AU JAPON

Lorsque se produisit, au mois d'août dernier, le changement de règne au

Japon, nous avions indiqué que le nouvel empereur Yoshi Hito, moins

respectueux que son père des traditions et des rites consacrés,

entendait se mêler davantage à la vie extérieure de son peuple, et ne

point s'entourer du mystère presque impénétrable qui dérobait aux

regards la personne de Mutsu Hito. On se souvient peut-être que, pour

évoquer ici, le plus fidèlement possible, les traits du défunt mikado,

qui jamais ne posa devant l'objectif, nous avons dû, à défaut d'autre

document, publier la photographie d'un ancien portrait officiel, corrigé

en 1904 «d'après les indications d'un membre du corps diplomatique qui

pouvait approcher l'empereur». Le jeune souverain qui préside aux

destinées du Japon ne donnera jamais si grand souci à ses

historiographes.

Déjà, dans notre numéro du 24 août 1912, nous l'avons montré en tenue de

général de division,-image peu familière encore, où il apparaissait

hautain et raide, la tunique chargée de décorations, une main sur la

garde de son épée. Voici un instantané, pris aux dernières grandes

manoeuvres, qui le représente dans un plus simple appareil: vêtu d'un

correct et sobre uniforme, le mikado se rend à Tokorozawa, près de

Tokio, pour visiter le parc d'aviation militaire. L'héritier de celui

que ses sujets nommaient le Fils du Ciel, et qu'ils vénéraient à l'égal

d'un dieu, se montre ici sous l'aspect d'un souverain très moderne: le

règne de Yoshi Hito marquera une singulière évolution dans les coutumes

impériales du Japon.

C'est du Japon également que nous vient la photographie reproduite

ci-dessous. Au pays des chrysanthèmes, la fleur nationale est l'objet

d'un culte attentif et charmant, qui prend les formes les plus

imprévues: dans le parc de Dangosaka. A Tokio, on l'utilise pour

figurer, en grandeur naturelle, les héros du vieux théâtre japonais.

A regarder la scène que représente notre gravure, on dirait d'acteurs

véritables, tant l'illusion a été habilement obtenue. En réalité, ce ne

sont même point des mannequins que de multiples chrysanthèmes,

adroitement disposés, habillent de leurs riches couleurs: sans leurs

tiges, ces fleurs coupées se faneraient vite. L'art du jardinier se

montre ici plus savant: il a réussi à donner aux plantes, taillées par

ses soins, et soutenues par d'invisibles armatures, l'apparence humaine.

Seules, la tête et les mains des personnages sont sculptées en bois.

Tout le reste est chrysanthème. Et, comme les racines plongent dans la

terre, la fleur merveilleuse s'épanouit, toujours vivace.

[Illustration: UNE FANTAISIE DE L'HORTICULTURE NIPPONE.--Plantation et

floraison de chrysanthèmes sur des armatures à forme humaine.--_phot. K.

Sakamoto._]

L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913 · 第 16 / 32 题