Mais si le pouvoir législatif donne lieu à quelques distinctions, il
ne sera pas moins important de ne pas confondre toujours le roi et
le _pouvoir exécutif_; c'est une erreur commune, de considérer comme
simples des êtres si complexes[5].
[5] Les uns ne veulent voir dans le roi que le pouvoir
exécutif; les autres ne voient dans le pouvoir exécutif que le
roi. Voilà pourquoi si peu de gens l'entendent. Il faut avouer que
l'article constitutionnel mériterait bien une paraphrase, et sur-tout
une autre rédaction.
"Le pouvoir exécutif _suprême_ réside _exclusivement dans la main_ du
roi".
Sans parler des principes, la grammaire auroit bien quelques
représentations à faire sur l'expression _réside dans la main_.
Le pouvoir exécutif est multiforme de sa nature; toutes ses parties
doivent ressortir au délégué général, mais non pas en dépendre
également.
De toutes les pièces qui composent cette grande machine qu'on appelle
_constitution_, celles-ci sont les plus difficiles à composer, manier
et agencer avec justesse. Semblables aux mauvais instituteurs qui ne
savent corriger un enfant d'un vice que par un autre, la plupart des
Méchaniciens politiques n'ont su combattre la force qu'ils craignent,
qu'en créant une force ennemie. Tout novice que je suis comme tant
d'autres, dans ce grand art, je soupçonne cependant qu'il a des
ressources moins grossières et plus efficaces, et je crois en trouver
la preuve dans le décret même que je commente un peu longuement.
Une déclaration, faite à toute l'Europe, au nom de la Nation françoise,
qu'elle _renonce aux conquêtes_, est l'heureuse invention d'une
politique supérieure à la routine commune; c'est prévenir les occasions
de la guerre au-dehors; c'est en tarir les prétextes au-dedans; c'est
donc désarmer à moitié le pouvoir exécutif, et pour ainsi dire, le
déshériter, en grande partie, des ressources de son astucieuse et
indomptable ambition; c'est, enfin, un exemple de l'art préservatif qui
éteint le mal avant même que les symptômes aient éclaté.
Et, d'abord, en consacrant le respect du droit d'autrui, vous
rendez votre droit plus respectable. Par la seule raison que vous
n'envahirez point, vous craindrez moins les invasions; vos ministres,
vos négociateurs n'entreront plus inconsidérément dans les ligues
ambitieuses; ils n'indisposeront plus les puissances pacifiques par
des menaces; car, ces agens agresseurs vous seroient dénoncés par
les étrangers eux-mêmes. En même tems, vos mouvemens militaires,
vos armemens seront moins suspects, n'étant jamais dans l'opinion
de vos voisins que des mesures défensives. Il ne reste plus qu'à
consommer l'ouvrage par une loi qui fixe avec précision cette sorte
de responsabilité, et caractérise clairement ces nouveaux délits
ministériels; car, si la loi peut être éludée, elle ne sera qu'une
décision honteuse pour vous et pour toute l'Europe.