où il venait de raconter ce fait, un jeune
homme entra, qu'il ne connaissait pas et dont il eut à subir les
saluts les plus empressés.
--À qui ai-je l'honneur de parler? lui demanda-t-il.
--Oh! monsieur Arago, vous devez bien me connaître, car j'assiste
assidûment à vos leçons, et vous ne cessez de me regarder pendant tout
le temps.
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CHEZ LES TURCS