Autrefois, lorsque les chemins de fer n'avaient pas détrôné la malle
pour le transport des dépêches, les maîtres de poste et les postillons
distinguaient quatre espèces de chevaux.
D'abord le cheval emporté: celui-là s'épuisait en efforts, tirait
comme un diable à plein collier, aux montées, aux descentes, toujours
et partout; il rentrait à l'écurie, trempé d'écume et de sueur, il
durait peu. Pour modérer son ardeur, on tapait dessus.
Ensuite le cheval quinteux: il tirait ou ne tirait pas, suivant son
caprice. Il faisait un mauvais usage. On tapait dessus.
Puis la rosse; c'était un mauvais cheval qui ne tirait jamais, il
succombait bientôt aux mauvais traitements. On tapait, on tapait
dessus.
Enfin le bon cheval: il tirait quelquefois, quand il ne pouvait faire
autrement, mais il avait toujours l'air de tirer; il allait d'un train
égal, la tête basse, regardant sournoisement le cheval quinteux qu'on
rouait de coups, et le cheval emporté qui faisait toute la besogne. Il
rentrait à l'écurie sans un poil mouillé. Eh bien! il était considéré,
on lui donnait double ration d'avoine; il durait dix ans: on ne tapait
pas dessus.
Quatre bons chevaux attelés à la malle, et la malle n'aurait pas
roulé.
Cette parabole peut s'appliquer à l'administration de l'Équilibre, si
ce n'est que jamais elle n'a tué employé de travail. Sa conscience à
cet égard ne lui reproche rien.
Donc, à l'Équilibre, ou divise aussi les bureaucrates eu quatre
classes:
L'EMPLOYÉ FERVENT: il a encore le beau feu de ses débuts.
L'EMPLOYÉ TIÈDE: il se soucie médiocrement de l'Administration et le
laisse voir.
Le MAUVAIS EMPLOYÉ: il a jeté son bonnet par-dessus les moulins et ne
compte plus que comme un zéro.
LE BON EMPLOYÉ: il est, pour tout ce qui touche l'Administration, d'un
désintéressement sublime; il se soucie de la besogne comme de
Colin-Tampon, mais, comme le bon cheval du maître de poste, il a
toujours l'air de tirer; il est considéré, il a l'estime de ses chefs
et, ce qui lui plaît davantage, des gratifications au jour de l'an.
Caldas, depuis l'affaire Saint-Adolphe, passait pour un employé tiède,
et, sans doute pour l'encourager à rentrer dans le droit chemin, on le
désigna pour faire partie du