«Nous n'annonçons point une loi nouvelle: cette loi était édictée dès
1768, c'est-à-dire quinze ans avant l'ascension de la première
Montgolfière, quand l'ingénieur Paucton prédisait à l'hélice son rôle
futur dans la Navigation aérienne.
«Il ne s'agit ici que de l'application raisonnée des phénomènes
connus.
«Et, quelque effrayante que soit, en France surtout, l'apparence seule
d'une novation, il faut bien en prendre son parti, si, de même que les
majorités du lendemain ne sont jamais que les minorités de la veille,
le paradoxe d'hier est la vérité de demain.
«L'Autolocomotion aérienne, d'ailleurs, ne sera pas absolument une
nouveauté pour tout le monde.
«Les inventions et les découvertes sont dans le même air que tous
respirent. Quand l'une d'elles va éclore sous le souffle mystérieux
qui féconde la pensée humaine, son germe éclate presque toujours sur
divers points simultanés. Presque à la même heure où Niepce et
Daguerre inventent le Daguerréotype chez nous, Talbot trouve le
Talbotype à Londres. Et ainsi de bien d'autres. C'est le même souffle
insurrectionnel, général et ubiquiste, de l'esprit de demain contre la
routine d'hier.
«Parmi tous les fous qui regardent en l'air plutôt qu'à leurs pieds,
il est, à ma seule connaissance, plusieurs bons esprits pour lesquels
la formule de l'Autolocomotion aérienne se trouve dégagée, et depuis
longtemps déjà. Plusieurs rencontres, dont quelques-unes absolument
fortuites, m'ont témoigné de ces arrivées simultanées vers le même
but.—Et,—j'appelle l'attention sur le caractère symptomatique de
cette observation,—ce qui paraîtra aux autres comme à moi
remarquable, c'est que pour tous et toujours le moyen était absolument
le même et unique.
«Pour ne citer que quelques-uns, je recevais, il y a près de dix ans,
la première visite de M. Moreau, de la Société des auteurs
dramatiques, qui, simple théoricien en aérostatique, mais esprit
dégagé et chercheur, me communiquait la solution trouvée.
«D'autres depuis, M. Laubereau, inventeur du moteur à air dilaté, M.
M..., ingénieur, fils d'un ancien et célèbre député, étaient arrivés,
par la seule observation et par la simple logique, à la même solution.
«J'arrive à MM. de Ponton d'Amécourt, inventeur de l'_Aéronef_, et de
La Landelle, dont les efforts considérables, depuis trois années, se
sont portés sur la démonstration pratique du système, et à
l'obligeance desquels nous devons la communication d'une série de
modèles d'hélicoptères s'enlevant automatiquement en l'air avec des
surcharges graduées.
«Si des obstacles que j'ignore, des difficultés personnelles ont
empêché jusqu'ici l'idée de prendre place dans la pratique, le moment
est venu pour l'éclosion.