--C'est un secret, monsieur l'abbé, que je vous livrerai volontiers.
Mais je vous avertis que si vous le communiquez aux profanes votre
perte est certaine.
--N'en ayez aucune inquiétude, dit l'abbé. J'ai grande envie de
connaître un si beau secret, bien qu'à ne vous rien cacher, je n'en
attende nul effet, ne croyant point à vos Sylphes. Instruisez-moi
donc, s'il vous plaît.
--Vous l'exigez? reprit le cabbaliste. Sachez donc que quand vous
voudrez être assisté d'un Sylphe, vous n'aurez qu'à prononcer ce seul
mot _Agla_. Aussitôt les fils de l'air voleront vers vous; mais vous
entendez bien, monsieur l'abbé, que ce mot doit être récité du coeur
aussi bien que des lèvres et que la foi lui donne toute sa vertu. Sans
elle, il n'est qu'un vain murmure. Et tel que je viens de le
prononcer, sans y mettre d'âme ni de désir, il n'a, même dans ma
bouche, qu'une faible puissance, et c'est tout au plus si quelques
enfants du jour, en l'entendant, viennent de glisser dans cette
chambre leur légère ombre de lumière. Je les ai plutôt devinés que vus
sur ce rideau, et ils se sont évanouis à peine formés. Vous n'avez, ni
votre élève ni vous, soupçonné leur présence. Mais si j'avais prononcé
ce mot magique avec un véritable sentiment, vous les eussiez vus
paraître dans tout leur éclat. Ils sont d'une beauté charmante. Je
vous ai appris là, monsieur l'abbé, un grand et utile secret. Encore
une fois, ne le divulguez pas imprudemment. Et ne méprisez pas
l'exemple de l'abbé de Villars qui, pour avoir révélé leurs secrets,
fut assassiné par les Sylphes, sur la route de Lyon.
--Sur la route de Lyon, dit mon bon maître. Voilà qui est
étrange!