On a dit maintes fois combien il serait important de pouvoir utiliser
l'oued Sebou pour les transports de matériel de guerre et de
marchandises, de la côte à Fez. Malheureusement, le fleuve est peu
navigable, presque à sec par endroits en été, démesurément grossi en
hiver, coupé de nombreux seuils. Pourtant, l'an dernier, grâce à des
prodiges d'énergie, d'adresse, de persévérance, l'enseigne de vaisseau
Le Dantec parvint, en un voyage d'un mois (24 décembre 1911-30 janvier
1912), à le remonter avec un canot automobile jusqu'au pont de Fez, à 5
kilomètres de la capitale chérifienne.
Cette exploration devait donner un résultat pratique, puisqu'elle a
amené une compagnie, l'Omnium français, à étudier et à construire un
bateau à vapeur spécialement aménagé pour cette difficile navigation.
[Illustration: LA NAVIGATION FLUVIALE AU MAROC.--Le premier vapeur qui
ait remonté l'oued Sebou: la canonnière _Sebou_ à Bel Ksiri.]
Le _Sebou_, c'est le nom qu'elle a donné à ce bateau, l'aîné d'une
flottille qu'il faut souhaiter de voir devenir nombreuse, effectue en ce
moment son premier voyage, et déploie sur l'oued si fantasque le
pavillon français. C'est une sorte de canonnière très légère, ne calant
pas plus de 80 centimètres à l'arrière, ce qui lui permettra de franchir
sans trop de difficultés les hauts fonds. Au 24 décembre dernier, le
_Sebou_ était à Bel Ksiri où fut prise la photographie que nous
reproduisons. Il a depuis continué, et, aux dernières nouvelles, avait
atteint Souk el Djema, à 120 kilomètres environ de Méhédya.
Un ingénieur, M. Turgan, est à la tête de cette entreprise. Le directeur
technique de la navigation, le «capitaine d'armement» si l'on veut, est
M. Le Peillon, à qui une longue pratique des rivières indo-chinoises a
donné une expérience précieuse.