UNE MÉDAILLÉE DE LA GUERRE

C'est un document émouvant, évocateur d'une époque déjà lointaine, que

cette photographie d'une famille de soldats, prise quelques années après

la guerre. Celle qui y figure aux côtés de son mari et de ses enfants,

Mme Gombert, vient de recevoir la médaille de 1870, à Rodez, dans une

touchante cérémonie, comme il y en a eu tant en France ces temps

derniers, qui réunissait d'anciens combattants de l'Année terrible, Mgr

de Ligonnès, évêque de. Rodez, alors capitaine des mobiles de la Lozère,

le contre-amiral et le général Boisse, le général Joubert, et, leur

doyen à tous, un beau vieillard de quatre-vingt-sept ans, M. Vidal.

[Illustration: Une femme médaillée de 1870: Mme Gombert, ancienne

cantinière, et sa famille. (_D'après une photographie faite quelque

temps après la guerre._)]

Mme Gombert, qui portait crânement l'uniforme de cantinière, fit la

campagne avec son mari, soldat au 3e bataillon de chasseurs à pied; elle

emmenait dans sa voiture ses trois enfants en bas âge, qu'elle n'avait

pas voulu quitter. Blessée sur le champ de bataille de Rezonville, la

courageuse femme fut recueillie à l'hôpital de Metz; elle y demeura

jusqu'à la reddition de la place, et partagea ensuite la captivité de

l'armée. Le bel exemple d'énergie française qu'elle a donné devait avoir

sa récompense. Il ne manque désormais à cette vaillante, femme et mère

de soldats--ses deux fils ont été retraités comme adjudants--que la

médaille militaire.

L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913 · 第 31 / 32 题