[Illustration: SCÈNE DE LA RUE PARISIENNE.--Un contraste en blanc et
noir. _Dessin de L. SABATTIER._]
C'est une rencontre piquante, observée un jour dans la rue et prise sur
le vif, qui a fourni le sujet de ce plaisant tableautin en deux
couleurs, blanc et noir, et à deux personnages, la Parisienne et le
charbonnier... Par ce doux hiver, qui n'a de neigeux que l'hermine dont
se couvrent les épaules élégantes, la fourrure délicate et fragile entre
toutes, celle qu'une goutte de pluie tacherait, mais qu'un rayon de
soleil fait briller d'un soyeux éclat, s'offre comme le luxe préféré.
Elle est la parure précieuse, aristocratique, l'objet de la plus chère
convoitise, dont la possession vaut un titre de noblesse, et qui
«classe» une femme... Celle-ci, à défaut du manteau rêvé, porte une
étole d'hermine, large et longue à souhait, et si ingénieusement
disposée qu'elle semble en être habillée tout entière. De l'hermine,
elle en a voulu jusque sur son chapeau; et ses mains disparaissent dans
un vaste manchon, qui est d'hermine, lui aussi.
Ainsi vêtue de blancheur épaisse et molle, elle est sortie de chez elle,
ce matin-là; et, dans la rue, elle s'est rappelé qu'ayant omis,
distraite ménagère, de faire sa commande à son fournisseur habituel,
elle avait «un mot à dire» au charbonnier du coin, providence des
journées d'hiver. La voici devant son étroite boutique, dont l'enseigne
avertit qu'on y vend tout ensemble de quoi se chauffer et de quoi boire:
le charbonnier reconnaît sa jolie cliente, et, de la voir si blanche en
face de lui, si noir, il a un étonnement familier et joyeux. Elle aussi,
surprise d'abord, a remarqué l'imprévu de la rencontre. Tous deux,
oubliant, pour un instant, les distances--peut-être moins grandes qu'il
ne paraît--qui séparent un brave charbonnier d'une fine Parisienne, tous
deux s'amusent de la petite comédie dont ils sont les acteurs. Et,
enfin, c'est en riant qu'elle le prie de monter chez elle «un sac de
charbon et des margotins pour allumer le feu».
[Illustration: LE PREMIER INSTANTANÉ D'UN EMPEREUR DU JAPON.--Le mikado
Yoshi Hito, précédé d'un officier de son état-major, se rendant à cheval
au parc d'aviation militaire de Tokorozawa.--_Comm. par le_ Kokumin
Shimbun.]