—Voici, me dis-je assez surpris à part moi,—voilà bien de la
confiance en ce monsieur qui n'a pu parler que d'après moi—et en moi
qui ne suis rien moins que sûr de quoi que ce soit en cette affaire...
—Eh bien? dis-je au monsieur en lui rendant le précieux papier.
—Eh bien, me dit-il, pendant que les Godard préparent votre ascension
d'aujourd'hui, nous allons courir au ministère toucher les fonds!
—Et si je ne réussis pas?
—Vous réussirez.—Mais dépêchons, nous n'avons pas de temps à perdre.
—Eh bien! allez au ministère, si c'est votre idée.
—Venez avec moi.
—Pourquoi? Je n'ai rien à faire là, ce me semble.
—Si fait.—D'ailleurs n'avons-nous pas à causer en route?...
—Mais...
—Ne vous faut-il pas de l'argent pour payer le matériel spécial que
vous allez emporter, l'essai même que vous allez faire aujourd'hui,
votre déplacement, celui de vos aides, le retour—auquel il faut
toujours penser!—etc., etc. J'admets que vous ne prétendiez à aucune
indemnité d'aucun genre, si c'est votre opinion, mais je pense au
moins que vous n'avez pas la prétention, outre le temps que vous allez
prendre à vos affaires, de faire des cadeaux d'argent à l'État?
—D'accord.
—Eh bien, si nous n'allons pas tout de suite au ministère, nous voici
renvoyés (—c'était quelque chose comme un samedi, je crois),—nous
voici renvoyés à après-demain. Après-demain il peut se présenter
quelque incident—et vous voyez quelle est l'urgence...
—Soit! Allons...
—De quelle somme supposez-vous que vous aurez besoin pour votre
personnel, vos instruments, etc.
—Je ne sais; dix, quinze mille francs au plus...
—Parfaitement!
Nous arrivons au ministère.
—De la part de l'Empereur, une lettre à remettre en mains propres à
M. le ministre! dit majestueusement le monsieur.
Les portes s'ouvrent à deux battants... Je suivais, confus de tant
d'honneurs.
M. le ministre Fould était dans un beau cabinet, debout près de la
fenêtre. Un second monsieur était assis devant un bureau.—J'ai su
depuis que ce monsieur, un homme de beaucoup d'esprit, se nomme M.
Pelletier.
Le monsieur debout—le mien—remet la lettre au ministre, qui la
tourne et retourne un peu.
Je crois remarquer un semblant de froideur de la part du ministre: je
ne m'en formalise pas autrement d'ailleurs.—Il nous prie de revenir
le lendemain.
Je me suis toujours un peu demandé si M. Fould n'avait réellement pas
de monnaie sur lui ce matin-là,—ou plutôt s'il n'avait pas pris en
sage économe la précaution d'utiliser ces quarante-huit heures de
délai en se faisant confirmer par télégrammes cet ordre un peu bien
extraordinaire.
La prudence est mère de tant de choses!
Le lendemain matin, le monsieur est exact à venir me prendre—et nous
voilà de nouveau en présence des autorités.
Tout était prêt, les billets de banque sur le bureau du monsieur
assis.—M. Fould me semble de nouveau un peu froid avec nous; mais
notre liaison est encore bien récente, et puis, dans sa position, on
peut être quelquefois préoccupé.
Le monsieur assis me tend une plume—pour signer le reçu, me dit-il.
—Ah! mais non! dis-je, je ne signe rien du tout.
—Y pensez-vous? me dit le monsieur debout, le mien.
—Je ne signe rien du tout!
—À votre gré, Monsieur! interrompt aussitôt M. Fould—qui me paraît
à ce moment-là y mettre un peu plus d'onction.—La lettre de crédit
est à vos deux noms: je ne fais pas payer sans les deux signatures.
—Mais, Monsieur, lui dis-je, je n'ai jamais su compter, même pour
moi, sans me tromper. Je ne possède personnellement aucune fortune et
j'ai cependant un caissier pour me la gérer.—Comment voulez-vous,
étant à ce point frappé d'incapacité en ces choses, que je pose ma
signature au bas du reçu d'une somme que Monsieur va devant vous
mettre dans sa poche et dont je suis ravi qu'il veuille bien accepter
toute la gestion. Mettez-vous à ma place, s'il vous plaît?
Je dois reconnaître que M. Fould, sans précisément me répondre, me
semble pourtant de l'oeil accepter au mieux mes excellentes raisons et
qu'il n'insiste pas du tout pour modifier mes convictions.—Le
monsieur assis n'a pas non plus l'air d'être disposé à se blesser trop
vivement si je lui laisse les fonds.
Mais le monsieur debout, le mien, me soumet rapidement et
énergiquement une série d'observations qui me paraissent d'autre part
tenir aussi étroitement à d'autres principes non moins fermement
arrêtés.—J'hésite, chancelle—et cède...
En descendant l'escalier:
—Il m'a semblé, dis-je à mon monsieur, retrouver encore un peu de
froideur chez M. Fould quand nous sommes partis.—Et à vous?
Le monsieur me rassure—en m'affirmant que tous les hommes d'État
sont—_comme ça_.
Il est convenu, en nous quittant, qu'il va à l'usine Charonne,
demander, en cas, la cession de quelques voitures à gaz pour notre
expédition—et que je cours à mon ascension aux Batignolles.
Nous nous quittons en prenant rendez-vous pour le soir, après mon
expérience.
Ah! j'oubliais...—Reçu les quinze mille francs.
Hélas! cette fois comme les autres, je ne réussis même pas à obtenir
le positif sur verre du Petit-Bicètre!
Je recommence, je m'obstine.
Rien!
Rien!!
Rien!!!...
Il faut décidément renoncer à ma campagne d'Italie.
C'est dommage! c'était bien beau et tentant.
Le soir, arrivée du Monsieur.
Je lui raconte ma _misfortune_.
—Qu'est-ce que cela fait? me dit-il. Cela ne nous empêche pas du tout
de partir.
—Ah! pour cette fois, non, et très-certainement non! On ne me demande
pas là-bas pour tenter des essais, mais pour donner des résultats. Je
ne veux pas du tout manger l'argent de ces personnes-là sans rien
rendre en échange. J'espère encore, j'espère toujours réussir; mais,
honnêtement et vu l'impossibilité présente, je refuse de garantir,
donc de partir.—Ç'a été un beau rêve, voilà tout pour le
moment!...—Donc, si l'heure vous convient, nous irons ensemble demain
matin à neuf heures reporter l'argent à M. Fould.
—Je ne rends pas ce que je tiens! me répond le monsieur, solennel
comme s'il prononçait un verset du Coran.
—Ah bah!... Et qu'est-ce que vous en ferez?...
—Je retourne là-bas avec—et j'emmène les Godard! Un ballon doit
toujours être utile, même sans photographe.—Mais vous avez tort de ne
pas venir!...
—À votre aise. Veuillez seulement alors me donner décharge pour ma
part des trente-cinq mille francs que vous gardez.
—C'est trop juste.—Mais venez donc!
J'ai sa signature et je souhaite bon voyage à mon monsieur, en lui
gardant une toute petite rancune, peut-être, de l'insistance qu'il a
mise à m'emmener là-bas peur me faire casser le nez.
Et en me couchant le soir, je dépose précieusement les quinze mille
francs, après les avoir comptés une fois de plus, dans le tiroir de ma
table de nuit.
Je les avais comptés toute la soirée, tant je tremblais de les perdre.
Il me semblait que ce n'était pas de l'argent comme d'autre.
La nuit, je suis agité. Je rêve qu'en me réveillant au matin, je
trouve dans mon tiroir de table de nuit, au lieu des billets de
banque, un petit paquet de feuilles sèches, comme il arrive dans les
contrats diaboliques...
À huit heures, je suis au ministère d'État, ma main dans ma poche, mes
billets dans ma main.—Ils me brûlent à travers la lustrine, ces
diables de billets!
Je demande M. Fould.—Personne.
Je vais faire un tour sous la rue de Rivoli,—ma main sur l'oiseau,
toujours.
Retour à huit heures et demie.—Personne encore.
Autre promenade. Il est neuf heures.
—C'est encore moi!
Le garçon de bureau me dit:
—Veuillez prendre la peine d'entrer!
Ce garçon est bien plus aimable qu'hier. On dirait qu'il sent les
quinze mille francs que je rapporte dans sa maison...
J'entre et je vois mon monsieur assis, toujours assis:
—Monsieur, lui dis-je, je ne vais pas là-bas. J'ai manqué mon dernier
essai hier: ce sera, j'espère, pour la prochaine fois où nous irons
rendre à quelque autre peuple sa nationalité.—En attendant, voici
quinze mille francs qui m'avaient été remis sur les cinquante:
veuillez les prendre bien vite et m'en donner quittance, s'il vous
plaît.—Quant aux trente-cinq mille autres, comme vous avez eu la
bonté de faire assez d'honneur à ma signature pour y tenir, je sais
que s'il arrivait un accident à mon monsieur,—brûlé,—volé,—tombé
dans une fosse,—je serais matériellement responsable de la somme;
mais il y a au moins la responsabilité morale que je puis dégager dès
à présent. Voici donc la déclaration par laquelle ce Monsieur certifie
que, sous sa responsabilité personnelle, il garde les trente-cinq
mille francs qu'il veut absolument faire gagner aux frères Godard, ce
qui est une idée pleine de grandeur. Il emporte la dynastie Godard, le
ballon et l'argent.
Le digne monsieur assis semble m'examiner avec curiosité,—mais sans
la moindre malveillance.
Il me donne mon reçu,—et je m'envole plus délesté et alerte que si je
sortais de mon premier bain russe.
Le résultat de tout ceci fut:
—que les Godard ensemble brûlèrent leur ballon, devant Magenta, je
crois, la veille ou l'avant-veille de la bataille;
—que le cadet Godard fut dépêché bien vite sur Paris pour fabriquer
un autre ballon;
—que l'aîné Godard pendant ce temps perfectionna ses études
aéro-militaires et réunit les matériaux d'un livre que j'appellerais à
sa place: _Les Commentaires de Godard_;
—que la note de fabrication du nouveau ballon présentée par Godard
cadet et Godard jeune fut trouvée un peu vive par le monsieur et
Godard aîné;
—qu'il y eut schisme,—et que Godard aîné, Godard cadet, Godard jeune
et le monsieur plaidèrent tous ensemble,—ce qui me chagrina
très-fort.
Voilà les faits.—Voici la morale:
La paix fut signée avant même que fût fini le ballon commandé pour la
guerre—(M. Fould avait joliment raison de ne pas se presser!)—et ce
beau ballon neuf qui avait coûté dix-huit mille francs et qui m'aurait
été si utile si on me l'eût prêté pour la poursuite de mes essais de
photographie aérostatique, fut précieusement enfoui dans les arcanes
du Garde-Meuble,—où il a eu, depuis, le temps de pourrir inutilement
dix fois;
—Godard aîné eut l'avantage de se faire nommer aéronaute de
l'Empereur, ce qui lui permit plus tard de se livrer à sa passion pour
ces ballons platoniques qui s'appellent Montgolfières;
—le monsieur, toujours plein d'une sagacité qui ne saurait se laisser
entamer par les événements, trouva le moyen de se faire redonner les
quinze mille francs qui m'avaient procuré tant d'inquiétudes pendant
vingt-quatre heures;
—et il me fut enfin confidentiellement redit, à ma grande surprise,
que, dans une maison où je ne connaissais personne, j'étais pourtant
connu de tout le monde sous le pseudonyme, purement honorifique,
du—«_Jeune homme qui a rendu les quinze mille francs_.»
V
_L'amblyopie,_ — La sublime et _exécrable_ découverte des
Montgolfier. — La liaison conduit à la Foi. — Une fausse piste. —
Les petits papiers. — Le cerf-volant. — L'oiseau et le papillon. —
La fusée. — L'académicien. — L'oiseau-Montgolfière. — _Être plus
lourd que l'air pour lutter contre l'air_, ou _Être le plus fort pour
ne pas être battu_. — Le vertige de l'oiseau! — L'homme du monde. —
Le bourgmestre de Magdebourg. — Les plans inclinés. — Il y a des
injustices! — L'ennemi. — Les Dérangers de l'A + B. — Tous vont au
moulin! — Le pauvre Stephenson. — Quel malheur pour le boeuf! — Une
dinde sur ses oeufs. — Un seul vétérinaire pour trente-neuf
académiciens. — _Ex asino._ — Conséquence dans l'absurde. — Les
fines mouches! — Le savant pieux. — Moïse raccommodé avec le Manuel
du baccalauréat. — Marmite et tabatière. — Défense à Dieu! — Les
blasphémateurs.
Mais oublions pour un moment la photographie aérostatique.
Je reprendrai plus tard ces intéressants travaux, après les heures
difficiles, avec mon brave _Géant_, si admirablement préparé à leur
offrir l'hospitalité la plus confortable.
Il est une affection morbide des organes de la vision,—l'_amblyopie_,
si j'ai bonne mémoire et si je ne suis pas tenu pour pédant,—dans
laquelle,—les paupières ouvertes ou closes,—des manières de
filaments arachnéens semblent surgir, graviter, s'arrêter, puis
reculer et enfin repartir, pour s'abîmer et revenir encore......
Ainsi se représentait toujours à moi, pendant la veille ou dans le
rêve, l'obstinée vision de mon ballon de la Fête du Roi.
Plus aussi je faisais d'ascensions, plus j'appréciais cette force pour
ainsi dire incalculable qui s'appelle le vent, et l'absolue et
radicale impossibilité de lutter contre le moindre courant avec cette
surface énorme d'une part, si légère de l'autre, qui est un ballon.
L'histoire héroï-comique de l'aérostation me témoignait que cette
grande science, presque immédiatement abandonnée aux mains grossières
des acrobates et bateleurs forains, n'avait littéralement pas fait un
pas depuis le premier ballon gonflé au gaz hydrogène par Charles en
1783.
Au lieu de la perfectionner et de l'utiliser, tout en la vulgarisant,
au profit de l'étude multiple et infinie de l'atmosphère, l'homme
s'était laissé surprendre et détourner par un espoir absurde.
Lorsqu'il s'était vu enlevé dans l'air,—malgré la défense absolue de
Hooke et de Borelli, et en dépit de l'interdiction formelle proférée
par l'illustre académicien Lalande juste un an avant l'ascension de la
première Montgolfière,—l'homme s'était dit:
—Je m'enlève, donc—le plus difficile, puisque hier encore c'était
l'impossible, est fait.—Il ne me reste plus qu'à me diriger!
Et depuis la sublime et, j'ose dire ici, exécrable découverte des
Montgolfier, depuis quatre-vingts ans et encore à l'heure qu'il est,
sans tenir aucun compte des déconvenues de tant de devanciers, l'homme
s'obstinait sur cette fausse piste, à la poursuite décevante de cette
chimère qui s'appelle la direction des ballons.
Quoi de plus évident pourtant que l'inanité de cette recherche?
Si—tenant compte de la non-résistance de l'aérostat sous l'action du
vent, par compensation avec l'ellipse de sa sphéricité,—vous admettez
assez raisonnablement que la force de 400 chevaux attribuée au vent
sur la voile tendue d'un vaisseau est égale sur un ballon de 500
mètres, lequel, avec le gaz d'éclairage, emporte au plus deux hommes,
—comment pourriez-vous faire supporter à ce ballon le poids de la
machine de 400 chevaux et un peu plus, nécessaire pour lutter avec
avantage contre cette pression?
Et en admettant même, pour aller au delà de l'absurde, que votre
ballon de 800 mètres puisse emporter avec lui cette force de 400
chevaux, comment ne comprenez-vous pas qu'entre une pression de 400
chevaux d'une part et une résistance de 400 chevaux d'autre part,
votre ballon,—fût-il non pas en soie, mais en cuivre, en tôle, en
acier,—éclaterait comme l'insecte sous l'ongle?
Et dans la nature entière, cet éternel et impeccable modèle,
voyez-vous donc un seul être se mouvoir dans l'air en étant plus léger
que lui?
J'avais regardé et j'avais vu. Par l'observation, par la réflexion, ce
qui m'était resté tout d'abord uniquement de mon souvenir d'enfance
comme une vision terrible, cela se mûrissait peu à peu en théorie, se
formulait en principes, s'affirmait en conviction.—La Raison me
conduisait à la Foi.
Comment n'aurais-je pas cru?
Ne voyais-je donc pas l'oiseau, n'avais-je donc jamais regardé
l'insecte, ces deux admirables machines qui s'élèvent, se maintiennent
et se dirigent dans l'air en étant spécifiquement plus lourdes que
lui? Et jusque dans les autres ordres du règne animal, la
chauve-souris et le poisson volant ne sont-ils pas plus denses que
l'air?
Pourquoi les morceaux du journal déchiré que je laissais tomber du
balcon et que je m'amusais à suivre de l'oeil, arrivaient-ils à terre
en trajectoires et à temps inégaux?
Le plan incliné du cerf-volant, dont le fils d'Euler disait, dès 1763,
à l'académie de Berlin: «Ce jouet d'enfant méprisé des savants, peut
cependant donner lieu aux réflexions les plus profondes...»—mon
cerf-volant, spécifiquement plus lourd que l'air, ne s'enlevait-il pas
à la seule condition de couper cet air en contre-courant,—et
n'avais-je pas senti mon bras soulevé par la ficelle dont l'autre bout
faisait mon cerf tenir tête à la nue?
La fusée, plus lourde que l'air, ne s'élève-t-elle pas dans l'air,
emportant son moteur avec elle?
Petits papiers, cerf-volant, oiseau, papillon, fusée m'enseignaient.
À la vérité, le savant,—vous savez, le savant, qui sait, puisque son
nom est censé l'obliger, qui sait tout—excepté ce qu'on ne lui a pas
appris,—le savant éternel et obligatoire, sinon gratuit, qui marque
les points pendant que les autres jouent la partie, qui se bat contre
le mot nouveau jusqu'à ce qu'il le pique en qualité de mot ancien sur
le liège de sa collection,—le savant, qui défend à Demain de
s'appeler autrement qu'Hier, s'était bien avisé d'établir que l'oiseau
n'a le droit de s'enlever qu'en raison de l'air chaud qu'il fabrique
en lui-même...
À la vérité, Cuvier après Buffon,—deux beaux noms, par
malheur!—Cuvier affirmait doctoralement dans ses cours orthodoxes que
l'air renfermé dans toutes les parties du corps et sous les plumes de
l'oiseau, en se raréfiant par la chaleur, facilitait le vol,—ce qui,
supposé vrai, déterminerait absolument l'effet contraire.
À la vérité encore, Navier établissait l'impossibilité de la
Navigation Aérienne au moyen de la force humaine, par de puissants
calculs qui avaient malheureusement un tout petit inconvénient:—celui
de défendre pareillement à l'oiseau de voler, puisqu'ils exigeaient
d'une oie la force de quatre hommes pour le vol le plus
lent,—demandant par analogie au saumon lui-même, qu'une ligne des
plus minces arrête, une puissance égale à celle d'une vapeur de 50
chevaux!
Mais les petites Montgolfières que je fabriquais en papier en savaient
bien plus long que ces savants-là, elles qui, pliées, ne
représentaient que quelques centimètres cubiques, et déplaçaient, en
se développant pour s'enlever, quatre et cinq mètres d'air
atmosphérique.
Et elles se moquaient avec moi du savant qui, à l'instant même où il
transformait son oiseau en ballon, négligeait sa primordiale besogne
en ne centuplant pas plusieurs fois le diamètre d'enveloppe dudit
oiseau.
Ce qui n'empêche pas qu'encore à l'heure qui sonne, des gens
graves—et bien destinés dès lors à n'accepter le principe du _Plus
lourd que l'air_ qu'au moment juste où quelque déraillement céleste
leur fera tomber une de nos aéromotives sur le nez,—nous objectent
encore, avec le sérieux qui caractérise cette institution,—les
avantages aérostatiques, constitutifs de l'oiseau.
Ce qui prouve une fois de plus qu'une vérité n'est jamais assez de
fois redite.
Donc—et irrémissiblement: