Il n'y a que douze jours d'émargement dans l'année administrative, un
par mois.
C'est dommage. C'est le seul jour qui offre quelque agrément.
Aussi comme ils soupirent après, les employés de l'Equilibre! Comme
ils comptent avec impatience, à l'instar des écoliers à l'approche des
vacances, les heures qui les séparent de ce fortuné moment! Dès le
premier du mois, il y en a qui disent:
--Allons! dans vingt-neuf jours nous toucherons!
Toucher!... c'est la fin de l'employé sur cette terre.
Toucher!... Que les deux syllabes de ce mot sont caressantes pour
l'oreille du bureaucrate!
Aussi, à l'Équilibre, ne dit-on pas: «le jour de l'émargement,» c'est
le terme officiel; on ne dit pas: «la paie,» comme dans le bâtiment;
on ne dit pas: «la solde ou le prêt,» comme dans l'armée. Non, comme
l'ouvrier parisien et comme la grisette, l'employé de l'Équilibre dit: