Frappé de cette difficulté que les élèves éprouvent à saisir

l'ensemble et les déductions du Cours, j'ai souvent employé avec

succès un mode d'exercice, que j'appelle la recherche des antécédents

d'une proposition et qui n'est en quelque sorte que l'_analyse_ d'une

proposition trouvée d'abord par la _synthèse_... On prend une

proposition quelconque et l'on relève toutes les propositions

antécédentes (lemmes, théorèmes, corollaires), toutes les définitions

et tous les axiomes invoqués dans la démonstration. On a ainsi une

première analyse de la proposition donnée. On reprend ensuite chacune

des propositions antécédentes invoquées, on les analyse à leur tour et

l'on continue de la sorte jusqu'à ce que l'on arrive à n'avoir plus

que des axiomes et des définitions.

JABLONSKI.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

«Allez en avant, a dit d'Alembert, la foi vous viendra.» Le

remarquable morceau qui suit est un commentaire de ce conseil parfois

contesté.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Quoique les vérités mathématiques se déduisent, dans un ordre

rigoureux, d'un petit nombre de principes réputés évidents, on ne

parvient point à les posséder pleinement, en en suivant pas à pas les

déductions, en allant toujours dans le même sens du connu à l'inconnu,

sans jamais revenir en arrière sur un chemin où l'on n'a rien laissé

d'obscur. Le sens et la portée des principes échappent au débutant,

qui saisit mal la distinction entre ce qu'on lui demande d'accorder et

les conséquences purement logiques des hypothèses ou des axiomes;

parfois, la démonstration lui paraît plus obscure que l'énoncé; c'est

en vain qu'il s'attarderait dans la région des principes pour la mieux

connaître, il faut que son esprit acquière des habitudes qu'il n'a

pas, qu'il aille en avant sans trop savoir ni où il va, ni d'où il

part; il prendra confiance dans ce mode de raisonnement auquel il lui

faut plier son intelligence, il s'habituera aux symboles et à leurs

combinaisons. Revenant ensuite sur ses pas, il sera capable de voir,

du point de départ et d'un seul coup d'oeil, le chemin parcouru:

quelques parties de la route resteront pour lui dans l'ombre,

quelques-unes même seront peut-être entièrement obscures, mais

d'autres sont vivement éclairées; il sait clairement comment on peut

arriver de cette vérité à cette autre; il sait où il doit porter son

attention; ses yeux, mieux exercés, parviennent à voir clair dans ces

passages difficiles dont il n'aurait jamais pu se rendre maître, s'il

ne les avait franchis; il est maintenant capable d'aller plus loin ou

de suivre une autre direction; il entre en possession des vérités

nouvelles qui s'ajoutent aux vérités anciennes et qui les éclairent;

il s'étonne parfois des perspectives inattendues qui s'ouvrent devant

lui et lui laissent voir, sous un aspect nouveau, des régions qu'il

croyait connaître entièrement; peu à peu les ombres disparaissent et

la beauté de la science, si une dans sa riche diversité lui apparaît

avec tout son éclat.

Ce qui se passe dans l'esprit de celui qui étudie les mathématiques

n'est que l'image de ce qui s'est passé dans la création et dans

l'organisation de la science; dans ce long travail, la rigueur

déductive n'a pas été seule à jouer un rôle. On peut raisonner fort

bien et fort longtemps sans avancer d'un pas, et la rigueur n'empêche

pas un raisonnement d'être inutile. Même en mathématiques, c'est

souvent par des chemins peu sûrs que l'on va à la découverte. Avant de

faire la grande route qui y mène, il faut connaître la contrée où l'on

veut aller; c'est cette connaissance même qui permet de trouver les

voies les plus directes; c'est l'expérience seule qui indique les

points où il faut porter l'effort; ce sont les difficultés parfois

imprévues qui se dressent devant les géomètres qui les forcent à

revenir au point de départ, à chercher une route nouvelle qui permette

de tourner l'obstacle. S'imagine-t-on, par exemple, les inventeurs du

calcul différentiel et intégral s'acharnant, avant d'aller plus loin,

sur les notions de dérivée et d'intégrale définie?

J. TANNERY.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

La science même la plus exacte renferme quelques principes généraux

que l'on saisit par une sorte d'instinct qui ne permet pas d'en

douter, et auquel il est bon de se livrer d'abord. Après les avoir

suivis dans toutes leurs conséquences et s'être fortifié l'esprit par

un long exercice dans l'art de raisonner, on peut sans danger revenir

sur ces principes qui se présentent alors dans un plus grand jour...

LAPLACE.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

J'avoue même que j'attacherai moins de prix à mettre dans la

démonstration d'un théorème cette rigueur extrême, si recherchée

maintenant, qu'à faire clairement apercevoir la raison de ce théorème

et ses connexions avec les autres vérités mathématiques. Je prie donc

que l'on m'accorde quelquefois, pour la commodité de l'exposition et

pour ne point décourager dès le début mes jeunes lecteurs, des

démonstrations qui ont satisfait si longtemps les plus grands

géomètres.

COURNOT.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Il ne faut pas prévenir à contre-temps des difficultés trop subtiles.

J. BERTRAND.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Voulez-vous simplifier une théorie, une méthode, inscrivez-la dans

les programmes. Les professeurs se chargeront de l'éclairer et de la

réduire à sa plus simple expression.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Je me défie un peu des démonstrations trop élégantes, trop

symétriques, reposant sur une heureuse notation. Elles empêchent

parfois de réfléchir au fond des choses, elles persuadent plus

qu'elles n'éclairent.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Il importe de bien comprendre l'importance de la condition

_nécessaire_ et _suffisante_ ou de la réciprocité des conditions ou,

comme on dit encore, de la propriété caractéristique. Combien de

raisonnements faux ou incomplets entraîne une analyse imparfaite!

La démonstration des réciproques--lorsqu'elles sont vraies--est trop

négligée.

Pour établir un lien mathématique, il faut deux propositions dont la

seconde est, à volonté, la réciproque ou la contraire de la première.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Ce n'est pas dans la manière de figurer les nombres, de les habiller

pour ainsi dire, que nous distinguons l'Arithmétique de l'Algèbre,

mais c'est surtout dans l'essence même des nombres, dans la manière de

les concevoir. La ligne de démarcation de l'Arithmétique et de

l'Algèbre provient de l'idée que l'on se fait du nombre, suivant

qu'on le considère comme grandeur ou seulement comme numéro d'ordre,

c'est-à-dire suivant que l'on accepte ou que l'on refuse la notion de

continuité; c'est ainsi que la doctrine des nombres irrationnels, des

logarithmes, etc., appartient exclusivement au domaine de l'Algèbre,

c'est-à-dire des fonctions analytiques.

E. LUCAS.

HISTOIRE

Dès les temps les plus reculés, les hommes ont compté les objets et

mesuré grossièrement l'étendue et le temps. Ces notions ont commencé à

se préciser chez les Phéniciens, commerçants et calculateurs, chez les

Égyptiens, arpenteurs (inondations du Nil) et architectes (Pyramides);

enfin chez les Chaldéens, pasteurs et observateurs des astres. Tels

seraient les commencements de l'arithmétique, de la géométrie et de

l'astronomie.

Les premiers documents historiques nous montrent la Géométrie prenant

son admirable développement chez les Grecs. Presque oubliées pendant

le Moyen âge, les Mathématiques renaissent au seizième siècle chez les

Occidentaux. Le siècle suivant voit paraître la Géométrie analytique

et le Calcul infinitésimal, grandes découvertes qui renouvellent et

étendent la science.

Nous allons esquisser les principales périodes de l'histoire des

mathématiques.

I. PHILOSOPHES GRECS.--Ils étaient aussi presque tous géomètres et

astronomes.

On attribue à _Thalès_ (600 ans av. J.-C.) et à son École ionienne

les propositions les plus simples de la Géométrie, les premières

mesures de distances inaccessibles et des observations astronomiques

au gnomon.

_Pythagore_ (550 ans av. J.-C.) et les Pythagoriciens connaissent la

somme des angles d'un triangle, le carré de l'hypoténuse, les

polyèdres réguliers et l'un au moins des deux mouvements de la Terre.

_Platon_ (400 ans av. J.-C.) et les Platoniciens dégagent la méthode

d'analyse en Géométrie; ils imaginent les coniques et d'autres lieux

géométriques pour opérer la duplication du cube; ils raisonnent déjà

les incommensurables.

II. L'ÉCOLE GRECQUE D'ALEXANDRIE.--Dans cette célèbre École, qui dure

plus de mille ans, les Mathématiques brillent du plus vif éclat et

atteignent leur apogée.

_Euclide_ (300 ans av. J.-C.) coordonne, dans ses _Éléments_, toute la

Géométrie, sauf les coniques. Ce livre domine encore l'enseignement de

nos jours.

_Archimède_ (250 ans av. J.-C), le plus grand peut-être de tous les

mathématiciens, mesure le cercle et la sphère; fait la quadrature de

la parabole; étudie la première série; fonde la statique sur la

théorie du levier, etc.

_Apollonius_ de Perge (200 ans av. J.-C.) résume, dans son _Traité des

coniques_, les propriétés déjà connues de ces courbes et celles plus

cachées qu'il découvre à son tour.

_Hipparque_ (150 ans av. J.-C.) refait toutes les observations

astronomiques et, malgré l'imperfection de ses instruments, il trouve

des nombres assez exacts pour servir de base à la théorie.

_Ptolémée_ (150 ans ap. J.-C.) admet, dans son _Almageste_, la fixité

de la Terre et parvient néanmoins à représenter les mouvements

célestes, à l'aide d'un système compliqué de cercles.

_Diophante_ (350 ans ap. J.-C), surnommé le Père de l'Algèbre, crée

enfin cette nouvelle branche dans ses _Arithmétiques_.

La science pâlit ensuite à Alexandrie. Il n'y a plus que des

commentateurs, parmi lesquels on doit distinguer _Pappus_: il nous

conserve, dans ses _Collections mathématiques_, des fragments

d'ouvrages perdus.

III. LES AUTRES PEUPLES JUSQU'À LA RENAISSANCE.--Les _Égyptiens_

possèdent des connaissances arithmétiques et géométriques, bien des

siècles avant notre ère, comme le prouve le papyrus d'Ahmès, récemment

déchiffré. Ils restent stationnaires, tandis que les Grecs, qui leur

font des emprunts, progressent rapidement.

De même, les _Chinois_ paraissent savoir des Mathématiques dès

l'antiquité la plus reculée; mais ce peuple, lui aussi, reste

immobile.

Les _Hindous_, tels que Aryabhata, Bramagupta et Bascara, ont, de

temps immémorial, la curiosité des grands nombres; ils cultivent

l'Algèbre et résolvent les équations des deux premiers degrés.

Les _Arabes_, tels que Mohamed-ben-Musa, Aboul-Wefa, etc., servent

d'intermédiaires entre les Grecs et les Indiens d'une part et les

Occidentaux de l'autre.

En _Europe_, le Moyen-âge reste obscur et stérile. Citons cependant

_Gerbert_ qui s'instruit, vers l'an 1000, auprès des Maures d'Espagne

et apporte aux Chrétiens les chiffres modernes. Citons encore les

Algébristes italiens, _Léonard de Pise_, qui fait le commerce en

Orient au douzième siècle, et _Lucas de Burgo_ (quinzième siècle).

IV. LE SEIZIÈME SIÈCLE.--La science reprend enfin son essor, et les

grandes découvertes se préparent.

Le Polonais _Copernic_ (1473-1543) propose le véritable système du

monde et en montre l'admirable simplicité.

L'Italien _Cardan_ (1501-1576) établit la formule de résolution des

équations du 3e degré; il tenait la règle de Tartaglia.

_Viète_ (1540-1603), né dans le Bas-Poitou, entrevoit les propriétés

générales des équations, résout par l'algèbre les problèmes de

géométrie et complète la trigonométrie.

L'Écossais _Neper_ (1550-1617), inventeur des logarithmes, double,

pour ainsi dire, la vie des calculateurs.

_Harriot_ (1568-1621), d'Oxford, trouve les relations entre les

coefficients et les racines des équations, et il calcule les racines

entières et fractionnaires.

_Galilée_, de Florence (1564-1642), étudie le pendule, découvre les

lois de la chute des corps et des projectiles; il confirme le système

de Copernic, par ses observations astronomiques.

V. LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.--Ce siècle, aussi grand dans les sciences

que dans les lettres, nous donne d'une part la géométrie analytique et

le calcul infinitésimal, de l'autre les lois de Kepler et de

l'attraction universelle.

L'Allemand _Kepler_ (1571-1630), utilisant les observations de

Tycho-Brahe, trouve les trois lois du mouvement des planètes autour du

soleil.

Notre grand _Descartes_ (1596-1650) étend l'algèbre pure et il crée la

Géométrie analytique ou étude des courbes à l'aide de leurs équations.

_Fermat_, de Toulouse (1601-1665), résout aussi les problèmes des

tangentes et des maximums, et il révèle les propriétés les plus

secrètes des nombres.

_Pascal_ (1623-1662) crée l'analyse combinatoire et le calcul des

probabilités; il perfectionne la géométrie des courbes.

Le Hollandais _Huygens_ (1629-1695) fait progresser à la fois la

géométrie, la mécanique et l'astronomie.

Le grand _Newton_ (1642-1727) invente le Calcul infinitésimal ou des

_fluxions_, et découvre la loi de l'attraction universelle. Il a

autant de génie que le vieil Archimède.

_Leibniz_ (1646-1716) imagine le nouveau Calcul presque en même temps

que Newton, et avec une notation plus heureuse.

VI. LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE.--Les mathématiciens appliquent l'analyse

infinitésimale aux questions les plus variées et les plus difficiles.

Le Suisse _Euler_ (1707-1783) fait de nombreuses recherches sur les

fonctions, les séries, les intégrales, etc.

_D'Alembert_ (1717-1783) traite la précession des équinoxes par le

calcul, et il ramène l'étude du mouvement à celle de l'équilibre.

_Lagrange_ (1736-1813) manie avec une rare élégance l'algèbre et le

calcul infinitésimal; il crée la mécanique rationnelle.

_Monge_ (1746-1818) fonde la géométrie descriptive, si utile aux

ingénieurs.

_Laplace_ (1749-1827) se rend célèbre par sa _Mécanique céleste_ ou

application du calcul au système du monde.

_Carnot_ (1753-1823), géomètre-philosophe, cherche à préciser les

nombres négatifs et imaginaires, les intégrales, etc.

VII. PREMIÈRE MOITIÉ DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.--Cette période se fait

remarquer à la fois par des vues très générales et par la curiosité du

détail.

L'Allemand _Gauss_ (1777-1855) étudie les équations binomes et la

théorie des nombres.

Le général _Poncelet_ (1788-1867) étend la géométrie par les méthodes

de transformation.

_Cauchy_ (1789-1857) se livre à de profondes recherches sur les

séries, les imaginaires et l'infini.

L'Allemand _Jacobi_ (1804-1851) s'occupe de fonctions nouvelles et, en

particulier, des fonctions elliptiques.

_Chasles_ (1793-1880) systématise, dans sa _Géométrie supérieure_, la

convention des signes, le rapport anharmonique, l'homographie,

l'involution, etc.

Dans la dernière moitié de ce siècle, les efforts se dirigent vers la

physique mathématique qui se constitue peu à peu. En analyse pure, la

recherche se particularise et s'aiguise de plus en plus, on creuse les

propriétés des fonctions et des équations différentielles, le calcul

infinitésimal porte tous ses fruits.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Nous allons passer une revue rapide des _plus grands

mathématiciens_, de ces génies créateurs qui ont découvert et

fondé la science. Nous essaierons de caractériser chacun d'eux en

reproduisant un jugement compétent et en citant l'oeuvre

capitale.

_Euclide_ (300 av. J.-C.) ou la Géométrie élémentaire.

Jamais aucun livre de science n'a eu une aussi longue influence que

les _Éléments d'Euclide_. Ils ont été traduits et commentés dans

toutes les langues, enseignés exclusivement pendant des siècles dans

toutes les Écoles de Mathématiques: on les suit encore en Angleterre.

ROUCHÉ.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Archimède_ (287-212 av. J.-C.) ou la Géométrie infinitésimale.

Ceux qui sont en état de comprendre Archimède admirent moins les

découvertes des plus grands hommes modernes.

LEIBNIZ.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Apollonius_ (de Perge) (200 av. J.-C.) ou la Géométrie des coniques.

L'ouvrage d'Apollonius sur les _sections coniques_ est pour ainsi dire

le couronnement de la Géométrie grecque.... Tout y est coordonné

symétriquement; l'unité du plan reflète, jusque dans les moindres

détails, la pensée directrice de l'auteur, qui tend à lier entre elles

toutes les sections du cône.

HOEFER.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Hipparque_ (150 av. J.-C.) ou les Observations astronomiques.

Quand on réunit tout ce qu'il a inventé ou perfectionné, et qu'on

songe au nombre de ses ouvrages, à la grande quantité de calculs

qu'ils supposent, on trouve dans Hipparque un des hommes les plus

étonnants de l'Antiquité, et le plus grand de tous dans les sciences

qui ne sont pas purement spéculatives.

DELAMBRE.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Ptolémée_ (150 ap. J.-C.) ou l'Astronomie géométrique.

L'édifice astronomique élevé par Ptolémée a subsisté pendant près de

quatorze siècles; aujourd'hui même qu'il est entièrement détruit, son

_Almageste_... est un des plus précieux monuments de l'Antiquité.

LAPLACE.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Diophante_ (350 ap. J.-C.) ou l'Algèbre naissante.

On ne peut pas dire que l'Algèbre, même élémentaire, soit sortie

constituée de ses mains, et cependant on ne peut nier qu'elle n'y ait

pris un développement très remarquable.

M. MARIE.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Viète_ (1540-1603) ou l'Algèbre en progrès.

C'est dans son ouvrage d'analyse, intitulé _Isagoge in artem

analyticam_, que l'auteur expose pour la première fois une des

théories les plus profondes et les plus abstraites que l'esprit humain

ait inventées.

J. FOURIER.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Galilée_ (1564-1642) ou la Mécanique.

La théorie générale du mouvement varié, inconnue aux Anciens, prit

naissance entre les mains de Galilée. Il trouva la loi de

l'accélération des corps qui tombent librement par la pesanteur ou qui

glissent sur des plans inclinés et il établit à ce sujet les

propriétés générales du mouvement uniformément accéléré.

BOSSUT.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Descartes_ (1596-1650) ou la Géométrie analytique.

Ce qui a surtout immortalisé le nom de ce grand homme, c'est

l'application qu'il a su faire de l'algèbre à la géométrie, idée des

plus vastes et des plus heureuses que l'esprit humain ait jamais eues,

et qui sera toujours la clef des plus profondes recherches, non

seulement dans la géométrie, mais dans toutes les sciences

physico-mathématiques.

D'ALEMBERT.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Fermat_ (1601-1665) ou l'Arithmétique supérieure.

Cherchez ailleurs qui vous suive dans vos inventions numériques...

pour moi, je confesse que cela me dépasse de bien loin.

PASCAL.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Pascal_ (1623-1662) ou l'Algèbre supérieure.

C'est le génie le plus étonnant, unique dans les Lettres, dans la

Philosophie, la Religion et aussi dans les Mathématiques où sa

profondeur est incroyable.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Newton_ (1642-1727) ou le Calcul infinitésimal.

Newton était maître de la méthode des fluxions avant que Leibniz fût

en possession du Calcul différentiel, mais l'invention de Leibniz

était indépendante de celle de Newton et l'avait précédée comme

publication.

BIOT.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Monge_ (1746-1818) ou la Géométrie descriptive.

Les constructeurs de toutes les professions, les architectes, les

mécaniciens, les tailleurs de pierre, les charpentiers, soustraits

désormais à des préceptes routiniers, à des méthodes sans

démonstration, se rappelleront avec reconnaissance que s'ils savent,

que s'ils parlent la langue de l'ingénieur, c'est Monge qui l'a créée,

qui l'a rendue accessible à tout le monde, qui l'a fait pénétrer dans

les plus modestes ateliers.

ARAGO.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Laplace_ (1749-1827) ou la Mécanique céleste.

La loi newtonienne explique aujourd'hui tous les phénomènes connus.

Plus les observations sont précises, plus elles sont conformes à la

théorie. Laplace est de tous les géomètres celui qui a le plus

approfondi ces grandes questions; il les a pour ainsi dire terminées.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Laplace était né pour tout perfectionner, pour tout approfondir, pour

reculer toutes les limites, pour résoudre ce que l'on aurait pu croire

insoluble. Il aurait achevé la science du ciel (dans sa _Mécanique

céleste_), si cette science pouvait être achevée.

J. FOURIER.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Lagrange_ (1736-1813) ou la Mécanique rationnelle.

Le trait distinctif de son génie consiste dans l'unité et la grandeur

des vues. Il s'attachait en tout à une pensée simple, juste et très

élevée. Son principal ouvrage, la _Mécanique analytique_, pourrait

être nommé la Mécanique philosophique, car il ramène toutes les lois

de l'équilibre et du mouvement à un seul principe; et, ce qui n'est

pas moins admirable, il les soumet à une seule méthode de calcul dont

il est lui-même l'inventeur. Toutes ses compositions mathématiques

sont remarquables par une élégance singulière, par la symétrie des

formes et la généralité des méthodes et, si l'on peut parler ainsi,

par la perfection du style analytique.

J. FOURIER.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Cauchy_ (1789-1857) ou les Symboles.

Mathématicien très profond, mais parfois un peu obscur; son oeuvre

est considérable: de fidèles disciples élucident et précisent des vues

nouvelles et hardies qui fixeront la science.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

_Chasles_ (1793-1876) ou la Géométrie supérieure.

Les travaux de M. Chasles sont le dernier terme des progrès continus

réalisés par la Géométrie depuis soixante ans. Il suffit de citer

l'_Aperçu historique_, la _Géométrie supérieure_... La Géométrie... a

regagné sur l'analyse le terrain perdu.

ROUCHÉ.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Charlemagne substitua aux mesures romaines le pied-de-roi ou

pied-de-Paris, emprunté aux Arabes, et les dérivés de cette longueur.

Il chercha à répandre dans son vaste empire ces unités qui devaient

durer dix siècles, mais en s'altérant et en se compliquant beaucoup.

Les États généraux réclamèrent maintes fois l'ordre dans les poids et

les monnaies.

Louis XI, François Ier et Louis XIV tentèrent en vain, dans leurs

édits royaux, d'imposer partout les mesures de Paris.

À l'occasion de la mesure du méridien par Picard, «on fit en 1668, dit

Saigey, une toise en fer portant une arête à chaque bout, et on la

fixa au bas du grand escalier du Châtelet, pour servir de régulateur

au commerce et à la justice.»

La toise qui, après avoir été comparée à celle du Châtelet, avait été

employée dans les mesures méridiennes du Pérou, par Bouguer et La

Condamine, servit à son tour d'étalon, et quatre-vingts modèles en

furent expédiés aux parlements de France et aux astronomes étrangers.

C'était un premier pas vers l'uniformité, et bientôt la toise du

Pérou, comme on l'appelait, servit à l'étalonnage du mètre.

Parmi les réformes urgentes, demandées dans les cahiers de 1789, on

retrouve sans cesse celle des poids et des mesures: on les veut

«simples et les mêmes dans tout le pays».

Le 8 mai 1790, sur la proposition de Talleyrand, l'Assemblée

constituante engage les rois de France et d'Angleterre à se concerter

pour adopter la même unité. Cette mesure (par exemple, la longueur du

pendule à seconde proposée autrefois par Picard) eût été fixée par une

commission composée, en nombre égal, d'académiciens de Paris et de

membres de la Société royale de Londres.

L'Académie des sciences discuta seule la question, et sa commission

(Borda, Lagrange, Laplace, Monge et Lavoisier) rejeta le pendule «pour

ne pas mêler à une question de longueur des considérations de

mouvement et de temps», et elle proposa la dix-millionième partie du

quart du méridien. La tradition attribue à Laplace la conception de

l'ensemble du système, à Borda le plan des opérations géodésiques, et

à Lavoisier le kilogramme.

Le 26 mars 1791, un décret de l'Assemblée constituante adopta la

circonférence terrestre comme base et prescrivit les travaux

nécessaires.

«Prendre pour unité de longueur usuelle la dix-millionième partie du

quart du méridien et rapporter la pesanteur de tous les corps à celle

de l'eau distillée, en reliant par l'échelle décimale toutes les

mesures principales aux mesures plus grandes ou plus petites.»

Mathématiques et Mathématiciens: Pensées et Curiosités · 第 6 / 27 段