«Il faut donc renverser la proposition elle-même et formuler ainsi
l'axiome nouveau:
«—POUR LUTTER CONTRE L'AIR, IL FAUT ÊTRE SPÉCIFIQUEMENT PLUS LOURD
QUE L'AIR.
«De même que spécifiquement l'oiseau est plus lourd que l'air dans
lequel il se meut, ainsi l'homme doit exiger de l'air son point
d'appui.
«Pour commander à l'air, au lieu de lui servir de jouet, il faut
s'appuyer sur l'air et non plus servir d'appui à l'air.
«En locomotion aérienne comme ailleurs, on ne s'appuie que sur ce qui
résiste.
«L'air nous fournit amplement cette résistance, l'air qui renverse les
murailles, déracine les arbres centenaires, et fait remonter par le
navire les plus impétueux courants.
«De par le bon sens des choses,—car les choses ont leur bon sens,—de
par la législation physique, non moins positive que la légalité
morale,—toute la puissance de l'air, irrésistible hier quand nous ne
pouvions que fuir devant lui, toute cette puissance s'anéantit devant
la double loi de la dynamique et de la gravité des corps, et, de par
cette loi, c'est dans notre main qu'elle va passer.
«C'est au tour de l'air de céder devant l'homme;—c'est à l'homme
d'étreindre et de soumettre cette rébellion insolente et anormale qui
se rit depuis tant d'années de tant de vains efforts. Nous allons à
son tour le faire servir en esclave,—comme l'eau à qui nous imposons
le navire,—comme la terre que nous pressons de la roue.