Dans la journée, j'ai vu M. le secrétaire général de la Seine, et M.
Alphand, et M. Hombert, et M. Grégoire, et M. Nouton, etc., etc., etc.
Tous acquiescent,—_Plus lourd que l'air!_—l'un par l'autre.—J'ai
toutes les paroles, pas une signature: il n'y avait _littéralement_
pas le temps de signer...
—Et rendez-vous général est pris pour le lendemain matin,—un
dimanche!!!—à huit heures précises, au Champ de Mars,—entre les
ingénieurs et les inspecteurs de la Ville,—les ingénieurs et
inspecteurs de la Compagnie du Gaz,—et mon brave ingénieur ami,—et
ses contre-maîtres,—et ses terrassiers.
_Plus lourd que l'air!_
Je rentre moulu, et je me couche.
Mais je ne dors pas!
À huit heures, j'arrive au Champ de Mars.—Je suis le dernier! Tout le
monde—_Plus lourd que l'air!_—est à son poste; les ingénieurs et
inspecteurs de la Ville prennent mot premier et dernier avec les
ingénieurs et inspecteurs de la Compagnie du Gaz,—les toiseurs
mesurent,—les contre-maîtres tracent,—et enfin les terrassiers
attendent, échelonnés sur lignes, chacun à sa place, la pioche en
l'air!...
—Eh! que c'est long! Qu'attendent-ils donc? dis-je à Forqueray.
—Ton signal! me répond-il en souriant.
—_Plus lourd que l'air!!!_ Partez! criai-je.
Et toc! toc! toc! toc!—Les voilà tous partis, comme au _Pont cassé_
du sieur Séraphin.
Tout le monde s'est entre-salué. Les ingénieurs remontent dans les
quatre ou cinq voitures respectives qui les remportent.
Je les contemple, et j'ai un instant d'ahurissement, de
quasi-hébétement comme somnambulesque.
Puis je prends le bras de mon ami,—et avec un éclat de rire:
—Quand je pense à tout ce gros monde que j'ai remué depuis quinze
jours, quand je vois tous ces gens très-sérieux que vous êtes ici,
arrivés tous, comme au doigt et à l'oeil, pour que ma volonté soit
faite,—ma volonté à moi, sans science, sans influence, sans prestige
aucun,—il y a des moments où je me demande si je ne suis pas fou,—ou
à défaut de moi si ce n'est pas eux?
«Ni eux, ni moi, ô mon ami!—C'est PLUS LOURD QUE L'AIR! qui commence
à avoir raison!