Outre ces précautions constitutionelles contre le danger, la
législation n'est-elle pas féconde en moyens détournés, d'étoffer
les semences intérieures du mal? C'est l'intérêt même que le pouvoir
exécutif et les agens ont à la guerre qu'il faudroit détruire.
Tant que la situation de vos voisins sera la même, vous aurez
toujours parmi vous deux professions particulières, le militaire et
le négociateur, nécessairement ennemies de la paix; car, s'il faut
des médecins pour les maladies, il faut aussi des maladies pour les
médecins. Ne pouvez-vous pas rendre l'armée citoyenne, et marier les
soldats comme vous marierez un jour les prêtres? On dit que vous
amollirez les hommes, et que vous ferez aussi une mauvaise armée: je ne
puis le croire. Le chien fidèle, qui veille la nuit dans notre enclos,
ne sauroit-il être de bonne garde sans mordre les enfans de la maison?
Il me semble que la loi même pourroit, par d'autres moyens, disposer,
intéresser le roi à la conservation de la paix.
C'est la guerre qui a multiplié les rois; mais ce sont les rois qui
ont multiplié la guerre; toutefois, cette habitude des peuples de
voir toujours dans un monarque un général d'armée, est une tradition
des tems barbares, et, par-là même, un contre sens dans un siècle de
politesse et de lumière. La constitution peut donc statuer que le roi
ne commandera jamais les armées. S'il faut maintenant qu'un roi soit
brave, c'est contre l'hydre des abus qui le menace, c'est contre la
cohorte ennemie des flatteurs qui l'assiègent.
Mais ce n'est pas tout; les rois aiment naturellement la guerre, comme
un haubereau aimoit la chasse à _courre_, parce qu'ils s'y trouvent
plus _grands_, parce qu'ils y sont plus maîtres. Aussi peut-être le
législateur devroit, en dirigeant l'institution des premières années du
monarque, empêcher cette passion grossière de naître dans son ame? car,
enfin, puisque la loi va régler l'éducation populaire, souffrira-t-elle
que le roi soit plus mal élevé que son peuple?
Enfin, je hasarderai une autre idée peut-être chimérique. Le roi
désirant la guerre, parce qu'elle étend son autorité, je voudrois
qu'au moment où la paix cessera, quelque branche de pouvoir sortît
de ses mains, que sa prérogative diminuât d'un côté pendant qu'elle
augmente de l'autre, que durant la guerre cette partie de ses droits
restât suspendue, en dépôt, comme un cautionnement sacré, pour lui être
remise, aussitôt que la paix l'auroit rendu moins redoutable pour la
liberté.