GEORGES RÉMOND.

[Illustration: SCÈNE DE LA RUE PARISIENNE.--Un contraste en blanc et

noir. _Dessin de L. SABATTIER._]

C'est une rencontre piquante, observée un jour dans la rue et prise sur

le vif, qui a fourni le sujet de ce plaisant tableautin en deux

couleurs, blanc et noir, et à deux personnages, la Parisienne et le

charbonnier... Par ce doux hiver, qui n'a de neigeux que l'hermine dont

se couvrent les épaules élégantes, la fourrure délicate et fragile entre

toutes, celle qu'une goutte de pluie tacherait, mais qu'un rayon de

soleil fait briller d'un soyeux éclat, s'offre comme le luxe préféré.

Elle est la parure précieuse, aristocratique, l'objet de la plus chère

convoitise, dont la possession vaut un titre de noblesse, et qui

«classe» une femme... Celle-ci, à défaut du manteau rêvé, porte une

étole d'hermine, large et longue à souhait, et si ingénieusement

disposée qu'elle semble en être habillée tout entière. De l'hermine,

elle en a voulu jusque sur son chapeau; et ses mains disparaissent dans

un vaste manchon, qui est d'hermine, lui aussi.

Ainsi vêtue de blancheur épaisse et molle, elle est sortie de chez elle,

ce matin-là; et, dans la rue, elle s'est rappelé qu'ayant omis,

distraite ménagère, de faire sa commande à son fournisseur habituel,

elle avait «un mot à dire» au charbonnier du coin, providence des

journées d'hiver. La voici devant son étroite boutique, dont l'enseigne

avertit qu'on y vend tout ensemble de quoi se chauffer et de quoi boire:

le charbonnier reconnaît sa jolie cliente, et, de la voir si blanche en

face de lui, si noir, il a un étonnement familier et joyeux. Elle aussi,

surprise d'abord, a remarqué l'imprévu de la rencontre. Tous deux,

oubliant, pour un instant, les distances--peut-être moins grandes qu'il

ne paraît--qui séparent un brave charbonnier d'une fine Parisienne, tous

deux s'amusent de la petite comédie dont ils sont les acteurs. Et,

enfin, c'est en riant qu'elle le prie de monter chez elle «un sac de

charbon et des margotins pour allumer le feu».

[Illustration: LE PREMIER INSTANTANÉ D'UN EMPEREUR DU JAPON.--Le mikado

Yoshi Hito, précédé d'un officier de son état-major, se rendant à cheval

au parc d'aviation militaire de Tokorozawa.--_Comm. par le_ Kokumin

Shimbun.]

L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913 · 第 15 / 32 题