—Ton devis de tranchée, location de tuyaux, pose et dépose est
formidable, me dit-il. Sais-tu que nous allons dépasser 20,000
francs?...
—Bigre! c'est roide!—Et le gaz à part?
—Et le gaz à part.
—Marchons toujours!—_Plus lourd que l'air!_ vaut bien ça!
—Ensuite, nous ne pouvons rien commencer sans l'autorisation civile
pour l'ouverture de la tranchée sur la voie publique, et
l'autorisation militaire pour l'ouverture sur le Champ lui-même.
—Je cours les chercher.
—Mais c'est impossible! tu n'as plus qu'un jour, malheureux! et il
faudrait ces autorisations non pas aujourd'hui, mais immédiatement,
_avant-hier_,—et encore!
—Nous les aurons!
—Il est fâcheux qu'on ne puisse même pas parler d'un moyen qui
économiserait une partie des frais énormes de fouilles: ce serait de
déposer nos tuyaux sur le sol, le long de l'École Militaire et de
l'avenue Suffren, en les enfouissant seulement sous les voies
traversées.—Mais malheureusement cela est absolument contraire à tous
les règlements, et tout notre Conseil d'administration réuni, ses
président et vice-présidents en tête, n'obtiendrait pas la dépose sur
la voie publique d'un bout de cinquante centimètres pendant cinq
minutes.
—Moi, je l'obtiendrai!
—Tu es fou.
—Comment, fou? Qui pourrait dire non quand il s'agit d'une chose
comme celle que je tente!—_Plus lourd que l'air!!_—À qui faut-il
s'adresser pour ces machines-là?
Je note ma série d'adresses sur mon calepin, je me précipite dans mon
fiacre, je cours chez un digne magistrat, très-considérable et
très-considéré, un de ces hommes devant lesquels toutes les portes
s'ouvrent d'elles-mêmes.
À point nommé je le trouve, et je lui dis, à cet homme dont les
précieuses secondes sont comptées:
—Au nom de l'incontestable—_Plus lourd que l'air!_—que je me
trouve, faute d'un autre, avoir l'honneur de représenter,—je vous
somme de venir avec moi pendant deux heures!