III

Madame Nanteuil habitait avec sa fille, au cinquième étage d'une

maison du boulevard Saint-Michel, un petit appartement dont les

fenêtres s'ouvraient sur le jardin du Luxembourg. Elle reçut

Chevalier avec bienveillance, lui sachant gré d'aimer Félicie et de

n'être pas aimé d'elle, et ignorant, par principe, qu'il eût été

l'amant de sa fille. Elle le fit asseoir près d'elle, dans la salle

à manger où brûlait dans le poêle un feu de coke. A la clarté de

la lampe, des revolvers d'ordonnance, des sabres avec la dragonne à

glands d'or, luisaient sur le mur, autour d'une cuirasse de femme,

armée de rondelles de fer-blanc à l'endroit des seins, pièce

d'armure que, l'hiver précédent, Félicie, encore élève du

Conservatoire, avait portée pour représenter Jeanne d'Arc chez

une duchesse spirite. Veuve d'officier et mère d'actrice, madame

Nanteuil, de son vrai nom madame Nanteau, conservait ces trophées.

--Félicie n'est pas encore rentrée, monsieur Chevalier. Je ne

l'attends pas avant minuit. Elle est en scène jusqu'à la fin du

spectacle.

--Je le sais: j'étais de la première pièce. J'ai quitté le

théâtre après le «un» de _la Mère confidente_.

--Oh! monsieur Chevalier, pourquoi n'êtes-vous pas resté jusqu'à la

fin? Ma fille aurait été bien contente si vous étiez resté. Quand

on joue, on aime à avoir des amis dans la salle.

Chevalier répondit d'une façon ambiguë:

--Oh! les amis, ce n'est pas ce qui manque.

--Vous vous trompez, monsieur Chevalier; les bons amis sont rares.

Madame Doulce était là, sans doute? A-t-elle été contente de

Félicie?

Et elle ajouta très humblement:

--Je serais vraiment heureuse qu'elle eût du succès. Il est si

difficile de percer dans son état, quand on est seule, sans appui,

sans protections! Et elle a bien besoin de réussir, la pauvre petite!

Chevalier n'avait pas le cœur à s'apitoyer sur Félicie. Il dit

brusquement, en haussant les épaules:

--Ah! ne vous inquiétez donc pas. Elle réussira. Elle est

comédienne dans l'âme. Elle a le théâtre dans le corps. Elle l'a

dans les jambes.

Madame Nanteuil sourit paisiblement:

--La pauvre enfant! Elles ne sont pas bien grosses, ses jambes.

Félicie n'a pas une mauvaise santé. Mais il ne faut pas qu'elle se

fatigue. Elle a souvent des vertiges, des migraines.

La bonne vint mettre sur la table un plat de charcuterie, une

bouteille et des assiettes.

Cependant Chevalier cherchait dans son esprit le moyen d'amener à

propos une question qu'il avait sur les lèvres depuis le bas

de l'escalier. Il voulait savoir si Félicie fréquentait encore

Girmandel, dont il n'entendait plus parler. Nous formons des souhaits

proportionnés à notre état. Maintenant, dans la misère de son

existence, dans la détresse de son cœur, il désirait ardemment que

Félicie, qui ne l'aimait plus, aimât Girmandel qu'elle aimait peu,

et toute son espérance était que Girmandel la gardât pour lui, la

prît toute et ne laissât rien d'elle à Robert de Ligny. L'idée

que la jeune fille était avec Girmandel soulageait sa jalousie, et il

tremblait d'apprendre qu'elle avait quitté l'huissier.

Certes, il ne se serait jamais permis d'interroger une mère sur les

amants de sa fille. Mais on pouvait parler de Girmandel à madame

Nanteuil, qui ne voyait rien que d'honorable dans ses relations de

famille avec l'officier ministériel, homme riche, marié et père de

deux filles charmantes. Il fallait seulement, pour amener le nom de

l'huissier dans la conversation, user d'un artifice. Chevalier en

trouva un qui lui parut ingénieux.

--A propos, dit-il, j'ai rencontré Girmandel en voiture.

Madame Nanteuil ne fit point de réponse.

--Il passait en fiacre sur le boulevard Saint-Michel. J'ai bien cru le

reconnaître. Je serais surpris si ce n'était pas lui.

Madame Nanteuil ne fit point de réponse.

--Sa barbe blonde, son visage rouge... Il est très reconnaissable,

Girmandel.

Madame Nanteuil ne fit point de réponse.

--Vous étiez très liées avec lui, dans le temps, vous et Félicie.

Est-ce que vous le voyez toujours?

Madame Nanteuil répondit mollement:

--Monsieur Girmandel? mais oui, nous le voyons toujours...

A cette parole, Chevalier ressentit presque de la joie. Mais elle

l'avait trompé; elle n'avait pas dit la vérité. Elle avait menti

par amour-propre et pour ne pas révéler un secret domestique,

qu'elle ne jugeait point à l'honneur de sa maison. Ce qui était

vrai, c'est que, dans l'emportement de son amour pour Ligny, Félicie

avait plaqué Girmandel, et l'huissier, qui pourtant était homme du

monde, avait cessé net d'éclairer. Madame Nanteuil, à son âge,

avait repris un amant par amour maternel et pour que sa fille ne fût

pas dans le besoin. Elle avait renoué sa vieille liaison avec Tony

Meyer, le marchand de tableaux de la rue de Clichy. Tony Meyer ne

remplaçait pas avantageusement Girmandel: il donnait peu d'argent.

Madame Nanteuil, qui était sage et savait le prix des choses, n'en

murmurait pas, et elle était récompensée de son dévouement,

car, depuis six semaines qu'elle était aimée à nouveau, elle

rajeunissait.

Chevalier, qui suivait son idée, demanda:

--Girmandel, il n'est plus jeune?

--Il n'est pas vieux, dit madame Nanteuil. Un homme n'est pas vieux à

quarante ans.

--Est-ce qu'il n'est pas ramolli?

--Mais non, répondit madame Nanteuil avec tranquillité.

Chevalier, songeur, se tut. Madame Nanteuil s'assoupit. Puis, tirée

de sa somnolence par la bonne qui apportait la salière et la carafe,

elle demanda:

--Et vous, monsieur Chevalier, êtes-vous content?

Non, il n'était pas content. Les critiques s'entendaient pour lui

casser les reins. Et la preuve qu'ils étaient coalisés contre lui,

c'est qu'ils disaient tous la même chose: ils disaient qu'il avait le

masque ingrat.

--Un masque ingrat! s'écriait-il indigné, ils devraient dire: un

masque prédestiné... Je vais vous expliquer, madame Nanteuil. Je

vois grand: c'est ce qui me fait du tort. Ainsi, dans _la Nuit du

23 octobre_, qu'on répète en ce moment, je fais Florentin:

six répliques, une panne... Mais j'ai grandi le personnage

démesurément. Durville est furieux. Il me coupe tous mes effets.

Madame Nanteuil, placide et bienveillante, trouva de bonnes paroles.

Il y avait des obstacles, mais on finissait par les surmonter.

Sa fille aussi s'était heurtée au mauvais vouloir de certains

critiques.

--Minuit et demi! dit Chevalier assombri. Félicie est en retard.

Madame Nanteuil supposait qu'elle avait été retenue par madame

Doulce.

--Madame Doulce se charge ordinairement de la ramener, et vous savez

qu'elle n'est jamais pressée.

Chevalier se leva et fit mine de s'en aller, pour montrer qu'il avait

de l'usage. Madame Nanteuil le retint.

--Restez donc: Félicie ne va pas tarder à rentrer. Elle sera bien

contente de vous trouver ici. Vous souperez avec elle.

Madame Nanteuil s'assoupit de nouveau sur sa chaise. Chevalier,

silencieux, attachait son regard au cartel pendu contre la muraille

et, à mesure que l'aiguille s'avançait sur le cadran, il sentait une

plaie brûlante s'agrandir dans sa poitrine, et chaque menu coup du

balancier le touchait au vif, aiguillonnait sa jalousie, en marquant

les moments que Nanteuil passait avec Ligny. Car il était sûr,

maintenant, qu'ils étaient ensemble. Le silence de la nuit,

interrompu seulement par le bruit sourd des fiacres qui roulaient

sur le boulevard, favorisait les images et les réflexions qui le

torturaient. Il les voyait.

Réveillée en sursaut par des chants montés du trottoir, madame

Nanteuil confirma la pensée sur laquelle elle s'était endormie.

--C'est ce que je dis toujours à Félicie: on ne doit pas se

décourager. Il y a dans la vie de mauvais jours...

Chevalier fit signe qu'il y en avait.

--Mais ceux qui souffrent, dit-il, n'ont que ce qu'ils méritent. Il

ne faut qu'un moment pour s'ôter tous les ennuis, pas vrai?

Elle approuva: certainement il y avait des chances subites, surtout au

théâtre.

Il reprit d'une voix profonde, intérieure:

--Si l'on croit que c'est pour le théâtre que je me fais du mauvais

sang... Le théâtre, je suis bien sûr de m'y faire une place, un

jour, et belle!... Mais à quoi sert d'être un grand artiste, si l'on

n'est pas heureux? Il y a des ennuis bêtes qui sont terribles.

Des douleurs qui vous battent les tempes par petits coups égaux et

réguliers comme le tic tac de cette pendule et qui rendent fou.

Il s'arrêta; le regard sombre de ses yeux creux contemplait la

panoplie suspendue au mur. Puis il reprit:

--Ces ennuis bêtes, ces douleurs ridicules, si on les supporte trop

longtemps, c'est qu'on est un lâche.

Et il tâta l'étui du revolver qu'il portait constamment dans sa

poche.

Madame Nanteuil l'écoutait, sereine, avec cette douce volonté de ne

rien savoir, qui était tout son génie dans la vie.

--Une chose terrible aussi, dit-elle, c'est la cuisine. Félicie est

dégoûtée de tout. On ne sait que lui faire.

A partir de ce moment, la conversation languissante se traîna en

paroles détachées, qui n'avaient que peu de sens. Madame Nanteuil,

la bonne, le feu de coke, la lampe, l'assiette de charcuterie,

dans une tristesse morne, attendaient Félicie. Une heure sonna. La

souffrance de Chevalier était maintenant abondante et tranquille.

Il possédait la certitude. Les voitures, plus rares, roulaient plus

sonores sur la chaussée. Le bruit d'une de ces voitures s'arrêta

devant la maison. Quelques instants après, il entendit le petit

grillotis de la clé dans la serrure, le choc d'une porte, des pas

légers dans l'antichambre.

La pendule marquait une heure vingt-trois minutes. Il fut tout à coup

agité de trouble et d'espérance. C'était elle! Qui sait ce qu'elle

dirait? Peut-être qu'elle expliquerait ce retard de la façon la plus

naturelle.

Félicie entra dans la salle à manger, les cheveux en désordre,

l'œil brillant, les joues blanches, les lèvres avivées et

froissées, lasse, indifférente, muette, heureuse, jolie, ayant l'ait

de garder sous son manteau, qu'elle tenait des deux mains fermé sur

elle, un reste de chaleur et de volupté.

Sa mère lui dit:

--Je commençais à être inquiète... Tu ne te défais pas? Elle

répondit:

--J'ai faim.

Elle se laissa tomber sur une chaise, devant la petite table ronde.

Rejetant son manteau sur le dossier, elle découvrit son buste fin

dans sa petite robe noire de pensionnaire, et, le coude gauche sur la

toile cirée de la table, elle se mit à piquer de sa fourchette les

tranches de saucisson.

--Est-ce que ça a bien marché ce soir? demanda madame Nanteuil.

--Très bien.

--Tu vois: Chevalier est venu te tenir compagnie. C'est gentil à lui,

n'est-ce pas?

--Ah! Chevalier... eh bien! qu'il se mette à table.

Et, sans plus répondre aux questions de sa mère, elle mangeait,

avide et charmante, comme Cérès chez la vieille femme. Puis elle

repoussa son assiette et, renversée sur sa chaise, les paupières

mi-closes, la bouche entr'ouverte, elle sourit d'un sourire qui

ressemblait à un baiser.

Madame Nanteuil, ayant pris son vin chaud, se leva.

--Vous m'excuserez, monsieur Chevalier: j'ai mes comptes à mettre à

jour.

Tels étaient les termes par lesquels elle annonçait ordinairement

qu'elle allait se coucher.

Resté seul avec Félicie, Chevalier lui dit violemment:

--C'est bête! c'est lâche! mais je t'aime à en devenir fou... Tu

entends, Félicie?

--Pour sûr, que j'entends! Tu n'as pas besoin de parler si haut.

--C'est ridicule, n'est-ce pas?

--Non, ce n'est pas ridicule, c'est...

Elle n'acheva pas.

Il s'approcha d'elle, tirant sa chaise sous lui.

--Tu es rentrée à une heure vingt-cinq. C'est Ligny qui t'a

reconduite, j'en suis sûr. Il t'a reconduite en fiacre. J'ai entendu

la voiture s'arrêter devant ta maison.

Comme elle ne répondait pas, il reprit:

--Dis le contraire!

Elle se tut. Et il répéta d'une voix pressante et comme suppliante:

--Dis que non!...

Si elle avait voulu, d'une parole, d'un seul mot, d'un petit mouvement

de la tête et des épaules, elle l'aurait rendu très doux et presque

heureux. Mais elle garda un silence méchant. Les lèvres serrées, le

regard lointain, elle semblait perdue dans un rêve.

Il poussa un soupir rauque:

--Imbécile que j'étais, je ne pensais pas à cela! Je me disais que

tu reviendrais chez toi, comme les autres jours, avec madame Doulce,

ou toute seule... Ah! si j'avais su que tu te ferais reconduire par

cet individu!...

--Eh bien! qu'est-ce que tu aurais fait si tu avais su?

--Je vous aurais suivis, pardi!

Elle arrêta durement sur lui ses prunelles trop claires:

--Ça, je te le défends, tu m'entends! Si j'apprends que tu m'as

suivie une seule fois, je ne te revois plus. D'abord, tu n'as pas le

droit de me suivre. Je suis libre de faire ce que je veux, peut-être!

Suffoqué de surprise et de colère, il balbutia:

--Pas le droit? Pas le droit?... Tu dis que je n'ai pas le droit?...

--Non, tu n'as pas le droit... Et puis, je ne veux pas.

Son visage prit une expression de dégoût:

--C'est ignoble d'espionner une femme. Si tu essayes seulement une

fois de savoir où je vais, je te fiche à la porte, et ce ne sera pas

long.

--Alors, murmura-t-il, plein de stupeur, nous ne sommes rien l'un

pour l'autre, je ne suis rien pour toi... Nous n'avons pas été

ensemble... Voyons, Félicie, rappelle-toi...

Mais elle, impatientée:

--Ah! qu'est-ce que tu veux que je me rappelle?...

--Félicie, pense que tu t'es donnée à moi!

--Tu ne veux pas pourtant, mon cher, que j'y pense toute la journée.

Ce serait abusif.

Il la regarda quelque temps avec plus de curiosité que de colère et

lui dit, moitié amer et moitié doux:

--On peut dire que tu es rosse!... Sois-le, Félicie! Sois-le, tant

que tu voudras! Qu'est-ce que ça fait, puisque je t'aime? Tu es à

moi, je te reprends; je te reprends et je te garde. Voyons! je ne peux

pas souffrir toujours comme une pauvre bête. Écoute: Je passerai

l'éponge. Nous recommencerons notre amour. Et, cette fois, ce sera

très bien. Et tu seras à moi pour toujours, à moi seul. Je suis

un honnête homme, tu sais. Tu peux compter sur moi. Je t'épouserai

quand j'aurai une position.

Elle le regarda avec une surprise dédaigneuse. Il crut qu'elle avait

des doutes sur son avenir dramatique, et, pour les dissiper, il dit,

dressé sur ses longues jambes:

--Tu ne crois pas à mon étoile, Félicie? Tu as tort. Je me sens

capable de grandes créations. Qu'on me donne un rôle, et on verra.

Et je n'ai pas seulement la comédie en moi, j'ai le drame, j'ai la

tragédie... Oui, la tragédie. Je sais dire les vers. Et c'est un

talent qui se fait rare aujourd'hui... Aussi ne crois pas, Félicie,

que je te fasse un affront en t'offrant de t'épouser. Loin de là!...

Nous nous marierons plus tard, quand ce sera possible et convenable.

Rien ne presse, bien sûr. En attendant, nous reprendrons nos bonnes

habitudes de la rue des Martyrs... Tu te souviens, Félicie: nous y

avons été si heureux! Le lit n'était pas large, mais nous disions:

«Ça ne fait rien...» J'ai maintenant deux belles chambres dans

la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, derrière

Saint-Étienne-du-Mont. Il y a ton portrait sur tous les murs... Tu

y retrouveras le petit lit de la rue des Martyrs... Mais écoute-moi

bien, j'ai trop souffert; je ne veux plus souffrir. J'exige que tu

sois à moi, à moi seul.

Tandis qu'il parlait, Félicie était allée prendre sur la cheminée

les cartes avec lesquelles sa mère jouait tous les soirs et elle les

étalait sur la table.

--A moi seul... Tu m'entends, Félicie.

--Laisse-moi tranquille, je fais une réussite.

--Écoute-moi, Félicie. J'exige que tu ne reçoives plus dans ta loge

cet imbécile...

Examinant ses cartes, elle murmura:

--Toutes les noires sont en bas.

--Cet imbécile, parfaitement. C'est un diplomate, et le ministère

des Affaires étrangères, aujourd'hui, c'est le refuge des

incapables.

Il haussa la voix:

--Félicie, dans ton intérêt comme dans le mien, écoute-moi.

--Ne crie donc pas: maman dort.

Il reprit d'une voix sourde:

--Sache bien que je ne veux pas que Ligny devienne ton amant.

Elle releva sa petite tête méchante:

--Et s'il l'est?

Il fit un pas vers elle, sa chaise levée, la regarda d'un œil fou en

riant d'un rire fêlé:

--S'il l'est, il ne le sera pas longtemps.

Et il laissa retomber sa chaise.

Maintenant elle avait peur. Elle s'efforça de sourire.

--Tu vois bien que je plaisante.

Elle réussit, sans trop de peine, à lui faire croire qu'elle lui

avait parlé de cette manière seulement pour le punir, parce qu'il

devenait insupportable. Il se calma. Elle lui dit alors qu'elle était

lasse, qu'elle tombait de sommeil. Il se décida enfin à s'en aller.

Sur le palier, il se retourna et dit:

--Félicie, je te conseille, pour éviter un malheur, de ne plus

revoir Ligny.

Elle lui cria par la porte entre-bâillée:

--Tape au carreau de la loge pour qu'on t'ouvre!

Histoire comique · 第 9 / 26 题