VIII.

Outre ces précautions constitutionelles contre le danger, la

législation n'est-elle pas féconde en moyens détournés, d'étoffer

les semences intérieures du mal? C'est l'intérêt même que le pouvoir

exécutif et les agens ont à la guerre qu'il faudroit détruire.

Tant que la situation de vos voisins sera la même, vous aurez

toujours parmi vous deux professions particulières, le militaire et

le négociateur, nécessairement ennemies de la paix; car, s'il faut

des médecins pour les maladies, il faut aussi des maladies pour les

médecins. Ne pouvez-vous pas rendre l'armée citoyenne, et marier les

soldats comme vous marierez un jour les prêtres? On dit que vous

amollirez les hommes, et que vous ferez aussi une mauvaise armée: je ne

puis le croire. Le chien fidèle, qui veille la nuit dans notre enclos,

ne sauroit-il être de bonne garde sans mordre les enfans de la maison?

Il me semble que la loi même pourroit, par d'autres moyens, disposer,

intéresser le roi à la conservation de la paix.

C'est la guerre qui a multiplié les rois; mais ce sont les rois qui

ont multiplié la guerre; toutefois, cette habitude des peuples de

voir toujours dans un monarque un général d'armée, est une tradition

des tems barbares, et, par-là même, un contre sens dans un siècle de

politesse et de lumière. La constitution peut donc statuer que le roi

ne commandera jamais les armées. S'il faut maintenant qu'un roi soit

brave, c'est contre l'hydre des abus qui le menace, c'est contre la

cohorte ennemie des flatteurs qui l'assiègent.

Mais ce n'est pas tout; les rois aiment naturellement la guerre, comme

un haubereau aimoit la chasse à _courre_, parce qu'ils s'y trouvent

plus _grands_, parce qu'ils y sont plus maîtres. Aussi peut-être le

législateur devroit, en dirigeant l'institution des premières années du

monarque, empêcher cette passion grossière de naître dans son ame? car,

enfin, puisque la loi va régler l'éducation populaire, souffrira-t-elle

que le roi soit plus mal élevé que son peuple?

Enfin, je hasarderai une autre idée peut-être chimérique. Le roi

désirant la guerre, parce qu'elle étend son autorité, je voudrois

qu'au moment où la paix cessera, quelque branche de pouvoir sortît

de ses mains, que sa prérogative diminuât d'un côté pendant qu'elle

augmente de l'autre, que durant la guerre cette partie de ses droits

restât suspendue, en dépôt, comme un cautionnement sacré, pour lui être

remise, aussitôt que la paix l'auroit rendu moins redoutable pour la

liberté.

Journal de la société de 1789 - Nº II · 第 12 / 15 题